AMNESTY INTERNATIONAL Déclaration publique

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe


AMNESTY INTERNATIONAL

Déclaration publique

Index AI :    IOR 63/002/2010    (Public)
ÉFAI
20 juillet 2010

Union africaine. La santé maternelle est un droit humain



À l’approche du 15ème Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) dont le thème est « Santé maternelle, néonatale et infantile et développement en Afrique », Amnesty International appelle les dirigeants africains à placer les droits humains au cœur de leur discussion sur la santé maternelle.

Les droits humains doivent être une composante essentielle des discussions de l’Union africaine sur la santé maternelle. Plus l’on s’approche de l’échéance fixée pour la réalisation des Objectifs du
Millénaire pour le développement  (OMD), plus le danger réel existe de ne pas parvenir à atteindre ces objectifs, notamment celui de réduire la mortalité maternelle et de parvenir à un accès universel aux soins de la santé reproductive. Reconnaître et intégrer au débat les normes et les principes relatifs aux droits humains garantirait que les efforts déployés en vue d’atteindre les ODM ne visent pas simplement à faire face aux effets ou aux symptômes de la pauvreté mais s’attaquent aussi à ses causes profondes. Les efforts faits en vue d’améliorer l’accès aux services de santé des femmes et des jeunes filles doivent s’accompagner d’efforts pour garantir l’égalité des genres et promouvoir tous les droits des femmes, notamment le droit à la santé sexuelle et reproductive.

Les ODM sont apparus sur la scène mondiale il y a 10 ans, promettant à quelques-unes des populations parmi les plus pauvres et les plus exclues une nouvelle aube dans un nouveau millénaire. Depuis, quelques progrès ont été accomplis, mais il est  clair aujourd’hui que les avancées ont été inégales. Sans une intensification des efforts, les objectifs fixés pour 2015 seront loin d’être atteints.

Partout dans le monde, les femmes sont confrontées à la violence, à la discrimination, à la pauvreté et l’inégalité, autant de maux qui les empêchent de revendiquer leurs droits et contribuent à une mortalité maternelle que l’on pourrait éviter. Toute approche efficace en vue de réduire la mortalité maternelle devrait inclure un engagement clair en faveur des droits fondamentaux des femmes et des jeunes filles et de l’égalité des genres. Dans le cadre de leur engagement en faveur de la réduction de la mortalité et de la morbidité maternelles, les États membres de l’UA doivent ratifier et veiller à ce que soit appliqué le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique.

Amnesty International salue le rôle dirigeant assumé par la Commission de l’UA sur la mortalité maternelle et le combat pour la santé sexuelle et reproductive. Dans le Plan d’action de Maputo de la Commission de l’UA, les États membres de l’UA se sont engagés à redonner à la planification familiale un rôle essentiel dans la réalisation des progrès à accomplir pour améliorer la santé maternelle, à répondre aux besoins des jeunes en matière de santé sexuelle et reproductive, à réduire l’incidence des avortements dangereux (notamment grâce à la mise en place de services d’avortement sûrs en exploitant pleinement le cadre de la loi) et à fournir des services de qualité et abordables afin de promouvoir une maternité en toute sécurité.

Pour sauver la vie de nombreuses femmes, il est crucial de respecter et promouvoir les droits à la santé sexuelle et reproductive et de veiller à ce que les femmes puissent exercer leur droit de décider si et quand elles souhaitent tomber enceintes. Les recherches menées par Amnesty International, au Burkina Faso et en Sierra Leone notamment, ont montré que la discrimination contre les femmes et leur statut inférieur au sein de  la famille les empêchent souvent de prendre des décisions clés concernant leur santé. Elles ne disposent pas non plus de l’indépendance financière qui leur permettrait de décider quand recevoir des soins de santé, et elles doivent parfois parcourir de longues distances à pied ou en vélo pour se rendre au centre de santé le plus proche. Les atteintes aux droits humains, telles que la violence sexuelle, les mariages forcés précoces et les mutilations génitales féminines peuvent aggraver les risques de morbidité et de mortalité maternelles. Les États membres de l’UA doivent assurer l’accès à un programme de planification familiale volontaire, sans risque, de qualité et qui respecte le droit à la confidentialité

.

L’UA  a déjà réalisé de grandes avancées en vue d’éliminer la mortalité maternelle évitable – nous l’exhortons aujourd’hui à poursuivre sur cette voie et à veiller à ce que les engagements pris par l’UA deviennent réalité.

Amnesty International demande à l’UA et aux États membres de :
-    promouvoir les droits des femmes en matière de sexualité et de procréation, notamment en leur garantissant l’accès à la santé sexuelle, reproductive et maternelle ;
-    donner une place prioritaire aux droits humains dans la politique et les programmes de l’UA  ainsi que dans les politiques nationales. Dans le cadre de la santé maternelle, ces mesures doivent inclure un soutien en vue de :
o    l’élimination de toutes les barrières empêchant l’accès aux services de santé maternelle, notamment les barrières financières et géographiques, ainsi que la suppression de la nécessité du consentement d’un tiers pour les soins de santé en matière de sexualité et de procréation ;
o    le réforme des lois et politiques discriminatoires à l’égard des femmes, qui ne prévoient pas de sanctions, par exemple, pour les mariages précoces ou la violence domestique ou qui criminalisent l’avortement ;

-    appeler la réunion plénière de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies qui aura lieu du 20 au 22 septembre 2010 à :
o    réaffirmer, comme inscrit dans le  Document final du sommet mondial de 2005 que « l’égalité des genres ainsi que la promotion et la protection du plein exercice par tous de tous les droits de la personne humaine et libertés fondamentales sont essentielles à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. »
o    s’engager à mener des actions spécifiques afin de garantir le respect des droits humains, en incluant par exemple des références à la nécessité de veiller à la non-discrimination, à l’égalité des genres, à la participation et à l’obligation de rendre des comptes.

Amnesty International appelle également tous les États africains à ratifier le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ouvert à la signature le 24 septembre 2009. Lors de la renégociation du Protocole facultatif, des États africains et des ONG ont défendu avec succès l’idée que le Protocole soit en harmonie avec les décisions prises par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et la jurisprudence d’États africains présentant des exemples de bonne pratique au niveau de la protection juridique des droits économiques, sociaux et culturels. Le Protocole prend donc position en faveur de l’expérience africaine et s’appuie sur elle pour définir une norme de contrôle au niveau international.

Assurer à tous la possibilité d’avoir recours à la loi pour demander des comptes aux gouvernements quand ils ne respectent pas leurs droits est essentiel dans la lutte contre la pauvreté et pour l’aboutissement des efforts nationaux et internationaux déployés en vue d’atteindre les ODM. La ratification de ce Protocole par les États africains sera le signal clair que nous ne pouvons plus continuer à nous désintéresser des populations marginalisées vivant dans la pauvreté.

Françoise Guillitte
Chargée des relations presse et des relations publiques
Responsable du Programme Droits des Femmes
Amnesty International Belgique francophone
9, rue Berckmans - 1060 Bruxelles - Belgique
fguillitte@amnesty.be
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Publié dans Economie-Politique

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