CEPGL : Arguments pour refuser le projet de formation d’une armée régionale dans les Grands Lacs - par Fweley Diangitukwa

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

20 mars

Le projet d’annexion du Kivu par les Rwandais est une vieille histoire à prendre au sérieux

 

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Depuis son arrivée au pouvoir, Museveni, s’inspirant de Bismarck et de Hitler qu’il admirait dans sa jeunesse, n’a cessé de rêver d’un Lebensraum, en englobant le Rwanda, le Burundi et le Kivu situé à l’Est de la RD Congo. Museveni a bénéficié du soutien américain et britannique dans sa conquête du pouvoir. Il a soutenu les Tutsi rwandais réfugiés en Ouganda qui ont à leur tour bénéficié du soutien des mêmes réseaux américains et britanniques dans leur conquête du pouvoir à Kigali. Or, Museveni et son partenaire Paul Kagame, qui sont à la tête des pays enclavés, cultivent, dans leur for intérieur, une même ambition expansionniste qui rejoint la stratégie anglo-saxonne dans la région. Tout est fait dans le grand secret.

 

« La volonté d’annexion d’une partie du Congo par les Rwandais est donc une vieille histoire, faite de nombreux épisodes… » (in Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, p. 334). Les Rwandais ont tenté de créer une convention de libre circulation des personnes et des biens entre les pays membres de la CEPGL mais sans parvenir à convaincre le Zaïre de Mobutu à signer la convention. En ne la signant pas, le Zaïre a refusé que le Rwanda verse le surplus de sa population dans le Kivu. Certains Rwandais ont frauduleusement sinon tactiquement obtenu la nationalité zaïroise afin d’influencer la politique congolaise à leur égard. Une loi de 1972 a accordé collectivement la nationalité congolaise à tous les Banyamulenge et aux autres populations d’origine rwandaise établies au Congo avant le 30 juin 1960. Mais cette loi a été abolie en 1981. A peine installé au pouvoir à Kigali, Paul Kagame avait déjà les yeux rivés sur le Kivu et rêvait précocement d’imposer une hégémonie tutsi sur la région des Grands Lacs. Les Tutsi ont réussi à chasser le maréchal Mobutu du pouvoir. S’appuyant sur leur expérience en Ouganda, les Tutsi du Rwanda ont infiltré les institutions, l’armée et l’administration congolaises. Depuis la guerre menée par l’AFDL, ils ont placé les leurs dans les services de renseignement et différents postes-clés de l’État.

 

Ne soyons pas amnésiques

 

Nous devons nous rappeler que depuis la fuite de Mobutu, c’est le Rwanda qui nomme les chefs d’Etat du Congo. Ils ont pour cela le soutien des Anglo-saxons qui ne prennent même plus la peine de se cacher. Après avoir tenté en vain de déstabiliser le pouvoir de Mzee Kabila depuis la base militaire de Kitona, à quelque 2 000 kilomètres du Rwanda, en s’appuyant sur des soldats mobutistes dans l’espoir d’attendre rapidement Kinshasa, Kagame et James Kabarebe ont créé le RCD-Goma et ont confié la responsabilité à des sous-traitants. Ils se sont appuyés sur le « facilitateur » Ketumile Masire, ancien président du Botswana (1980-1998) qu’ils savaient travailler en étroite collaboration avec la plus importante compagnie diamantaire du monde De Beers qui a toujours eu des intérêts énormes au Congo. Les Rwandais savaient que Ketumile Masire avait pour eux le soutien de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis qui ont construit dans son pays l’immense base militaire de Mapharananwane. Le 23 août 1998, les Rwandais ont tenté de s’emparer militairement de Kisangani. Ils ont ensuite contraint le président Kabila à signer les accords de Lusaka pour minorer son pouvoir. Après l’assassinat odieux de L.-D. Kabila, ils ont placé leur cheval de Troie à la tête de notre pays.


Pour ceux qui ne le savent pas, la volonté de créer une armée de la CEPGL est téléguidée par le Rwanda et l’Ouganda dans le but de contrôler l’Est du Congo et de s’emparer plus aisément des ressources naturelles situées dans cette région. Cette création inique laisse de surcroît deviner la volonté des initiateurs : contraindre les Congolais à accepter la présence des Rwandais dans le grand Kivu et les préparer à accepter plus tard le partage du pays, notamment par la sécession de l’Est ou par l’autodétermination des peuples qui vivront dans la région. Par cette stratégie, le Rwanda cherche à faire porter la responsabilité de l’éclatement du Congo aux Congolais eux-mêmes. L’armée de la CEPGL, commandée par des chefs militaires rwandais, aura la mission d’affaiblir les FARDC et de renforcer la légitimité politique de la présence des soldats rwandais sur le sol congolais.

Les Rwandais contrôlent l’Est du Congo – le Kivu – où ils ont placé des relais importants armés et contrôlés par des hommes soumis au pouvoir de Kigali : d’abord Nkunda Batwaremihigo et ensuite Bosco Ntaganda. Ces deux hommes sont poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI) mais n’ont jamais été livrés ni par la RD Congo ni par le Rwanda parce qu’ils travaillent pour le compte des grandes puissances anglo-saxonnes qui les protègent. Ceci expliquant cela, le président Joseph Kabange (Kabila) ne s’est jamais opposé aux actions menées par les soldats de Nkunda Batware et Bosco Ntaganda pour piller les ressources naturelles du Kivu et de l’Ituri. Résultat : plus de six millions de morts congolais. En revanche, il est extrêmement cruel envers les opposants de l’Ouest qu’il emprisonne et massacre, entre autres Kuthino, les adeptes de Bundu dia Kongo, etc.

La construction de la République des Volcans se fait clandestinement ; c’est un travail qui ressemble à un chef-d’œuvre de duplicité.

 

Le règne de l’anarchie dans les Grands Lacs

 

Devant l’impossibilité de s’affronter pour préserver leurs intérêts, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne associent leurs affidés dans la conquête des ressources naturelles situées à l’Est du Congo. Dans cette stratégie de concurrence entre pays amis, des chefs d’État et de grands leaders ont perdu la vie : Melchior Ndadaye du Burundi, assassiné le 21 octobre 1993, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, tués tous les deux le 6 avril 1994, Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001 et Jonas Savimbi, chef de l’UNITA, tué le 22 février 2002, John Garang, vice-président du Soudan, mort dans un accident (?) d’avion le 31 juillet 2005. A cette liste s’ajoutent huit cent mille morts dans les massacres au Rwanda en 1994 et plus de six millions de morts en RD Congo. Dans ce contexte, le remodelage de la carte de notre continent, en particulier celle de la région des Grands Lacs, devient facile.


Un nouveau partage des zones d’influence

 

Depuis les années 1980, les États-Unis et la Grande-Bretagne travaillent clandestinement pour un nouveau partage des zones d’influence sur le continent africain afin de mettre définitivement la main sur la RD Congo qui est un scandale géologique convoité par toutes les puissances du monde. La conquête de la région des Grands Lacs où se trouvent des ressources naturelles stratégiques devait inévitablement passer par l’éviction de la France. C’est cette motivation qui explique les guerres secrètes qui se déroulent dans cette zone depuis la chute du mur de Berlin et la fin du communisme. Laurent-Désiré Kabila a été placé à la tête de l’AFDL par Kigali, Kampala et Washington, pour l’accomplissement de cette stratégie. C’était lui le cheval de Troie trouvé par Museveni, Kagame et la CIA pour renverser le maréchal Mobutu. Sans l’aide secrète des forces spéciales des États-Unis passant par le Rwanda, Laurent-Désiré Kabila ne serait jamais arrivé à Kinshasa ; il n’aurait jamais réussi à renverser le maréchal Mobutu et son clan. Quant aux moyens utilisés, il y a un jet continu de la désinformation mené par des agents qui agissent dans l’ombre. Les guerres secrètes se déroulent entre les grandes puissances et à l’insu des premiers concernés : les Congolais. Américains, Britanniques et Belges ont réussi à former un bloc contre les intérêts de la France qui observe désormais à distance l’évolution de la situation géopolitique dans les Grands Lacs, sans plus rien proposer depuis l’échec de l’opération Turquoise.


Le remodelage de la carte de l’Afrique centrale dessinée lors de la conférence de Berlin sert à protéger les intérêts stratégiques des Anglo-saxons et à faciliter l’accès à ces minerais dont ils ont grandement besoin. Après avoir soutenu le maréchal Mobutu pendant la guerre froide pour lutter contre l’expansion du communisme en Afrique, ils ont établi une relation étroite avec le président Museveni et ensuite avec le président Paul Kagame.

 

L’ONU se trouve sous la coupe américaine

 

Aujourd’hui, ce sont les Anglo-saxons (États-Unis, Grande-Bretagne et Canada), qui dominent le monde. « Même l’ONU se trouve sous la coupe américaine » (in Pierre Péan, Carnages. op. cit., p. 146). Le monde est entré pleinement dans l’ère de l’anarchie : « Jamais, depuis l’échec de la Société des Nations avant 1940, on n’a assisté à un tel triomphe du laissez-faire, laissez la violence s’installer, laissez les peuples se massacrer et le droit du plus fort s’imposer », Benoît Verhaegen, « Du Congo au Zaïre, 1977 : similitude et divergence », (in Pierre Péan, Carnages, op. cit.., p. 146). Puisque désormais ce sont des pays amis qui s’affrontent, les guerres deviennent secrètes. Les journalistes ne doivent pas rapporter le déroulement des combats ni rendre publiques les motivations de ces combats qui sont accompagnés d’un jeu assourdissant de la désinformation. Cet affrontement entre pays amis, entre Anglo-saxons, se font à la périphérie, par acteurs locaux interposés. Dans les Grands Lacs, se sont les Tutsi qui défendent leurs intérêts et ceux-ci ont réussi à placer leur cheval de Troie à la tête de la RD Congo. L’ère de l’anarchie dans les relations internationales a déjà causé la mort à plus de six millions de Congolais. Les puissances moyennes, comme la France et l’Allemagne, tendent à disparaître au fur et à mesure que la mondialisation gagne du terrain. Comme dans le passé, les règles du jeu définissant l’avenir de l’Afrique sont définies hors du continent et à l’absence des Africains.

L’Histoire politique de l’Afrique est toujours écrite par des forces extérieures au continent, notamment par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Israël et la France. Ces pays sont localement aidés par des nègres totalement acquis à leur cause. Dans la construction de cette Histoire africaine, les chefs d’État et les leaders africains ne jouent qu’un rôle passif.

 

L’Histoire politique de l’Afrique est écrite par des forces extérieures au continent

 

Le Congo est le pays le plus riche de l’Afrique centrale. L’Est du pays est convoité par les Anglo-saxons à cause de ses opportunités économiques énormes et de la présence des minerais stratégiques, comme le colombotantalite (coltan), la cassitérite, l’or en Ituri, etc.

Si le rêve d’annexion du Kivu par les Rwandais est tout sauf de l’utopie ou une lubie, que pensent les Congolais et que font-ils pour empêcher la réalisation de ce projet qui déstabilisera définitivement la région des Grands Lacs et rendra la paix impossible en Afrique centrale ? En tout cas, les Congolais, et en particulier les autochtones du Kivu, n’en veulent pas.

L’étude du cas congolais montre clairement que le droit international est à l’agonie, que les Nations Unies sont incapables de remplir leur mission. Sur qui les Congolais doivent-ils compter ? En tout cas pas sur le soutien de la communauté internationale qui est restée silencieuse depuis de nombreuses années alors qu’elle s’était indignée en 1994 après les massacres au Rwanda et le 11 septembre 2001 après l’attentat des deux tours de New York. La solution du Congo se trouve dans le recours à la légitime défense que défend le CLD.

Si nous Congolais, nous ne nous organisons pas en plaçant des Congolais à la tête de l’Etat et en contrôlant militairement le territoire national, la partition du Congo deviendra une réalité dans les années à venir. Pour honorer la mémoire de six millions de morts à l’Est, la RD Congo doit se retirer définitivement de la CEPGL car notre pays a plus à perdre qu’à gagner.

Quelqu’un a dit : kozanga koyeba ezali liwa ya ndambu. Maintenant nous savons, agissons pour empêcher la formation de l’armée de la CEPGL.

Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

Vice-président du CLD (Le Congo en Légitime Défense)

www.fweley.wordpress.com

 

 

 

Références :

- Fweley Diangitukwa, Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC, Paris, L’Harmattan, 2001 ; Géopolitique, intégration régionale et mondialisation, Paris, L’Harmattan, 2006 ; Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué Kabila, Paris, L’Harmattan, 2006 ; Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, Monde Nouveau/Afrique Nouvelle (à paraître avril 2011).

- Pierre Péan, Carnages. Les guerre secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010.

Publié dans Economie-Politique

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