Ces conflits que le Monde n’entend pas (1): Zoom sur la République Démocratique du Congo.

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

9 07 2010

 

La République Démocratique du Congo, troisième plus vaste pays d’Afrique avec ses 72 millions d’âmes fait parti de ces Etats les plus pauvres du monde et dont l’impact sur la scène mondiale n’est que marginal. Pour autant, la République Démocratique du Congo reste forte d’une géographie exceptionnelle avec la deuxième plus grande forêt du monde après l’Amazonie, et dispose aussi d’une histoire riche qui ne parvient toutefois toujours pas à se détacher des conflits post-coloniaux, qu’ils soient ethniques, politiques ou économiques. Actuellement et depuis de trop longues années, des combats ont toujours lieu, et s’étendent du nord-est au sud-est et à l’intérieur du pays. À l’ombre des grands enjeux politico-financiers de notre ère et de la société occidentale, il s’y déroule dans ce pays d’Afrique centrale une succession de conflits qui ont, dans l’indifférence quasi-totale, engendré plus de 5 millions de personnes décédées depuis 1998. Voyons ensembles les sources d’un des conflits les plus meurtriers du monde, l’un des plus silencieux et son contexte actuel.

Qui sont ces forces armées déstabilisant cette région ?

Dans un conflit aussi large que complexe, il est difficile de se limiter à quelques exemples sans oublier de nommer d’autres belligérants qui restent une source importante de déstabilisation. Décrits brièvement, voici la liste des groupes armés en activité sur le sol congolais:

- Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP):
Le CNDP tient son origine de Laurent Nkunda qui en était le chef, jusqu’à son assignation à résidence par le Rwanda. Il est aujourd’hui remplacé par Bosco Ntaganda qui, bien qu’inculpé par la Cour Pénale Internationale a accepté d’orienter le mouvement rebelle vers la paix. C’est ainsi qu’en mars 2009, le CNDP s’est converti en parti politique et que 3 000 à 4 000 de ses combattants ont intégré l’armée congolaise. 1 000 à 2 000 autres soldats résistent toutefois à leur intégration dans l’armée régulière et sont responsables des activités dans le Nord-Kivu, qu’il s’agisse de l’exploitation minière artisanale au trafic de charbon, ou encore des extorsions persistantes.

- L’Armée de résistance du Seigneur (LRA):

Troupe armée de la LRA en RDC

 

Peu nombreux, ils restent encore à l’heure actuelle une véritable source de terreur et d’atrocités commises tant en République Démocratique du Congo que dans les régions transfrontalières d’Afrique centrale. Fondé par Joseph Kony, la LRA a pour objectif d’instaurer en Ouganda une théocratie d’inspiration chrétienne, basée sur les Dix commandements de la Bible. La LRA avait à l’origine des revendications légitimes, à savoir la pauvreté et la marginalisation des terres de l’ethnie Acholi d’Ouganda. 
Repoussée des frontières ougandaises, la LRA s’est ensuite introduite au Sud-Soudan au milieu des années 1990, mais l’accord de paix soudanais de 2005 et l’inculpation de Joseph Kony par la Cour Pénale Internationale força le groupe à se réfugier dans les forêts de la République Démocratique du Congo.
Selon des estimations, la LRA aurait tué ces trois dernières années plus de 2 000 civils, en aurait enlevé tout autant sur le territoire congolais et est à l’origine de l’exode forcée de 318 000 personnes. Sa triste notoriété tient aussi des recrutements de force d’enfants-soldats, et de l’utilisation des jeunes filles comme esclaves sexuelles. Ce groupe armé se livre aussi à des mutilations des lèvres et des oreilles de leurs victimes. Désorientée et déstabilisée, l’International Crisis Group décrit la LRA dans un de ses rapports comme un « groupe de guérilla aujourd’hui sans cause et sans base fixe dont la principale préoccupation est la survie au jour le jour ».

- Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR):
Regroupant les Hutus du Rwanda impliqués dans le génocide de 1994, les FDLR se composent d’anciens membres de l’armée du président défunt Juvénal Habyarimana et de miliciens Interahamwe – ceux-là même à l’origine du massacre. À la suite de leur déroute après le génocide, les FDLR se sont regroupés en République Démocratique du Congo afin de préparer une reprise du pouvoir. Selon l’ONU, les FDLR comptent aujourd’hui 3 000 hommes.

- La Force de résistance patriotique en Ituri / Front populaire pour la justice au Congo (FRPI/FPJC):
Leur chef, Germain Katanga, est actuellement en comparution devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses agissement, citons le recrutement d’enfants-soldats, les massacres de masse et les viols systématiques. Aujourd’hui ce groupe subsisterait à l’état résiduel, mais ses répercussions humanitaires restent importantes.

- Les Maï-Maï:
Il s’agit ici de ces combattants connus pour leur habitude à s’asperger   »d’eau magique » pour se protéger des balles. Ce sont pour la plupart des membres de milices d’autodéfense, formées par les leaders locaux, qui arment de jeunes hommes – et des enfants – dans les villages.

Nommons également les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC) ainsi que les Forces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU).

Enfin, terminons par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), autrement dit l’armée régulière du pays. Celle-ci est toute aussi peu glorieuse puisque à l’instar des groupes dits rebelles, les militaires ont été à l’origine ces dernières années de viols continus – de femmes et d’hommes –, de pillages, de trafics de minéraux et de bois de construction. La cause de ces comportements tiendrait son origine dans le fait que beaucoup de ces soldats seraient à la fois mal payés et mal alimentés.

 

Chronologie d’un conflit distinct: La guerre du Kivu.

Réfugiés du Kivu

Parmi les diverses sources de déstabilisation actives dans la région, un conflit en particulier a longuement retenu l’intention – mais toujours insufisamment – des instances de l’ONU. Il s’agit de la Guerre du Kivu dans l’Est du pays, conflit armé opposant les forces régulières de l’armée de la République démocratique du Congo (FARDC) au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) mené par Laurent Nkunda et décrit précédemment.
En 2003, avec la fin officielle de la deuxième Guerre du Congo (1998-2003, 4 à 4,5 millions de personnes décédées), Laurent Nkunda accepte de rejoindre la nouvelle armée régulière créée par le gouvernement de transition. Mais rapidement il s’oppose à l’autorité du gouvernement et se replie avec des troupes dans le Nord-Kivu.
En 2005, Laurent Nkunda demande la démission du gouvernement de transition qu’il accuse de corruption. Dans le même temps, de plus en plus de déserteurs de l’armée régulière rejoignent ses propres troupes, qui gonflent alors jusqu’à 3 000 hommes.
À l’approche de l’élection présidentielle congolaise de 2006, Laurent Nkunda affirme qu’il respectera le résultat des urnes. Mais c’est sans surprise que, la veille de la confirmation de la victoire de Joseph Kabila, déjà Président de transition, que les forces de Laurent Nkunda lancent une offensive majeure contre des troupes gouvernementales ainsi que de la MONUC – Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo.
En septembre 2007, les troupes de Laurent Nkunda s’en prennent à une dizaine d’écoles et de collèges, et y enrôlent de force des enfants-soldats. De sources sûres, les Nations unies confirmeront que les filles furent emmenées comme esclaves sexuelles, et les garçons comme soldats. À la fin de l’année, des milliers de civils continuent de quitter leurs maisons pour les camps de réfugiés augmentant leur nombre à plus de 370 000 personnes.

Laurent Nkunda

Face à la puissance du CNDP lourde de 20 000 hommes, les pertes gouvernementales continuent d’être considérables durant l’année 2008. En effet, 2 600 militaires sont tués alors qu’ils sont près de 6 000 hommes à être engagés. Du matériel militaire se retrouve même des mains des troupes régulières à celles des rebelles: 6 tonnes de munitions, 45 blindés, 20 lance-roquettes, 15 000 caisses de grenades, 6 000 caisses de fusil militaire, et 15 missiles sol-air. Assuré de sa puissance, Laurent Nkunda annonce le 14 décembre qu’il est ouvert à des pourparlers de paix. L’ouverture de ces pourparlers est toutefois reportée au 6 janvier 2008. Entre temps, environ 200 écoliers sont à nouveau déclarés disparus ou enrôlés par l’armée de Laurent Nkunda le 17 décembre 2007. L’International Rescue Committee déclara également cette année là que 45 000 personnes mourraient chaque mois des conséquences de cette guerre.
Les pourparlers de paix ont lieu jusqu’au 21 janvier 2008, et laissent même entrevoir un accord. Le 23 janvier, un traité de paix est finalement signé, incluant une déclaration de cesser-le-feu immédiat, un retrait du Nord-Kivu des troupes de Laurent Nkunda, le retour au village de milliers de civils, et même l’immunité des forces de Laurent Nkunda.
En octobre 2008, alors que l’accord de paix est toujours en vigueur, de nouvelles attaques de Laurent Nkunda ouvrent la porte à une internationalisation du conflit. En effte, à la suite d’une alliance surprise, les gouvernements rwandais et congolais lancent une opération militaire combinée le 22 janvier 2009 qui mènera à l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda le 22 janvier au soir, en l’assignant jusqu’à aujourd’hui à résidence.


Les méandres et autres raisons de la Guerre du Kivu:

Échantillons de coltan

 

Le Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo n’est pas une région dénuée d’intérêts. En effet, il s’agit d’une région incroyablement riche en minerai, le plus important d’entre eux étant sans conteste le coltan. Le coltan est un minerai radioactif de couleur noire voire brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite et la tantalite. Ce minerai se trouve principalement en Afrique centrale, et plus particulièrement en République démocratique du Congo dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Des exploitations de coltan existent également en Australie, au Brésil, au Canada et en Chine.
Mais pourquoi est-il question d’un minerai dont le nom semble si peu connu ? Pour la seule et unique raison que le coltan est utilisé en électronique, en particulier dans les téléphones portables, les consoles de jeux-vidéo et les appareils électro-ménagers. Le secteur de l’électronique serait tellement demandeur de ce minerai qu’il monopoliserait ainsi 60 à 80% de son marché. Souvent comparée aux diamants de sang finançant les conflits dans d’autres régions africaines, l’exploitation du coltan serait, du moins en grande partie liée aux conflits en République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité de l’ONU est même allé jusqu’à dénoncer dans un rapport datant de 2001 les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol de la République démocratique du Congo, et transportées en contrebande par les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi et de la République Démocratique du Congo, en accord avec des entrepreneurs occidentaux occupant le pays, dont la région du Kivu.
L’armée rwandaise, à l’instar de l’armée libérienne et des diamants récupérés au temps de la guerre du Sierra Leone, aurait de cette façon récolté 250 millions de dollars en l’espace 18 mois par l’intermédiaire du trafic illégal du coltan, dont le Rwanda est pourtant dépourvu. Sans conteste, ces exploitations minières illégales encouragent ainsi le maintien d’armées étrangères au Kivu.

Mais les groupes armés ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les multinationales qui participent à l’extraction du minerai au Kivu sont aussi à blâmer, car elles financent indirectement la guerre par les taxes payées aux groupes armés rebelles et réguliers qui maîtrisent les mines de la région. Des compagnies européennes assurent également le transport du coltan vers l’Europe, à l’image de SDV Transintra, qui appartient Groupe français Bollorélequel figure aujourd’hui parmi les 500 premiers groupes mondiaux, et dont le propriétaire Vincent Bolloré peut se vanter d’une fortune personnelle de 4 milliard de dollars. Parlons également de ces entreprises qui réalisent des bénéfices colossaux grâce à la vente de téléphones mobiles et d’autres appareils électroniques. Ces entreprises sont accusées par l’ONG Global Witness de ne  » pratiquement rien faire pour s’assurer que les composants de leurs produits ne proviennent pas de régions contrôlées par des groupes armés « . Pour leur défense, certaines d’entre elles affirment que leurs chaînes d’approvisionnement sont tellement complexes qu’il est impossible de les suivre, à quoi de nombreuses ONG ainsi que les Nations Unies ont répondu que cet argument n’est pas valable.
Quelques entreprises s’assurent toutefois que le coltan qu’elles utilisent ne provienne pas du Congo, telles que Apple, Intel, Hewlett-Packard, Sony, Nokia ou Nintendo.


Les conséquences et autres retombées négatives.

Dans un camps de réfugiés congolais de l'UNHCR

 

Nul doute possible qu’aujourd’hui la situation humanitaire et sociale du pays s’en retrouve à des niveaux catastrophiques. Les premiers touchés par ces conflits successifs restent les populations civiles composées de plusieurs centaines de milliers de personnes, forcées à l’exode – quand celles-ci ne sont pas tout simplement massacrées – vers d’autres pays ou contraintes de trouver refuge dans les quelques camps de protection érigés par les forces de l’ONU en mission sur place, la MONUC.
Autres victimes et non des moindres, les femmes congolaises, systématiquement violées et/ou tuées, quel que soit le groupe armé en question, rebelle ou régulier. D’autres femmes, lorsqu’il leur est laissé la vie sauve portent à jamais sur elles les traces des violences et de la barbarie guerrière: oreilles ou lèvres coupées, membres sectionnés ou viol à l’aide du canon des armes. Comble de l’horreur, le viol étant si constant au fil des conflits – 8 000 viols auraient été commis au Nord et au Sud-Kivu au cours de la seule année 2009 selon les estimations – cela a conduit à une véritable impunité envers les violeurs, au point qu’il en a même valu pour le pays de porter le nom de « capitale mondiale du viol ». La banalisation du viol est telle que depuis 2009 de plus en plus de viols sont dorénavant commis par des civils. Environ cinquante pour cent des nouveaux cas recensés seraient en effet commis par des civils, des hommes voyant les soldats ou les miliciens comme des modèles. Et même si la législation congolaise est devenue stricte en matière de violence sexuelle depuis 2006 – les peines pour agression sexuelle pouvant aller de cinq à vingt ans d’emprisonnement – la loi reste rarement mise en application. Rajoutons à cela les frais judiciaires souvent élevés, ou les mandats d’arrêts émis contre les auteurs présumés restant souvent sans suite.
Avec les femmes suivent les enfants, dont le sort est tout aussi misérable. Il est estimé qu’un tiers des combattants présents sur le sol congolais ont moins de 18 ans. Ne pouvant plus s’attirer les faveurs des populations, les groupes armés trouvent la facilité à acquérir de nouvelles recrues en enrôlant des enfants de force, petits soldats en nombre quasiment illimités, qu’ils endoctrinent et rendent extrêmement loyaux.

Soldat de maintien de la paix pakistanais en RDC

 

Enfin, situation de guerre oblige, et le pays croulant sous la dette, les établissements sanitaires sont évidemment inexistants. Il est donc rendu nécessaire que les organisations humanitaires interviennent mais celle-ci font également face à de graves difficultés, tant financières que de sécurité. Seulement 30 % des 827 millions de dollars demandés par l’ONU pour ses opérations dans le pays sont actuellement financées, réduisant ainsi l’aide à la population et aggravant de surcroît les conditions de vie. Ainsi, voici comment loin de toutes les préoccupations et autres priorités des grands de ce Monde, un pays s’enfonce dans l’horreur et le désespoir le plus total, au grand dam de millions de personnes, victimes au destin brisé n’ayant aucun véritable contrôle de leur vie, à l’image de leur propre pays.

 

source: http://lookingforsomehope.com/2010/07/09/conflits-rdc/

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