De Bangui (Centrafrique) à Tripoli (Libye): une intervention militaire pour effacer des traces? - par M.Frindéthié

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

 

 vendredi 25 mars 2011, 23:47
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           Les interventions militaires effacent très souvent des traces compromettantes, font disparaître des dossiers gênants. Kofi Annan le savait, qui a profité de la frappe américaine contre Saddam pour faire disparaître la grosse fosse de 36 milliards de dollars que son fils Kojo, son ami Leo Mugabe (le neveu de Robert Mugabe) et lui avaient creusée dans la gestion des 86 milliards de dollars du fonds pour « pétrole contre nourriture ». Ces derniers jours, l’on a vu Sarkozy s’agiter exceptionnellement au fur et à mesure que le leader libyen et son fils menaçaient de révéler au monde des secrets qui le feraient dégringoler de l’escabeau du haut duquel, augmenté de quelques centimètres, il aime à narguer le monde. L’agitation de Sarkozy a pris une apparence épileptique lorsque Kadhafi junior a révélé que son père avait financé la campagne de Sarkozy dans un contrat quid pro quo dont il détenait des attestations. Le président français est monté immédiatement au créneau dans l’espoir de convaincre ses pairs occidentaux pour une frappe militaire contre Kadhafi. A peine la résolution 1973 interdisant tout vol dans l’espace aérien libyen fut-elle adoptée par le Conseil de Sécurité que l’aviation française entra en action, visant et détruisant des cibles libyennes, apparemment pour sauver des vies humaines en Libye. Puisque nous savons tous que la France ne s’est vraiment jamais préoccupé du sort des Africains, puisque que la France a maintes fois prouvé que, fidèle à la maxime si chère à son général de Gaulle, elle n’a pas d’amis, mais seulement des intérêts,  la précipitation extraordinaire de Sarkozy paraît suspecte. Cette alacrité à attaquer Kadhafi à qui Sarkozy déroulait le tapis rouge il y a seulement quelques mois cacherait-elle un autre dessein inavoué ? Sarkozy essaierait-il de faire disparaître quelques dossiers compromettants . . . comme le fit son prédécesseur Valérie Giscard d’Estaing avant que n’éclate « l’affaire des diamants ».

 

En effet, quand Bokassa était encore un ange et non pas encore un tueur d’enfants, ni une bête ou un anthropophage aux yeux de la France, quand Bokassa était encore une source de revenus pour la France et pour les politiciens français et pas encore un fardeau embarrassant, Giscard avait signé le livre d’or des Bokassa. Et lorsque le 4 décembre 1977 Bokassa décida de se faire empereur, le ministère français de la défense convoya la fanfare de la marine française à Bangui ; Giscard affréta 17 avions pour le transport des invités de Bokassa ; et Giscard suggéra à Bokassa que leurs relations fussent plus familiales. Giscard voulait que Bokassa fût son frère et non pas seulement son ami. Et là, l’on pouvait entrevoir  l’orgueil titillé de Bokassa danser la soukous. « Je suis le frère du grand blanc », a-t-il dû s’écrier. Et Giscard, qui avait les yeux sur l’Impératrice Catherine, proposa même à Bokassa qu’ils échangeassent de femmes : l’Impératrice viendrait passer quelques semaines en France, et lui enverrait Madame Giscard à Bangui passer quelques semaines près de Bokassa ; histoire de prouver aux peuples français et centrafricain que le pont entre Paris et Bangui était en parfait état. Ô que ne fut titillé l’orgueil de notre empereur ! Giscard assouvit son fétichisme de la beauté noire : l’impératrice tomba enceinte de Giscard, sans que cela ne fasse tilt dans la tête de notre empereur noir. Au contraire, Bokassa continua d’offrir des diamants et des permis de chasse à Giscard … jusqu’à ce que l’impopularité de Bokassa en Centrafrique ne dicte à Giscard de se séparer de lui. Et lorsque Bokassa se sentit lâché par Giscard, il décida lui aussi de lâcher les preuves sur l’affaire les diamants centrafricains qui avaient enrichi les Giscard.

 

 

A ce moment-là, dans une précipitation rappelant celle de Sarkozy aujourd’hui, l’Opération Barracuda parachuta 30.000 soldats en Centrafrique, qui occupèrent le pays jusque dans ses contrées les plus reculées. Bokassa, qui retournait de Libye où il était allé demander une aide financière à Kadhafi, vit son avion détourné par ses pilotes français vers la base militaire d’Evreux. Là, il fut mis aux arrêts, complètement déshabillé, fouillé jusque dans ses parties les plus intimes, rhabillé, maintenu dans son avion pendant 4 jours et 4 nuits, avant qu’il ne lui soit trouvé une destination ivoirienne. Entretemps, Giscard ordonna à l’armée française de dépouiller le palais de Bokassa de tout son contenu et de l’entreposer en cachette à Orléans. C’est par un hasard des plus imprévus que, malgré les précautions prises par Giscard pour effacer toutes les traces de ses transactions illégales avec Bokassa,  Le Canard Enchaîné découvrit puis publia une ordonnance de Bokassa écrite sur une page avec signature impériale intimant au Comptoir National du Diamant  de la Centrafrique de préparer pour Giscard un diamant de 30 carats. De tous les scandales de Giscard, ce fut « l’affaire des diamants » qui eut raison de sa carrière politique. La France est indéfendable pour sa propension au mensonge et au pillage de l’Afrique. Mais les chefs d’état africains sont encore plus indéfendables pour leur imbécilité légendaire. Que croyait vraiment Kadhafi lorsqu’il douchait Sarkozy de l’argent du peuple libyen ?                     

 

 M.Frindéthié

Publié dans Objectivité

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