Elites kemites, ressaisissez-vous !-par Nsaku Kimbembe

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

dimanche 23 mai 2010, 19:01
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Lors d'un entretien dans son hameau de Ngun unkutu (Congo), un vieux matsuwanite, mwana-mikâle s'exclama en ces termes : "lorsque le Petit-Reste de la résistance s'en ira, que deviendra ce pays !". Le viel homme utilisait un terme :"balà-ba-binsôriza" pour désigner le petit-reste. Qu'est-ce que le Petit-Reste ? Ce Petit-Reste sont des Bakongo (des Africains) défenseurs de la tradition (fu-kia-nsi). Depuis des siècles, ils sont restés fidèles à la tradition politique, religieuse, spirituelle et pédagogique du MBONGI. Ils sont le Petit-Reste des tenants du grand Mouvement de Résistance nationale qui a vu le jour dans la province de Nsundi (Kongo-dia-Ntotela).

"Mpasi zo ntama za tuka..." (ces souffrances remontent de loin), ainsi chante l'artiste kongo-congolais Jacques Lubelo.

Les sujets de la province de Nsundi se sont levés contre l'occupant portugais à partir du moment où ceux-ci ont commencé à commettre des excès inadmissibles comme la pratique de l'esclavage. Ils ont mené la vie difficile à l'envahisseur et à son valet, le gouverneur de la province, Nzinga-Mvemba. À la mort de NZINGA-NKUWU, le Mbongi de Kongo avait choisi MPANZU'A- NZINGA pour lui succéder. Ce dernier était un partisan du "fu-kia-nsi" (la fidélité à la tradition). En effet, pour la succession du roi défunt, les rivalités étaient fortes entre NZINGA-MVEMBA, l'ami des portugais et MPANZU'A-NZINGA, l'ami du peuple, partisan de l'indépendance dans le "fu-kia-nsi" (fidélité à la tradition). Pour lui, l'indépendance ne peut s'assurer que dans la fidélité à la tradition. La tradition est perçue comme un facteur de développement et non de régression. La tradition engendre le développement. C'est elle qui détermine les étapes qui mènent à l'évolution et le développement sous toutes ses formes. L'aliénation dans la religion des autres est un facteur de régression. Comme cela se fait, c'est le conseil des sages du MBONGI qui choisit le souverain. Celui-ci a porté son choix sur le partisan du "fu-kia-nsi" (la fidélité à la tradition). Le jour du couronnenemnt, et en pleine cérémonie, le portugais Ruy de Souza assassine MPANZU'A-NZINGA et impose NZINGA-MVEMBA comme souverain de Kongo. Il prendra le nom sombre de Afonso I. Les livres d'histoire officielle en ont fait un grand roi. L'élite intellectuelle et politique actuelle a avalé cette couleuvre.

Pour les sujets de Nsundi, leur ancien gouverneur devenu roi par la volonté de l'occupant, n'est qu'un vil traître. Il a trahi le "fu-kia-nsi". Les Bakongo de la province de Nsundi sont de virulents opposants historiques à tout envahisseur. Ils sont dans la stricte ligne des combattants de la liberté comme MPANZU'A-NZINGA,qui était musi-Mpanzu, assassiné en plein couronnement en 1506 ; NKANGA-M'VITA, qui était musi-M'laza), mort au combat et décapité par les portugais en 1665 à Mbwila ; KIMPA-VITA brûlée vive ce jeudi 2 juillet 1706 ; MATSUWA, mort dans les geôles françaises en 1942 suites à d'affreuses tortures ; KIMBANGU, mort dans les geôles belges après 30 ans de détention.

Le vieil homme m'expliquait qu'il est extrêmement dangereux que toute une nation, toute une culture, toute une spiritualité, toute une religion, toute une mystique soient vaincues face à la conquête (mentale et spirituelle) fulgurante des envahisseurs. Les matsuwanistes sont un ilôt de la liberté kongo dans un océan de Congolais vaincus. Ces vieux que l'on taxe de rétrogrades, sorciers, sont des Bakongo traditionnels qui ont refusé toute soumission mentale et religieuse à l'envahisseur ; ils continuent à résister à la vague déferlante d'occupation mentale et spirituelle de Kongo et de l'Afrique. Les matsuwanistes sont des résistants historiquesz et actuels., Ils ne sont pas (encore) vaincus. Le vieil homme me disait : " Kongo et l'Afrique ne peuvent se bâtir avec une spiritualité, une langue, une religion, un mode de pensée d'emprunt. Aucune libération n'est possible si la force spirituelle et mentale n'est pas au rendez-vous. Ce n'est que là que vous pourrez parler de libération économique ; c'est là que vous aurez votre monnaie : m'pata-wa-beno bene (votre propre monnaie) car il faudrait en avoir une ; c'est nécessaire pour la libération politique".

Le vieil homme se plaignait : " ...et vous les élites sur qui nous aurions dû compter, vous vous alignez sur les envahisseurs". Par ces propos, tâta K, le vieux matsuwaniste retirait sa confiance aux élites intellectuelles (qu'il considère comme incapables de penser par eux-mêmes et pour leur tradition; ils en sont même les premiers fossoyeurs), militaires (qu'il considère comme des corrompus sans dignité, soumis aux ordres du maître envahisseur) ; religieuses (pièce maîtresse de l'aliénation de tout le peuple), politiques (également sans dignité, incapables de défendre la vie du pays). Au lieu d'être un facteur de libération, ils constituent (pour une large part) un frein redoutable de la libération de Kongo et de l'Afrique. L'école vous apporte des connaissances. Mais les connaissances ne suffisent pas pour bâtir et libérer le pays; il faut aussi du BUNSONGA (la profondeur morale). Tous les libérateurs ont tous été armés d'une bonne dose du BUNSONGA. La grande quantité de connaissances ne libère pas un peuple ; c'est le BUNSONGA de certains de ses membres qui libère.

En effet, l'aliénation mentale et spirituelles des élites est très marquée. Lesquels remplissent les loges maçonniques dans nos pays africains ? Sûrement pas les paysans.

Elites kémites, ressaisissez-vous !

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Nsaku KIMBEMBE

Rencontre avec NSAKU KIMBEMBE - kewego
Nsaku Kimbembe est l'auteur d'un livre très important qui vient de paraître, sur la spiritualité Kongo dont le titre est :
CONFINS SPIRITUELS DU KONGO ROYAL Tome I

Publié dans Objectivité

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Mounganga Boulingui 17/09/2014 18:07

Super, info motivante! Merci.