EXTRAIT / RAPPORT AMNESTY INTERNATIONAL / TORTURE A L'ÉLECTRICITÉ

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

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CÔTE D’IVOIRE : LA LOI DES VAINQUEURS 
LA SITUATION DES DROITS HUMAINS DEUX ANS APRÈS LA CRISE POST-ÉLECTORALE

Bafouant ces garanties et n’ayant aucune confiance dans les forces de police et de
gendarmerie globalement considérées comme « pro-Gbagbo », les FRCI et la police militaire ont mis en place un réseau de lieux de détention non reconnus comme tels où des dizaines de personnes ont été maintenues au secret et torturées.
Ces lieux comprennent des camps militaires (y compris ceux de San Pedro et Daloa), des infrastructures civiles ou militaires réquisitionnées par l’armée (notamment l’Institut industriel d’Afrique de l’Ouest (IIAO) et l’Établissement de gestion et de service (EGS) à Abidjan) ainsi que des résidences privées. Amnesty
International a pu recenser certains de ces lieux, situés notamment à Abidjan et dans ses environs. L’un des lieux, le Centre Marie Thérèse Houphouët Boigny, un centre d'éducation préscolaire situé à Adjamé (un quartier d’Abidjan), avait été utilisé, durant des années, comme base des miliciens du Groupement des patriotes pour la paix (GPP), des partisans de Laurent Gbagbo, responsables d’atteintes
graves aux droits humains avant et durant la crise post-électorale de 2010-2011.
Outre les lieux de détention non officiels, plusieurs détenus ont affirmé avoir été emmenés en « brousse » ou en « forêt » pour y être torturés. Ces lieux aux contours non délimités semblent jouer un rôle particulier dans la succession de techniques utilisées par les FRCI pour terroriser les détenus et les amener à « avouer ». Ainsi, un électronicien guéré, arrêté en septembre 2012 à Abidjan, a raconté à Amnesty Inter
national :
« Le plus terrifiant, ça a été quand ils nous ont emmenés en brousse. C’était la nuit, ils ont tiré en l’air pour nous effrayer. Ils ont menacé de nous tuer si nous ne disions pas la vérité. Ils disaient que les Guérés et les Bétés avaient soutenu Laurent Gbagbo et c’est pour cela qu’ils nous frappaient. Jamais avant ou après, nous n’avons eu une telle impression d’être des jouets dans la main de nos bourreaux. Puis, on a été emmenés dans la résidence privée d’un officier des FRCI et ensuite au Génie militaire.
On a aussi été torturés là-bas mais la brousse c’est pire que tout car tout peut vous arriver. » Une autre personne, arrêtée chez elle à Abidjan à 3h30 du matin dans la nuit du 16 au 17 août 2012, a raconté à Amnesty International : « Je me suis retrouvé dans un véhicule avec quatre autres personnes. On m’a mis des menottes attachées derrière le dos. Une cagoule m’a été enfoncée sur le visage, j’ai senti le bout d’un pistolet automatique contre ma tête. À un moment, j’ai compris qu’on avait quitté
le goudron pour emprunter une piste. Le véhicule s’est arrêté. Quand on a enlevé la cagoule, j’ai compris qu’on était dans la forêt. On nous a fait descendre et on nous a demandé où étaient les armes. J’ai répondu que je n’en savais rien. Ils ont tiré des coups de feu d’abord en l’air puis sur un des détenus. Il est tombé et ils ont abandonné son corps là-bas. » Même des personnes conduites dans des lieux de déte
ntion officiels ont été détenues au secret durant de longues périodes en violation des
règles essentielles en matière de détention et de droits de la défense aussi bien au niveau national qu’international (Voir Section 6.2.) Une personne, arrêtée à Abidjan le 24 août 2012, a raconté à Amnesty International : « J’ai été conduit à la DST où on m’a interrogé. Ils m’ont accusé de complicité d’atteinte à la sécurité de l’État et d’avoir hébergé des miliciens et des rebelles. J’ai été auditionné deux fois. J’ai nié les accusations portées contre moi et ai demandé la présence de mon avocat.
L’officier de la DST m’a répondu que, dans l’immédiat, je n’en avais pas besoin. Je suis resté 12 jours à la DST où je n’ai reçu aucune visite et personne ne savait où j’étais ». Dans un autre cas, un ressortissant franco-ivoirien s’est vu refuser le droit d’entrer en contact avec son avocat et l’ambassade de France. Ibrahim Magassa, économiste et consultant, a été arrêté le 15 mars 2012 à l’aéroport d’Abidjan à son
retour de Paris. Il a été emmené à la DST et détenu durant 32 jours. Il a précisé à Amnesty International : (SUITE CLIQUEZ SUR LE LIEN) 

http://www.amnesty.org/fr/library/asset/AFR31/001/2013/fr/028f70d7-8f37-4a40-ad71-71c9e8369a41/afr310012013fr.pdf

EXTRAIT: « ... c'est très grave, au cours de l'arrestation durant leur garde-à-vue, beaucoup de détenus ont été torturés ... CERTAINS D'ENTRE EUX ONT ÉTÉ TORTURÉS À L'ÉLECTRICITÉ ... le cas d'un détenu (un policier), SERGE HERVÉ KRIBIÉ QUI EST DÉCÉDÉ DES SUITES DE MAUVAIS TRAITEMENT À L'ÉLECTRICITÉ ... et encore que nous ne sommes pasrentrés dans les détails des pratiques de tortures ! Je prends un exemple, À LA PLACE DE LA LIBERTÉ À YOPOUGON, IL Y DES DÉTENUS QUI ONT ÉTÉ MIS DANS DES BARILS D'EAU dans le but d'obtenir simplement des aveux ... » 
Mercredi 31 Octobre 2012 sur TÉLÉSUD, Gaetan Mootoo (chercheur pour l'Afrique de l'Ouest à Almnesty International) parle des cas de tortures du régime Dramane ! Voir le lien suivant pour la vidéo complète: http://www.youtube.com/watch?v=BBmg3ImrYko

 

TRANSCRIPTION COMPLÈTE DE L'ENTRETIEN 

Quelle était la situation ?

« Oui, c'est une mission que nous avons faite durant ces derniers mois en Côte d'Ivoire, nous avons passé pour être précis 1 mois 1 jour en Côte d'Ivoire, et les résultats que nous avons pu communiquer sont les suivants: D'abord nous assistons à des violations de Droit de l'Homme, notamment à Abidjan et également dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Pour être plus précis, nous avons eu l'occasion de rencontrer des responsables politiques, nous avons pu visiter des camps de détention, et là je vais le dire, c'est un peu la grande surprise pour nous de découvrir des camps illégaux de détention où plus de 200 personnes ont été arrêtées et détenues depuis le début de l'année. certaines de ces personnes ont subit de mauvais traitements et des tortures durant leur détention »

Pour commencer, Est-ce que vous avez pu avoir le concours des autorités ivoiriennes pour faire les visites des différents sites que vous évoquez ? 

« Tout d'abord, avant d'arriver dans le pays, nous informons les autorités de notre venue, nous sollicitons un visa et nous demandons à les rencontrer. Et là, je dois dire qu'on a bénéficié d'une parfaite coopération avec les autorités ivoiriennes. Simplement nous avons eu des difficultés avant d'avoir accès aux lieux de détention, les autorisations sont arrivées tardivement. mais nous avons pu effectuer notre travail »

Il y a aujourd'hui des prisonniers qui s'estiment politiques, ceux du Front Populaire Ivoirien notamment et les personnes qui s'estimaient proches du parti de Laurent Gbagbo. Est-ce que vous avez pu rencontrer ces prisonniers de Droit commun ? sur quelle partie de la population a porté votre enquête ?

« Pour faire une distinction, il y a d'une part les personnes qui ont été arrêtées à la résidence de Laurent Gbagbo en avril 2011, et d'autres arrestations survenues peu de temps après. Nous avons pu effectivement rencontrer ces différents détenus à la fois dans les différents lieux, notamment à Katiola, à Korhogo, à Boundiali. Nous avons pu rencontrer également l'ex première Dame Mme Simone Gbagbo. Nous avons pu également rencontrer le fils du Président Laurent Gbagbo à Bouna. Et donc beaucoup de ces personnes ont fait état des instructions qui sont en cours, et Mme Simone Gbagbo nous a informés que s'agissant de son cas, elle n'a pas été entendue sur le font. Donc ça c'est une première chose. Et beaucoup de ces personnes arrêtées en avril dernier nous ont fait état des mauvais traitements durant leur arrestation à la résidence ainsi qu'à l'hôtel du Golf, ET TOUT CELA SE PASSAIT DEVANT LES SOLDATS FRANÇAIS ET DEVANT LES SOLDATS DE L'ONUCI. Par ailleurs, nous avons pu également rencontrer des personnes qui ont été arrêtées durant cette période de 2012. Et certaines personnes ont été arrêtées, relâchées sans charges et sans jugement, d'autres ont été relâchées moyennant des rançons importantes, et d'autres ont été déférées à la prison centrale d'Abidjan pour atteinte à la sureté de l'État »

Est-ce qu'on peut dire que la situation des Droits de l'Homme est plutôt inquiétante en Côte d'Ivoire, ou c'est tôt pour le dire ?

« Effectivement, pour nous (Amnesty International) la situation est inquiétante puisque les nouvelles autorités ivoiriennes avaient fait des promesses, et là nous sommes loin des promesses tenues par ces mêmes autorités. Je donne deux exemples si vous voulez. À Abidjan il y a d'abord cette situation de non-droit où des personnes sont arrêtées et détenues dans des lieux illégaux. Les parents ne savent pas où sont leurs proches, ni où sont leurs époux et leurs enfants. Deuxième chose, la durée légale de garde-à-vue dans tous ces cas est souvent dépassée. Et là, c'est très grave, au cours de l'arrestation durant leur garde-à-vue, beaucoup de détenus ont été torturés s'agissant du cas d'Abidjan. À San Pedro, en août dernier, plusieurs militaires, policiers ainsi que des civils ont été arrêtés, CERTAINS D'ENTRE EUX ONT ÉTÉ TORTURÉS À L'ÉLECTRICITÉ, et nous avons travaillé notamment sur le cas d'un détenu, SERGE HERVÉ KRIBIÉ QUI EST DÉCÉDÉ DES SUITES DE MAUVAIS TRAITEMENT À L'ÉLECTRICITÉ. Je disais que la situation est grave, effectivement, la situation est très grave, et d'autres détenus ont également été torturés à l'électricité. En juillet dernier, peut-être vous vous souvenez, il y a le camp de déplacé interne qui se trouve à Duekoué, une ville de l'Ouest du pays, où plus de 4000 personnes avaient trouvé refuge, puisque leurs villages avaient été attaqués, leurs quartiers avaient été attaqués à Duekoué. Rappelons que le comité international de la Croix Rouge avait dénombré plus de 700 personnes qui avaient été tuées, exécutées de manière extra-judiciaire en mars et avril 2011. Amnesty International a pu mener une enquête là dessus, nous avons pu effectivement rencontrer plusieurs familles, rencontrer des témoins qui nous ont raconté comment leurs proches ont été tués. Et en juillet de cette année, ce camp de déplacés a été attaqué à la fois par les forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) la nouvelle armée, ainsi qu'une milice supplétive, la confrérie nationale des Dozos, qui dans le passé remplissait d'autres fonctions, mais qui maintenant remplit à la fois un rôle de milice. Et ce camp a été attaqué, plusieurs personnes ont été exécutées de manière extra-judiciaire, d'autres ont été arrêtées, et d'autres sont porté-disparues. Voilà pour le bilan »

Mais en face, le gouvernement vous dit que nous ne sommes pas dans l'impunité, on a lancé des commissions d'enquête qui sont en train de travailler, certains rapports sont déjà tombés, les condamnations vont suivre, n'est-ce pas un gage de bonne fois ?

« Oui, mais il y a le discours et la réalité. Et la réalité pour nous c'est la situation présente. Il y a effectivement le combat contre l'impunité, bien sûr nous adhérons à ce combat contre l'impunité. Mais il y a également une situation présente, les instructions sont en cours, elles ne sont pas terminées, nous reconnaissons qu'il y a une certaine lenteur, que la justice doit prendre son temps, mais à la fois, il faut respecter les règles, s'agissant notamment de la garde-à-vue, s'agissant des lieux de détention, s'agissant de l'interdiction de la torture, c'est inscrit dans la Constitution ivoirienne. La Côte d'Ivoire a ratifié de nombreuses conventions en matière de protection et de défense des Droits de l'Homme, dont la convention contre la torture. Rappelons que l'article 13 dit notamment, dès qu'il y a allégation de mauvais traitements, les autorités sont obligées d'ouvrir une enquête. Or tous ces cas, je veux dire, le cas du policier Serge Hervé Kribié que je viens de citer, décédé à la suite de mauvais traitements à l'électricité, est-ce qu'une enquête a été ouverte ? non je n'ai pas l'impression »

Mais là vous parlez d'un cas particulier, mais le gouvernement dit qu'il est sur ce chantier.

« Je parle d'un cas particulier, mais il y d'autres personnes qui ont été torturées à l'électricité, il y a également le cas d'Abidjan où plusieurs personnes ont été torturées, et détenues dans des lieux illégaux de détention dont le Génie Militaire. Je prends également un autre exemple, la place de la liberté à Yopougon qui a été transformée en camp de FRCI, il y a des policiers, des militaires et des civils qui ont été arrêtés en cours d'années et qui ont été torturés »

Et quel regard les autorités ivoiriennes jettent sur le communiqué que vous avez diffusé ?

« Ce communiqué c'était pour tirer la sonnette d'alarme, puisqu'on ne peut pas rester insensible à ce qui s'est passé ! Nous sommes une association qui rend compte de ce que nous avons vu. Nous avons eu l'occasion de rencontrer les autorités ivoiriennes peu de temps après notre arrivée, après l'enquête faite à l'Ouest de la Côte d'Ivoire. Les autorité ivoiriennes ce sont engagées à combattre l'impunité. Nous avons eu l'occasion de rencontrer le procureur de Man chargé de cette enquête, il nous confiait qu'il avait des difficultés à poursuivre son enquête parce que les témoins avaient peur de parler devant lui, parce qu'il représente les autorités ! vous voyez là où se situe le problème en fait »

Mais du côté des autorités ivoiriennes, on dit que vous êtes venus, vous n'avez pas pris le temps d'entendre toutes les versions, notamment celles à la fois du ministre et des personnes qui sont en charge de l'instruction côté officiel.

« Nous portons un regard différent là dessus, parce que nous sommes allés en Côte d'Ivoire, nous sommes restés 1 mois 1 jour. Et durant cette période de temps, nous avons rencontré le ministre de la défense, le ministre de l'intérieur, brièvement monsieur le premier ministre puisqu'il avait une charge ce jour là, il nous avait demandé de le rencontrer après. Mais lors de nos rencontres avec les deux responsables politiques, notamment le ministre de l'intérieur ainsi que le ministre de la défense, nous avions évoqué nos préoccupation principalement sur l'Ouest de la Côte d'Ivoire, et nous avions également évoqué les lieux de détention illégaux dans la capitale. Et là c'est une chose assez importante, je dois dire que nous avions également adressé une demande auprès du ministre de l'intérieur pour rencontrer les détenus à la DST, cette demande est restée sans réponse ! Nous, dans notre travail, il ne s'agit pas de faire qu'un état des lieux, mais il est également important pour nous de faire des recommandations, et c'était l'objet des rencontres que nous avions eu avec les autorités ivoiriennes »

Parce que quand on lit le communiqué du ministère ivoirien des Droit de l'Homme en réaction au vôtre, on a l'impression que vous avez fait une enquête à charge contre les autorités ivoiriennes actuelles.

« On peut le lire de cette façon, mais nous ne sommes pas des juges d'instruction, nous ne faisons pas des enquêtes à charges, encore que le juge d'instruction fait également des enquêtes à décharges ! Nous, nous faisons des enquêtes à la base de constats, et encore nous ne sommes pas rentrés dans les détails des pratiques de tortures ! Je prends un exemple, À LA PLACE DE LA LIBERTÉ À YOPOUGON, IL Y DES DÉTENUS QUI ONT ÉTÉ MIS DANS DES BARILS D'EAU dans le but d'obtenir simplement des aveux ! Il en est de même pour ce qui s'est passé à San Pédro ! Quel est le but des autorités d'attaquer un camp de déplacés ?! On a eu l'occasion d'évoquer tout cela avec les principaux responsables dont le ministre de l'intérieur et le ministre de la défense, et je trouve que peut-être dans notre communiqué on aurait dû en rendre compte ! Mais les autorités ivoiriennes savent très bien qu'on les a rencontrés »

Merci beaucoup M. Gaetan Mootoo.
sources :http://www.amnesty.org, telesudofficiel

 

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