Guerlain 007 ou Le Deuxième Pilier de la Libération-par Imakhu Hem Heru

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

Guerlain 007 ou Le Deuxième Pilier de la Libération

par Imakhu Hem Heru, vendredi 22 octobre 2010, à 04:47

Guerlain 007 ou Le Deuxième Pilier de la Libération

 

A première vue et pour la première fois, nous avons le sentiment qu’une majorité de Noirs regarde dans la même direction. Ouvrir les yeux c’est un début, comprendre c’est bien et agir c’est mieux. Les propos du parfumeur grabataire ne sont évidemment pas les plus nauséabonds que nous aurions eu entendre ou à lire. En ce qui concerne les enchères Anti-Nègres, difficile en effet de faire mieux que Friedrich HEGEL, VOLTAIRE, Ibn KHALDUN, Ibn BATTUTA, David HUME, Moïse MAÏMONIDE, Emmanuel KANT, Thomas JEFFERSON, etc.

 

Article : Guerlain 007 ou le Deuxième Pilier de la Libération

 

GUERLAIN ? Et puis quoi encore ? Les évènements à la Courneuve à Paris en juillet dernier auraient mérité au moins la même indignation voir un VRAI front de protestation et de soutien aux familles. Qu’est ce qu’une énième insulte en direction du Peuple Noir, « jouet sombre au carnaval des autres ou dans les champs d'autrui l'épouvantail désuet » ; qu’est ce qu’une énième insulte à côté de nos Mamans, petits frères et petites sœurs trainés au sol par les « forces de l’ordre ». Ah les forces de l’ordre ! La loi ! Que dis-je ? Le Code Noir ! Au pays des Droits du Blanc ? Mais t’as rien compris…Liberté, Égalité, Abracadabra c’est pour ceux qui y croient ; la seule devise c’est « d’acquérir de l’or ».

 

Devise qui rejoint l’idée que le négociant esclavagiste François Marie AROUET alias VOLTAIRE ­ sage penseur « des Lumières » ­ se fait de l’argent et des moyens d’en acquérir : « Il y a une tragédie anglaise qui commence par ces mots : mets de l'argent dans ta poche et moque-toi du reste. Cela n'est pas tragique, mais cela est fort sensé ». Ou encore en tant qu’actionnaire dans Le Congo, bâtiment négrier armé à Nantes par M. MICHAUD auquel VOLTAIRE écrit : « Je me félicite avec vous de l'heureux succès du navire le Congo, arrivé si à propos sur la côte d'Afrique pour soustraire à la mort tant de malheureux nègres. Je sais que les noirs embarqués sur vos bâtiments sont traités avec autant de douceur que d’humanité, et, dans de telle circonstance, je me réjouis d'avoir fait une bonne affaire en même temps qu'une bonne action ».

 

Malgré la faible mobilisation observée lors des évènements à la Courneuve, nous croyons qu’il y a un début à tout. Nous saluons la sortie de Audrey PULVAR et espérons que dorénavant les nôtres (ou du moins ceux et celles qui se considèrent comme appartenant à la communauté Noire Panafricaine) utiliserons leur ''position'' pour défendre les plus vulnérables d’entre nous. Et que, ensemble, nous ne laisserons plus personne parfumer de ses puanteurs la Mémoire de nos Ancêtres. Le silence que certains veulent faire passer pour du self-control cache peut-être un parfum (comme par hasard) de complicité tacite. Pourtant, que de temps écoulé depuis les claquements du fouet dans les mines et les plantations esclavagistes colonialistes ; mais toujours ces mêmes « réflexes de subordination », ce désir de reconnaissance, cette prédisposition à vendre mère, femme et enfants pour quelques miettes que nous laisse le capitalisme esclavagiste colonialiste déguisé aujourd’hui en Multinationales, Institutions internationales, Forces de maintien de la paix, Organismes non-gouvernementaux, Aide humanitaire, etc.

 

Que dire de celui ou de celle à qui les collègues (Leucodermes) de travail ont toujours dit : « tu sais, toi tu n’es pas comme les autres Noirs, tu es différent et nous t’aimons bien » ? Il (elle) a du se dire que le parfumeur grabataire parlait sans doute des autres Nègres…de ces autres qui refusent de « s’intégrer » et de s’approprier la « civilisation universelle » ; de ces autres « Nègres qui n’ont jamais travaillé…mais enfin ». Les collègues (Leucodermes) de travail, pour avoir été à bonne école pensent sans doute comme Emmanuel KANT que : « Les Nègres d’Afrique n’ont reçu de la nature aucun sentiment qui s’élève au-dessus de la niaiserie…Les Noirs…sont si bavards qu’il faut les séparer et les disperser à coups de bâton » ou alors comme Ibn HAWQAL qui avertissait le lecteur, dans sa Physionomie de la Terre, qu’il ne traitait pas des pays des Soudan (Noirs) « car ils n’ont ni convictions religieuses, ni bonnes mœurs, ni institutions sages, ni justes méthodes de gouvernement ».

 

Après le passage du parfumeur grabataire qui se la pète façon Agent 007  sur le « service public », certains d’entre nous ont dénoncé ses propos ayant « des relents de colonialisme ». Il est normal et même souhaitable d’avoir une opinion sur TOUS les sujets qui concernent notre peuple. Mais la Tradition Ancestrale commande d’écouter la voix du Sage avant de donner son avis. L’ancêtre Kamite PTAHOTEP (2563-2423) nous dit « Tais-toi, ne parle que si tu sais que tu résoudras la question ». Si nous écoutions nos Sages, si nous ne tournions pas le dos à nos Ancêtres nous aurions sans doute TOUS une meilleure lecture de notre quotidien, l’esprit alerte, la parole aiguisée et l’action juste en tout temps et en tout lieu.

 

Les maîtres travaux de Atenor FIRMIN (De l’égalité des Race, 1885), Cheikh Anta DIOP (Nations Nègres et Cultures, 1954), Cheikh Anta DIOP (Antériorité des civilisations nègres, 1967), Ivan VAN SERTIMA (Ils y étaient avant Christophe Colomb, 1977), James H. CLARK (Christopher Columbus and the African Holocaust : Slavery and the Rise of European Capitalism, 1995), George G.M. JAMES (Stolen Legacy, 1954), Frantz FANON (Les Damnés de la Terre, 1961), Mongo BETI (Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une décolonisation, 1972), Aimé CÉSAIRE (Discours sur le colonialisme, 1950), Eric WILLIAMS (Capitalisme et Esclavage, 2000), Nkwame NKRUMAH (Consciencism, 1970), Marcus GARVEY, MALCOM X et bien d’autres qui, en plus de faire converger nos ''opinions'' ont la capacité de nous extirper de la fosse idéologique dans laquelle fût plongée l’humanité.

Dans cette quête commune du meilleur pour notre peuple, il s’agit moins « d’avoir raison » que d’être sincère dans sa démarche. Il est impératif de s’appuyer sur l’expérience historique de notre peuple pour y puiser les éléments nécessaires à une compréhension immédiate et efficace des enjeux. Ce qui est aujourd’hui était hier et sera demain ; il s’agit selon Bwemba BONG d’un principe fondamental de l’anthropologie structurale où « rien ne change, tout continue mais sous des formes diverses ».

 

Ceux et celles qui crient au RACISME, nous leur disons : vous n’y êtes pas. Le RACISME n’est pas le fil conducteur de la pensée ou de l’action des personnages comme le Hongrois SARKOZY pour qui « le drame de l’Afrique, c’est que l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », GUERLAIN 007 fils et petit fils d’esclavagiste, David HUME qui « suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d'être naturellement inférieurs à la race blanche », le Berbère Eric ZEYMOUR qui se prend pour le Duc de Bourgogne, Pascal SEVRAN pour qui « la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique », Muammar GADDAFI pour qui « nous ne savons pas ce qui arrivera, quelle sera la réaction des Européens Blancs et chrétiens face à cet afflux d’Africains affamés et ignorants…Nous ne savons pas si l'Europe restera un continent avancé et uni ou s’il sera détruit comme cela s'est produit avec les invasions barbares » ou le pasteur évangélique Pat ROBERTSON pour qui les Noirs en Ayiti ont vaincu la coalition de Nations blanches esclavagistes grâce à un « pacte avec le diable ».

 

Ce qu’on croit être du RACISME cache un profond désir de nier les peuples non-Blancs (non-japhetites et non-sémites) dans leur humanité pour mieux les spolier. L’objectif étant de perpétrer le « projet civilisationnel » qui a conduit à la disparition de nombreux peuples en Amérique et dans le pacifique, mais aussi à l'holocauste des Noirs. Cette négation de l’autre n’a qu’une seule finalité : s’accaparer des richesses du monde et continuer à rançonner autant les êtres humains que la nature qui en outre n’est perçue que comme une ressource à exploiter jusqu’au dernier souffle de vie biologique ou minérale.

La négation de cet « autre que moi » dans son Être et dans son humanité permet de le maintenir en servitude à l’insu de son plein gré. De s’assurer qu’il « travaille » pour moi, consomme ce que je lui vends, parle ma langue, prie le « Dieu » que je lui donne, porte le nom et le pré-nom que je lui donne pour qu’en fin de compte, il ne puise plus imaginer son avenir sans moi ; pour qu’il soit intimement convaincu que sa condition désastreuse sur le plan culturel, spirituel et économique est dans le cours normal des choses. Que c’est la volonté de « Dieu » comme le dit le Français Ernest RENAN : « La nature a fait une race d’ouvrier, c’est la race chinoise…une race de travailleur de la terre, c’est le nègre… une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne ».

 

Avec un peu de recul, nous arrivons à la conclusion que le RACISME n’est pas le problème, le RACISME n’est même pas un problème du tout. Le RACISME fait parti de la panoplie (ensemble d’outils) de l’esclavagiste colonialiste. La question est HAUTEMENT ÉCONOMIQUE. Le RACISME comme l’Égyptologie orientalisée naquit à l’ombre de la mise en esclavage des Noirs, à une époque ou le trafic des Noirs était le principal moyen d’enrichissement. Le parallèle peut-être fait aujourd’hui entre le pétrole et la lutte contre l’islamisme sous couvert de terrorisme (jadis appelé mission civilisatrice ou lutte contre les ennemis de la Sainte église du Christ ou encore Djihad islamique contre les infidèles animistes, idolâtres et polythéistes).

 

C’est donc quoi le DEUXIÈME PILIER de la libération ? Pour faire court, le deuxième pilier de la libération est la LIBÉRATION ÉCONOMIQUE. Le PREMIER PILIER étant la LIBÉRATION PHYSIQUE (briser les chaînes physiques de l’esclavagisme colonialisme) ; le TROISIÈME PILIER et dernier étant la LIBÉRATION MENTALE et SPIRITUELLE, troisième mais en même temps moteur des 2 premiers piliers.

 

Nous devons donc poursuivre l’œuvre de nos Ancêtres et consolider les deuxième et troisième piliers. Pour la libération économique, inutile de vous dire que nous devons travailler à posséder nos propres structures, consommer chez nous (en tant que Peuple), s’habiller chez nous, manger chez nous et…acheter les PARFUMS chez nous. Il s’agit de s’inscrire dans un rapport de force intellectuel et économique. Le BOYCOTT de GUERLAIN, de tous les produits LVMH et même de tous les autres produits qui avilissent notre PEUPLE s’inscrit dans cette épreuve de force.

 

 

Sommes-nous conscients de ce que le BOYCOTT DES BUS à Montgomery au Sud des USA mené par Martin Luther King Jr a eu comme impact dans la lutte ?

Puisque le RACISME sert des desseins économiques, ce qu’il faut combattre ce sont les desseins économiques et non le racisme. Être traité de « Nègre qui n’a jamais travaillé » par l’Agent 007 en phase terminale, OK ! Le plus grave, c’est qu’à la première occasion je vais porter Louis Vuitton, Hugo Boss ou Dolce&Gabbana pour être beau (belle), pour être « classe » paraît-il.

 

En fin de compte, je tiens à m’opposer avec tout le sang des Ancêtres qui me coule dans les veines à l’habitude que nous (en tant que peuple) avons à prendre les Chinois ou les Asiatiques en général comme référence. Ça devient courant d’entendre : les Chinois au lieu de ci …comme les Noirs font plutôt çaLes Chinois font ci, les chinois font ça

Molefi Kete ASANTE nous commande « de regarder vers l’extérieur à partir de notre centre, de sanctifier notre propre histoire et de méditer sur la puissance de nos ancêtres ».

N’avons nous pas d’orgueil ? Ignorons nous les réalisons passées et présentes de notre peuple ? N’avons-nous pas conscience des sacrifices consentis par la majorité d’entre nous pour vivre et survivre au quotidien ? Pensez-vous que les Noirs ont eu un seul répit depuis environ 2500 ans (depuis la chute de Ouaset en Egypte Antique) ? De plus, le premier leader venu, de peu qu’il soit valeureux et dévoué à son peuple, est assassiné : Lumumba, Sankara, Um Nyobè, Tchibaou, Olympio, etc.

En aucun point, l’histoire de la Chine est comparable à celle de l’Afrique, comme le dit Cheikh Anta DIOP « on a mené, et continue de mener contre le peuple Noir, le plus violent des combats, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces (Humaines) ». Nous en sommes conscients, il s’agit d’un rapport de force.

 

Et de plus, qui nous dit que les Chinois ne protestent pas ou ne manifestent pas. Qui d’entre nous s’est penché sur les relations entre la Chine et le Japon, entre la Chine et Taïwan ? Le Japon a colonisé la Chine. Les Chinois manifestent et protestent tout autant lorsque leur mémoire est bafouée ou lorsqu’ils se sentent insultés. Les Chinois ont conscience du RACISME japonais, pardon, je veux dire des desseins économiques japonais. Lorsque les japonais ont osé parler des « bienfaits de la colonisation » les Chinois ont braqué leurs missiles, les Japonais sagement, ont vite fait de se rétracter et présenter des excuses officielles. Il s’agit bien d’un rapport de force. Faute d’avoir comme la Chine une force militaire, constituons et canalisons notre force économique. Et arrêtons de croire que les Chinois ou la Chine seraient un modèle pour les Noirs.

 

Ne jugeons pas notre Peuple à l’échelle des individus, il y aura toujours des démissionnaires et des ‘’fêtards’’. Ne nous méprenons pas, en vérité, le nationalisme Noir est une réalité; il est silencieux… parfois trop; il nous échappe… souvent trop, mais il est bien réel. Soyons plutôt attentif à la dynamique d’ensemble. Attelons nous en toute modestie, avec nos limites et nos faiblesses à honorer la mémoire de ceux et celles qui nous ont précédé et à animer l’orgueil de ceux et celles qui viendront après nous. Anta DIOP peut reposer en paix, c’est par milliers que chaque jour nous consolidons les deuxième et troisième piliers, la marche sera encore longue mais KAMITA est de retour.

 

Imakhu Hem Heru

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