L’appel à l’union des Congolais peut aussi cacher la peur pour un leadership assumé - par Mufoncol Tshiyoyo

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

lundi 25 mars 2013, 22:21

 

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                                                     Mufoncol Tshiyoyo

 

Qu’on ne me fasse pas croire que l’absence d’union entre Congolais serait la cause ou justifierait l’occupation et la réunification actuelle du pays, la République « Démocratique » du Congo. Je doute fort qu’elle en soit la raison principale. Et l’affirmer, c’est déjà établir un faux diagnostic. Car unis ou pas, le Congo aurait toujours été considéré comme une proie et ce,  face aux prédateurs dont la nature et la survie dépendent avant tout de la prédation, du résultat de la chasse,  de la mort ou de la souffrance infligée à  l’autre ;  bref c’est le règne de la loi de la jungle et qui en plus détermine les règles du jeu.    

Mais à quelle union fait-on allusion ? Celle des hommes et des femmes ou celle des citoyens tout court ? Ou parle-t-on d’union des mouvements politiques, de celle autour d’une élite ? Alors, on devrait interroger l’histoire du Congo. Elle constitue en elle-même une mine de renseignements utiles à tirer profit. À ce sujet, quid de l’Union sacrée de l’Opposition Radicale ? Quid de Forces Politiques du Conclave,  pour ne citer que les  deux cas qui sont les plus récents de l’histoire du pays. L’impression qui se dégage est que personne parmi les défenseurs acharnés de l’union, c’est bien leur droit, personne ne voudrait en savoir quoi que ce soit car  à lire et entendre les motivations des uns et des autres, on se croirait  dans un monde d’un idyllique rêve du genre de celui construit par Laurent Désiré Kabila lors de son accession au pouvoir et pour qui  l’histoire du Congo contiendrait à peine d’instructions de référence.  

Certes que nous sommes désunis, mais les Rwandais le sont autant entre Hutu, Tutsi et Twa. Disons-le à un certain degré sauf si le contraire fournissait suffisamment de détails ou nouveaux éléments pour convaincre. Qui ne sait pas que quand l’élite Hutu accède au pouvoir, les Tutsi et son élite s’exilent. C’est le cas également aujourd’hui avec l’élite Hutu qui vit en exil ou bien se soumet. Et d’autres exemples abondent. Le pouvoir de Yoweri Museveni repose sur la « force » et la domination. Et non sur l’union de tous les Ougandais. Sinon comment  expliquer autrement le fait que Paul Kagamé, Tutsi du Rwanda, ait longtemps occupé en Ouganda les fonctions de chef de service de renseignement ougandais. Certes que  comparaison n’est raison, mais face à la nature des régimes autour du Congo,  le pays se trouve dans un état d’exception. Et qui dit « état d’exception » affirme aussi conception et exercice de pouvoir qui s’y accommodent.

Je ne me suis jamais expliqué la « peur », ou ce que d’autres nommeraient « incapacité », qui s’exprime chez les Congolais dans leur refus de s’assumer et d’assumer le « pouvoir ».  Prenons l’exemple d’un parti comme l’UDPS, pour ne citer que son cas. À sa création, ce parti fut  dirigé par un monstre à quatre têtes.  À sa tête trônaient quatre présidents, à savoir Kibasa, Bwankiem, Lihau et Tshisekedi. Il me semble que c’est le type de pouvoir collectif que chérissent les partisans de l’union. Cette forme de gestion répond plus à un besoin de rassemblement ethnique plutôt qu’à celui autour des idéaux. L’UDPS sera vite rattrapé par la réalité politique qui veut un chef ou un leader de l’opposition face à Mobutu et à ses lieutenants. L’un de ces quatre « présidents » se démarquera des autres. Il  s’imposera comme un leader à la fois naturel et incontesté de l’UDPS.  Les trois s’en rendirent compte mais refusèrent presque d’accéder à cette réalité. Et lui non plus ne s’assuma afin de  revendiquer son leadership. Ce n’est que plus tard, et ce à la disparition de Mobutu, de son opposant et aussi quand les Lihau et autres avaient déjà quitté le bateau, qu’il deviendra le président de l’UDPS. Le pouvoir, on le veut ou pas. Admettons qu’il devint président pendant que tout le monde était encore membre de l’UDPS,  la donne aurait été complètement différente.  À l’UMP, dans un contexte de normalité, il y eut affrontement entre deux personnalités différentes et opposées, Dominique et Nicolas pour que le véritable  coq dégage l’autre de la direction de l’UMP et contrôle l’instrument de conquête de pouvoir. Il en fut de même presque lors de  l’avènement de Mitterrand au pouvoir à gauche en France. Une fois de plus, on constate que l’absence de culture  politique a compliqué et retardé l’avènement de l’UDPS à la direction du pays.  

L’union, et telle que je l’entends,  est une fausse excuse. Mais si seulement elle représentait, et comme on le sous-entend la force, pourquoi ceux qui l’autoproclament et l’exigent, ne la soutiendraient pas avec l’UDPS, un parti qui est  représenté dans l’ensemble du territoire national et qui regroupe toutes les ethnies du Congo ? Si l’option de l’union constituait une force, l’UDPS serait déjà aux commandes de la nation. Je demeure curieux de connaitre les raisons pour lesquelles l’union ne serait possible et viable qu’avec une institution hybride dénommée  « diaspora congolaise». Je serai aussi d’accord que l’on me dise que les autres ont échoué.

Mais qu’entend-on par cette expression « diaspora congolaise » ? Qui une fois de plus a peur de s’assumer et de se cacher derrière cette sombre dénomination ? Si on a peur alors qu’on se taise car s’approprier cette dénomination sonne comme une escroquerie, une lâcheté. La diaspora congolaise ne sera jamais  une et indivisible. Quid de sa représentativité et de son mode de désignation ? Que faire des compatriotes congolais qui ne s’y reconnaitraient pas ? N’est-ce pas « démocratie » oblige ! Qui plus est,  Il y a un manque criant de conscience d’appartenance de classe sociale de la part des éléments constitutifs de cette diaspora pouvant lui permettre d’opérer comme un tout. On fait aussi semblant d’ignorer son passé récent avec l’AFDL. Son comportement maffieux et déjà collabo lors de l’accession de l’AFDL au pouvoir. La diaspora congolaise a imposé aux Congolais les mêmes Tutsi qu’elle décrie aujourd’hui. Elle a eu à collaborer avec les occupants.

La conquête de pouvoir repose sur le jeu de rapports de force. Et aucun leadership sérieux ne saurait y échapper. L’union ne se réaliserait qu’autour d’un esprit et de son degré d’incarnation de la nation. En Afrique, le chef coutumier représente le modèle, l’esprit et la forme idéale de pouvoir. 

Je reste un peu dubitatif, mais c’est aussi ma façon de rendre un vibrant hommage à une expression libre.

 

LIKAMBO YA MABELE, EZALI LIKAMBO YA MAKILA

 

Mufoncol Tshiyoyo

Publié dans Economie-Politique

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