L’individu et l’Etat dans leur rapport réciproque à la liberté, et de l’irresponsabilité qui en découle-par Gilles Delcuse

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe Mâga

L’individu et l’Etat dans leur rapport réciproque à la liberté, et de l’irresponsabilité qui en découle.

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Concevoir la vie comme une faute, une responsabilité morale, un devoir, c’est soumettre la vie au jugement reconnu d’un mérite attribué à un comportement, à un rang, à un système. Juger des conséquences de ce que l’on fait, sans approfondir la réflexion dans la subtilité des relations, c’est méconnaître que chaque acte est la conséquence d’un ensemble de facteurs l’ayant produit, et croire qu’il est cause de ce qu’il provoque, sans distinction de ce qu’il revient à chacun du pouvoir d’exercer sa vie librement, ou de l’impossibilité de vivre autre chose que ce que sa situation lui permet et lui impose, peut être cause de bien des malentendus et bien des maladresses.


Les exemples ne manquent pas où la morale la plus misérable, la morale chrétienne, s’insinue dans la vie au dépend de ses victimes, c’est-à-dire au dépend de ceux qui, par ailleurs, montrent une disposition d’esprit qui affichent une liberté de penser, malgré la dépendance au système qui juge de l’antagonisme entre le Bien et le Mal, tous ces gens qui ont toujours quelque chose e contre ce qui leur fait peur, du fait de la confusion entre l’ignorance des choses qu’ils accusent, et la croyance, que cette ignorance produit, du mal que ces choses porteraient inévitablement en elles. Il en va ainsi lorsque l’on juge de la pertinence d’avoir contracté une maladie virale, ou de s’être adonné au plaisir des drogues, parce que ce type de problème n’entre dans aucune définition de rentabilité officielle, ni partage laborieux de la fameuse responsabilité qui consiste à être raisonnable, ni comme le salaire, justifié par la douleur et le sacrifice, mais abandonner aux vices. Concevoir la à dirvie de manière raisonnable, c’est concevoir la vie du point de vue médicale de l’hygiène et de l’asepsie, propre, moralement convenable, psychologiquement reposante, mais non dans ses manifestations aléatoires où les obstacles se dressent comme un défi qu’il faut surpasser. Il est en effet, bien mieux de faire la queue dans un supermarché, ou de jouer avec un jeu vidéo, ou réclamer un boulot à un patron, ou se prêter à tout acte reconnu y compris dans le domaine sexuel lorsqu’il correspond à des normes admises, que de s’adonner à ces jeux pervers que sont, par exemple, l’usage des drogues, et l’oisiveté qui lui est étrangement associée, pour lesquels on ne récolte que des maladies, de la lâcheté, de la déchéance… C’est certainement beaucoup plus constructif, en effet, de paraître propre, bien que soumis, plutôt que rebelle malgré son impuissance.


Croire que l’on est responsable de sa vie parce que, par exemple, on ne se drogue pas, et qu’on ne boit pas, fait preuve, non de réflexion, mais pour le moins d’une légèreté qui frise une sorte de collaboration à sa soumission, que l’on justifie par la morale : c’est mal de se droguer et de boire, donc on évite soigneusement ces penchants. Et c’est mal pour l’autre parce qu’il le subit. Et puis, argument de poids, on évoque la santé. Car, aujourd’hui, ce n’est pas un monde autoritaire que l’on subit, mais la légèreté de son conjoint, ou l’inconscience de l’automobiliste (alors même que la nature de l’automobiliste est d’être tout, sauf conscient), c’est-à-dire plus généralement, la négligence d’autrui. On remarque que c’est toujours ce que les autres font, et que l’on redoute ou que l’on répugne, que l’on dénonce… Ainsi, ce n’est pas l’Etat que l’on subit, mais la violence conjugale, la malpropreté du conjoint, la démission devant sa responsabilité de parent, l’indifférence de tout un chacun vis-à-vis de la part de responsabilité qui lui revient, comme celle de trier ses ordures alors même que les déchets plastiques et chimiques, qui sont les déchets les plus répandus, sont indestructibles, et qu’à moins de les entasser dans sa chambre à coucher, on ne saurait s’en débarrasser sans risque dommageable. En un mot, on se conforme à l’idéologie dominante qui justifie son dictat d’un point de vue hygiéniste et écologiste moralisateur, en pseudo-responsabilisant les individus par le travail, et en redonnant à la famille une image relookée, plus moderne, plus en phase avec le monde contemporain… Mettre de la responsabilité partout, alors que dans le même temps, tout échappe, à commencer par la relation d’avec sa progéniture ; Et le temps que l’on pourrait s’octroyer à se faire plaisir, notamment par l’usage de drogue que les imbéciles confondent avec la dépendance, c’est-à-dire avec un comportement malsain, engendre la calomnie de ceux qui se donnent en exemple de l’usage d’une vie respectable, alors qu’elle n’est que laborieuse, et tenant un discours positif alors qu’il est plein de préjugés. De ce fait, ces gens sont réellement irresponsable et dangereux.


L’image positive que l’on a de la vie accentue le jugement négatif de ce qui pourrait la déstabiliser, parce que dans la perspective positive de la vie, ce qu’il est recherché, ce n’est pas le plaisir que l’on rencontre par son usage, mais la sécurité que l’on bâtit en se préservant des effets de cet usage. L’esprit veut braver l’inconnu, mais la prudence impose de traverser dans les clous. C’est pourquoi le carcan caractériel est le feu rouge qui tient lieu de conscience. Et celui qui le défi, fait figure d’inconscient, infantile et irresponsable, plutôt que rebelle à l’asepsie, et révolté de ce qu’il est si peu considéré, jusqu’à ce que la maladie du désabusement s’empare de son esprit et le formate à l’air ambiant.


Faire passer la crainte pour la prudence et l’ignorance pour la sagesse, défini le nouvel adulte d’aujourd’hui dont a besoin le monde moderne pour fonctionner.


Derrière la justification moralisatrice, se cache en réalité la peur. Peur diffuse, sans objet apparent, recouverte par les prétextes, dont le plus fâcheux est celui qui prétend qu’il est mieux de vivre dans le monde sordide de l’apparence, plutôt que de prendre le risque de mourir pour s’en libérer. Cela ne retire rien à la lamentable et affreuse fin qu’il est réservé à tous, mais préserve des vicissitudes de devoir s’en départir, puisque tout est fait pour repousser cette date fatale dans l’inévitable système de la médicalisation autoritairement imposé, et quoique toujours pour de bonnes raisons, des raisons officielles, des raisons scientifiques, de l’existence. La douleur, la maladie et la mort n’appartiennent plus aux individus, sauf, peut-être, encore un peu à ceux qui jouent avec leur vie, notamment dans des comportements que l’analyse policière des relations humaines dénonce comme étant des comportements à risque, pour signifier leurs caractères insoutenables, parce que scandaleux du fait de la liberté qu’ils s’octroient, et qu’il s’agit de domestiquer afin d’en neutraliser les effets par trop néfastes à la bonne marche du consommateur moyen si sûr de l’état de sa santé mentale.


Lorsque l’on évoque une centrale nucléaire, il ne vient pas à l’esprit de beaucoup de dénoncer les redoutables méfaits que cette machine produit, mais plutôt d’accepter sans discernement le confort qu’elle apporte. Lorsqu’on évoque l’usage des drogues, c’est exactement l’inverse, parce que notre esprit est plus sensible à croire une idée largement partagée, surtout lorsqu’elle est véhiculée par une autorité reconnue, plutôt que de réfléchir sur ce qu’il en est, et de tirer les raisonnements de cette observation. Nul besoin d’argument. L’un est un confort, l’autre, un fléaux, parce que l’idéologie qui domine le dit avec l’autorité de sa seule domination. Par le simple fait qu’elle domine, elle est vraie. Et il n’y a pas à y revenir. Mais, pour verrouiller une si parfaite vérité, il est bon de diaboliser les individus en les rendant responsables de leur forfait, que leur désobéissance aggrave par la transmission des maladies et des virus les plus effroyables, et ainsi parvenir à rassurer les âmes apeurées, ces bonnes âmes si certaines de la responsabilité de leurs actes, et de la raison de leur opinion, et quoique tout de leur vie montre qu’elles ne maîtrisent rien, que l’insatisfaction s’imprime dans leur caractère comme une marque indélébile qui échappe à tout désaveu, et que trahie la folie plutôt que ne démontre la raison. L’autre manière de censurer toute velléité de raisonnement envers ces sujets si délicat, est de maintenir la population dans l’ignorance, ou de faire croire à son ignorance pour ces choses dont nul n’ignore cependant, que c’est parce qu’il n’en connaît rien que le refus d’en voir l’émergence lui semble justifié.


La crainte et l’ignorance sont les deux piliers sur lesquels s’appuie l’idéologie dominante sous la forme démocratique de l’Etat, pour installer le seul dialogue que chacun doit observer comme le seul valide, entendre comme le seul raisonnable, suivre comme la seule ouverture possible, comprendre comme le seul sens logique, et qui consiste à faire passer le bon sens d’un mensonge pour une vérité scientifique, faire croire en la liberté et la responsabilité de chacun là où ne règne que l’arbitraire et l’autorité de l’Etat, la soumission au labeur salarial, la dépendance à l’organisation sociale, le respect de ce qui échappe… En un mot, l’obéissance aux lois et à ses faiseurs, et envers lesquelles le bas peuple inquiet et irréfléchi, celui que l’on rencontre dans le salariat, le chômage, le rmi, est le souteneur le plus averti, notamment par son identification abusive à l’Etat, alors qu’il voit son pouvoir confisqué par le suffrage prétendument universel, et qui n’a d’universel que sa participation à la fondation d’un tel monstre, le plus froid des monstres froids.


On pourra observer toutefois que l’Etat se montre d’autant plus arrogant et cruel qu’il ne rencontre pas d’opposition véritable, c’est-à-dire de celle dont le programme est de le supprimer afin de découvrir la force de la liberté et la responsabilité que ces forces vives possèdent comme un destin que l’on maîtrise ; toute chose inconnue pour le moment. Cependant, l’Etat ne décide que dans le cadre étroit du profit et de la répression, c’est-à-dire là où il y a besoin d’esclaves. L’Etat n’est pas le garant de la liberté, mais celui de la neutralité des esprits, et le maintien des individus par le carcan des lois. Et il les neutralise par le mensonge et la répression.

Lorsqu’on évoque la liberté, on parle en terme de décision. La liberté est un engagement. Mais, qu’engages-t-on dans le salariat sinon un monde qui nous échappe en permanence ? Qu’engages-t-on dans le salariat, sinon du profit, de la plus-value, des déchets et de la misère ? Qui véritablement, peut parler en terme de décision, sinon les riches propriétaires du monde dans le partage de leur gâteau, au mépris de ceux qui le produisent, puisque conviés à la sueur, ils ne pourraient l’être à la fête, en accord avec ce vieil adage si rempli de mépris, selon lequel il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes ?


La vie est un jeu excessif que les lois encadrent pour le neutraliser. La morale, qui est le véritable objet des lois, plutôt qu’une protection justifiée, soumet dans des règles au-delà desquelles il est dangereux de s’engager. La vie devrait être une aventure, et non le médiocre déroulement d’une activité laborieuse. Sa finalité, qui devrait être l’humanité, c’est-à-dire le terrain sur lequel se bâtit l’intelligence du cœur au cœur de l’intelligence, est devenue celui du profit, et les humains, de querelleurs, sont devenus des travailleurs et des consommateurs. Et c’est toute la vie qui s’est retrouvée organisée autour de la consommation et du travail. Rien n’y échappe. Moins encore l’amour que la colère. L’amour est neutralisé dans la structure de la famille, réduisant la relation sexuelle qu’il implique, à la reproduction et à quelques exercices physiques récréatifs, qui se révèlent vite fastidieux, provoquant du même coup le désintérêt, l’impuissance et la frigidité, tandis qu'il faut, pour neutraliser la colère, au moins faire appel à l'usage de la calomnie et de la répression, l’associer à la déchéance de l’alcool, la dépendance à certaines drogues, la violence de la folie, la bestialité de la libido.


En peu de temps, nous sommes passés de la servilité à un système, au système de la servilité, qui nous fait croire être responsable de nos actes, et libre de nos idées, par l’entretient d’un confort plus éphémère que superficiel, alors que nous travaillons à produire un monde, et obéissons à ses lois et ses principes.

Et il est toutefois, juste de remarquer qu’il suffit de se croire libre, pour s’éloigner de tout ce qui pourrait nous affranchir, nous grandir. Il suffit, par ignorance ou lâcheté, d’éviter les conflits, dont le premier effet est de mettre dans l’embarras par l’impuissance réelle qu’ils révèlent ; ainsi s’attirer à soi la foule immense de ceux pour qui, vivre c’est travailler, puisque pour cette foule insensée et irréfléchie, seul le travail rend libre.



Gilles Delcuse, Septembre 2004

 


(Septembre 2004)

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