L’obsession sultanale chez les Deby-par Beremadji Félix

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

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                                         Idriss Déby Itno, nouveau sultan du Dar-Bilia

 

 

"Le président tchadien Idriss Déby Itno a révoqué son demi-frère Timan Déby de sa fonction de sultan du Dar-Bilia pour « manquement grave ». Et a pris son titre.

Deux décrets et aucune explication. Par une décision rendue publique par la télévision tchadienne lundi, le Président Idriss Deby Itno a décidé de révoquer son demi-frère Timan de ses fonctions de sultan du Dar-Bilia (dont sa famille est originaire) et de s’y nommer à sa place.

Le motif de cette révocation est un « manquement grave » explique le communiqué sans plus de précisions.

Au Tchad, le sultan est un chef traditionnel local et une fonction généralement héréditaire. Dans le Dar-Bilia, la famille Déby avait été choisie exceptionnellement pour ce poste, en dehors de la tradition. Les sultans cohabitent avec les préfets ou sous-préfets, les délimitations territoriales n'étant pas forcément exactement les mêmes".

Jeune Afrique

 

 

Idriss Deby s’est fait nommé Sultan en destituant son frère Timan Deby qu’il l’a supporté contre vents et marées depuis plus de 20 ans. Contre le bon sens, contre la volonté unanime des populations locales, Timan fut nommé et supporté par Deby. D’abord chef de canton, premier titre tant convoité dans la famille et puis l’appétit venant en mangeant, intronisé « sultan », titre étranger localement.

 

Les Deby ont une obsession pour les titres traditionnels. Déjà, le vieux Deby s’embrouilla avec tout le monde en quête de ce titre, situation qui le força à s’exiler au Soudan vers les années 50, où l’administration soudanaise le gratifia d’un titre local (les services soudanais se font un grand plaisir d’exhiber occasionnellement ce document !) Il s’y installa définitivement et même y scolarisera ses enfants, entre autres un certain Idriss Deby et Daoussa Deby.

 

Après l’indépendance du Tchad, le vieux regagna le Tchad et continua son combat pour le titre, visiblement sans succès, jusqu’à l’arrivée de la première armée dans la région, le vieux y adhéra et devint collaborateur important du frolinat 1ère armée, avec un titre local. Pendant la guerre de 9 mois le vieux se déplaça à Ndjamena, rejoignit les FAN et, contre une promesse d’être nommé Chef de canton, il pesa de tout son poids pour faire adhérer ses fils aux FAN, particulièrement Ibrahim Mahamat Itno et Hussein Mahamat Itno (marabout) qui étaient très retissants vis-à-vis des FAN. Le vieux décéda pendant que les FAN étaient encore en rébellion.

 

Les beris avaient majoritairement rejoint les FAN et la région était sous occupation GUNT/Libye, ce qui faisait que beaucoup de parents n’ont  pu assister aux funérailles du vieux Deby. Le petit monde présent, avec certainement l’accord tacite de Habré décida d’attacher « le fil rouge » au poignet de Timan Deby, seul fils du vieux disponible pour ces genres des vieilleries. A la victoire des FAN, Habré connaissant parfaitement les contradictions internes des bilia et surtout le sentiment des locaux vis-à-vis de Timan Deby et consorts, refusa catégoriquement de valider le titre de Timan par un texte et ce malgré les pressions actives et continues de la famille, pourtant très bien placée dans le système FAN.

 

A la victoire du MPS, la communauté bilia demanda unanimement à Deby de nommer un Chef de canton consensuel et surtout pas Timan. D’abord Deby promis de nommer un nouveau chef de Canton, puis informa la communauté que le problème n’est pas prioritaire et par la même occasion demanda au Ministre de l’intérieur de sortir un texte nommant Timan Deby chef de canton Bilia « en remplacement de son père.» deux mensonges en une seule phrase : le vieux Deby n’a jamais été Chef de canton de Bilia et dans le pays bilia il n’y a pas d’héritage d’office. C’était la consternation générale localement. Malgré toutes les pressions des notables de la région Deby a tenu mordicus allant jusqu’à déclarer publiquement que « vaut mieux de lui demander de quitter le poste du Président de la République.» En réalité la nomination de Timan et le soutien indéfectible de Deby ont été l’élément majeur dans la détérioration continue des relations entre les Deby et le reste de la population locale. Deby a fait fi de manière arrogante et dédaigneuse les revendications des locaux, il a nommé et soutenu Timan comme un défi personnel familial, une revenge en quelque sorte. Conséquence, la population locale a boudé et boycotté Timan, Deby et leurs pouvoirs respectifs. Les événements du 16 mai 2004 sentent l’odeur de cette situation. 

 

Il a fallu 20 ans à Idriss Deby pour comprendre que Timan Deby est rejeté par la population locale, alors qu’il est intimement et quotidiennement lié à la vie de ce « sultanat. » Pourquoi Deby s’accroche à un titre devenu obsolète et qui a largement fait son temps

 

Au-delà de l’anticonstitutionnalité de l’acte, les titres traditionnels ont été non seulement placardés par les textes sur la décentralisation adoptés sous Deby, mais ce dernier, plus que tout autre Président, a contribué à banaliser le titre et rôle des chefs traditionnels : destitution en cascades des sultans existants et leur remplacement par des sous fifres sans aucune envergure, actes complètement contraire à la tradition. On a connu au Tchad des ex Présidents, ex ministres, etc., mais jamais un ex Sultan sauf à l’ère de Deby ; création artificielle des cantonnât, division des communautés, des familles, nomination des- non ayant droit comme chefs traditionnels, etc. Deby a divisé et semé de la zizanie au sein de toutes les communautés tchadiennes dans leur vie traditionnelle. Mieux, par évolution simple des esprits, le titre et le rôle traditionnels ont perdu de leur aura d’antan. Alors pourquoi, se rabaisser, se ridiculiser aux yeux du monde et du Tchad pour s’octroyer un titre sans valeur en destituant son propre frère en utilisant ses pouvoirs présidentiels.

 

On se demande pourquoi Deby a mis tant de solennité pour destituer un Timan qui n’a d’existence que grâce à lui et à lui seul. Timan a été nommé, imposé et soutenu par Deby tout au long de ces 20 ans, malgré (que) personne localement ne le reconnusse ou le respectât, or on a toujours eu l’impression que Timan a une ascendance sur Deby ; dans les réunions familiales c’est la parole de Timan qui passe, la nomination ou destitution de tel ou tel beri se font souvent sur proposition de Timan. Timan a un langage ordurier vis-à-vis de tout le monde mais il est particulièrement arrogant vis-à-vis de Deby, son protecteur. « C’est moi le garant du pouvoir d’Idris, fanfaronne t il ; c’est ma famille maternelle qui est le pilier du régime, » etc. Timan se prévaut toujours de la puissance de sa famille maternelle dans la défense du système Deby, or en réalité il n’en est rien et dans ce domaine même, si Deby ne se prévaut souvent pas du poids de sa famille maternelle, pour autant il n’est pas du tout en reste par rapport à Timan.

 

Il faut souligner que les fanfaronnades de Timan concernant le poids de sa famille maternelle ont réellement complexé Deby, à un moment donné, Deby a cru dans son subconscient que Timan le surclasse sur ce point, et l'opinion avec. Or, c’est complètement faux. Ceci peut être explique cela : pour démettre Timan Deby a pris des mesures sans commune mesure avec l’événement : conclave familiale pendant plus d’une semaine, mise en alerte discrète de la GR, renvoi de tous les postes des enfants et les enfants des frères de Timan et surtout union sainte des Itno autour de Deby contre Timan. Tout ceci pour ça ? Timan n’est rien et n’a rien sans Deby Président. Nommé par un arrêté ministériel, il fallait tout simplement un petit arrêté et nommé son remplaçant aussi par un arrêté !

 

En démettant Timan en avançant des arguments déjà connus du genre « Timan est impopulaire » ou fallacieux et sans preuves du genre « Timan est entrain de vouloir faire un coup d’Etat avec le Chef du MJE pour mettre à ma place un des enfants du défunt Ibrahim Mahamat Itno », etc., Deby veut réaliser et pense le pouvoir le faire, un rêve ou un complexe familial : soumettre les bilia et montrer ainsi la suprématie des Deby sur les autres. Bien que ne connaissant pas le titre du Sultan dans leur organisation sociale, chez les beri du bilia, le titre du Sultan est mythique et déifié en quelque sorte, donc supérieur à tout autre titre. Deby veut donc s’accaparer de ce titre pour réaliser un rêve qu’il ne l’a pas pu avec son titre de Président. A défaut de pouvoir se décréter Empereur ou Président à vie, Deby s’est rabattu sur le titre incongru, démodé et en voie disparition, de sultan. La recherche effrénée du titre, de la gloire, de la domination, est le propre des arrivistes, quitte à se ridiculiser ou être la risée du monde entier. C’est une tare de complexe qui anime les Deby en général. Rappeliez vous des déclarations de l’intello de la famille ? « Mon grand père à tué un dinosaure, vers les années 1800, mon grand père possédait 12000 têtes des chameaux ! » des balivernes, même pas un âne à cette période, actuellement, oui ! Il y a quelque chose qui cloche dans la tête des Deby.


Beremadji Félix

Publié dans Economie-Politique

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