La démographie, le climat, l'histoire et l'avenir-par Kwanzaa Millenium

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 14SEPT

Bien Bien souvent, lorsqu’on évoque l’Afrique et qu’on la compare à d’autres continents, (bien souvent pour la dénigrer) on oublie un élément crucial. L’histoire, l’économie, la culture avant d’être des dates, des statistiques et un patrimoine sont avant toute autre chose des hommes, des vies dans un environnement donné. Pour cette raison, il est très important de bien se rappeler des éléments démographiques et environnementaux qui furent très déterminants et expliquent à la fois l’histoire et le présent et nous donnent des leçons pour l’avenir si nous prenons la peine de les apprendre.

Il est estimé qu’avant que ne commencent les traites négrières à grande échelle, c’est à dire au XVIème siècle l’Afrique portait sur son sol 17%  de la population humaine, à titre de comparaison l’Europe totalisait 21% de la population mondiale, la différence semble minime mais prends une toute autre dimension si on compare la superficie des deux continents, l’Afrique représente 20% des terres immergées tandis que l’Europe s’étend sur 6,8% de la surface terrestre. Si l’on se penche sur l’environnement, on remarque que l’Afrique est un continent plutôt difficile à peupler: les déserts, les savanes et les forêts tropicales denses constituent de nombreux obstacles à la domestication de l’espace et surtout à la communication intra-africaine et même extra-africaine, la partie subsaharienne du continent n’étant  bordée que d’océans, ce qui rend assez compliquée mais pas impossible le développement d’une science de la navigation. Pour faire la comparaison avec l’Europe, il est évident que ce genre d’obstacles est beaucoup moins présent sur ce continent, même les Alpes sont percées par différentes brèches permettant facilement la communication entre l’Italie et le reste du continent dont les côtes sont très majoritairement maritimes et non océaniques permettant à l’homme de faire ses premiers pas en navigation très aisément. Pour finir cette brève description, il nous faut décrire le climat ou les climats Africains qui là encore peuvent se montrer assez hostiles au delà de l’image de carte postale. L’Afrique connait tous types de climats mais aucun d’entre eux n’est tempéré avec des températures ou des précipitations « raisonnables » si l’on excepte la région du Cap en Afrique du Sud profitant d’un agréable climat méditerranéen. Entre les climats arides avec précipitations très rares, les climats tropicaux aux précipitations quasi continuelles favorisant l’apparition de maladies en raison de la présence d’eaux stagnantes et rendant impossible la conservation prolongée de matériaux minéraux ou organiques, les climats de moussons avec saisons sèches arides et des saisons humides provoquant des intempéries. Sans oublier la tectonique des plaques, pouvant provoquer séismes et éruptions volcaniques en Afrique de l’est  ainsi que l’harmattan, ce vent qui charge le ciel ouest-africain de particules minérales venues du Sahara créant un brouillard de poussière favorisant la propagation de la méningite.

 

L'harmattan

Pour résumer, l’Afrique est avant tout un très vaste territoire hostile presque vide d’hommes, tandis que l’Europe est un territoire réduit, favorable à l’activité humaine et aisément habitable.

Malgré tout, il y eut bien en Afrique noire des foyers de population dans lesquels la densité humaine provoqua une concentration des talents  et de nouvelles problématiques dont la réponse fut la construction de sociétés civiles. Les plus anciens de ces foyers sont la vallée du Nil et le complexe lac Tchad, Bénoué, Niger, Sénégambie les deux foyers ne rencontrant pas d’obstacles majeurs pour la communication. Vers la fin de l’antiquité apparaît un nouveau foyer de population, le Gondar dans l’actuelle Ethiopie à la fois isolé mais entre-ouvert sur la mer rouge. Enfin, bien plus tard au XVIème siècle émergent les foyers bantous du bas Congo, du Zimbabwe-Zambèze-Maravi et des Grands Lacs ceux ci étant particulièrement isolés du reste de l’Afrique et du monde mais pour le Congo à la merci des navigateurs Européens qui à cette époque sillonnent les océans. Si l’on excepte la vallée du Nil, tous ces foyers sont assez faiblement peuplés mais surtout, ils sont très espacés et l’hydrographie ne les rapproche pas.

 

Cité médiévale de Mopti, Mali

Ce vide humain naturel fut creusé par les traites négrières, les massacres coloniaux et les maladies apportées par les étrangers ayant produit un choc microbien surement moins important qu’en Amérique mais non négligeable tout de même, si bien qu’en 1900 l’Afrique ne représentait plus que 7% de la population mondiale tandis que l’Europe avait atteint les 25%  et que les Afro-descendants représentaient bien 30% de la population Américaine 6,5% (total Amérique = 20% de la population mondiale) de la population mondiale de l’époque soit presque autant d’Africains hors d’Afrique qu’en Afrique en 1900…  A cette époque donc, l’Afrique était vide et la coloniser ne fut pas difficile malgré l’impressionnante résistance de nombreux Etats.

Aujourd’hui, l’Afrique ratrape son retard démographique, sa population a quadruplé durant la période allant des indépendances à 2010 si bien qu’elle représente 14% de la population mondiale et elle a franchi le cap du milliard d’habitants en 2009. Cette vigueur démographique affole les observateurs occidentaux, toutes les organisations internationales l’appellent à freiner cette natalité galopante en usant de l’intimidation, l’idée reçue étant que la terre d’Afrique ne pourra jamais faire vivre deux milliards d’individus ce catastrophisme  est à la fois justifié et injustifié, effectivement la terre d’Afrique ne peut faire vivre Africains et les impérialistes vivant de ses ressources mais injustifié car la terre d’Afrique peut très bien faire vivre les Africains et rien que les Africains, voyez la nuance.

Les Africains doivent donc revendiquer le droit naturel de peupler et exploiter leur continent, d’autant plus que cette démographie sera une arme pour le futur, l’idéal serait que nous puissions dès 2050 représenter 20% de la population mondiale sur 20% des terres immergées, le ratio est logique mais pour l’optimiser il nous faut faire en sorte de peupler très inégalement le continent en désertant certaines zones afin de les réserver à l’agriculture propre et nous concentrer dans des foyers de population pouvant atteindre des densités humaines égales à l’Asie orientale, à l’Inde, à l’Ile de Java, à l’Europe et aux littoraux américains.

 

l'Akagera

Pourquoi la densité de population est elle si importante ? Comme dit précédemment, la concentration humaine signifie la concentration des talents, Pour illustrer ceci, il nous faut nous replonger il y a 2000 ans, à l’époque où les pionniers Bantous qui allaient devenir les Hayas perfectionnaient les techniques de métallurgie acquises en Afrique de l’Ouest pour inventer l’acier dans l’anonymat des monts de l’Akagera. Cette première mondiale aurait pu significativement changer l’histoire du monde si les proto-Hayas avaient vécu dans un foyer de population suffisamment important pour diffuser à grande échelle ce procédé, les Africains auraient pu se protéger efficacement des intrus, la pratique n’aurait pas été mystifiée ou en tout cas elle ne serait pas devenue ésotérique. Malheureusement, le foyer est-africain n’émergea que 1600 ans après, il ne se densifia que 2000 ans après et entre temps l’allemand Siemens fit la découverte de l’acier au XIXème siècle, l’Allemagne colonisa les Hayas pour les faire otages de leur empire colonial, puis des britanniques et enfin de la Tanzanie. La concentration des hommes signifie également la concentration des activités ce qui économiquement et écologiquement a son intérêt, les communications s’en retrouvent simplifiées.

De tout celà il faut retenir que la croissance démographique est la solution et non le problème d’autant plus que la pression démographique et les difficultés qu’elle  engendrera pourraient bien faire comprendre aux Africains qu’il n’y a en Afrique de place que pour eux et pour leurs intérêts, que l’occident et la Chine le veuillent ou non.

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