La femme noire dans la société réunionnaise-par Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

Au 8ème congrès de l’U.F.R.

La femme noire dans la société réunionnaise

mercredi 9 mars 2005

Samedi dernier, au huitième congrès de l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR), Ida Latchimy, par ailleurs présidente de l’association Rasine Kaf, a présenté un rapport intitulé “La femme noire dans la société réunionnaise", que nous reproduisons ici. Les intertitres sont de “Témoignages”.

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Nous, femmes de La Réunion, descendantes d’esclaves, nous avons appris à travailler dur, pour certaines dès l’enfance. La vie ne nous a pas gâtées.
Les kafrines, réputées "fortes au travail", étaient femmes de ménage, nénènes des enfants (blanc, chinois, zarab) lavandières et souvent aux champs. Planter la canne, les grains.

Au plus bas sur l’échelle de la misère

Elles ont travaillé pour un salaire de misère comme nénènes, elles savaient l’heure d’entrée, mais pas de sortie. Pour celles qui travaillaient aux champs, le salaire était encore plus bas, car chez le planteur, il y avait le salaire des hommes, et le salaire des femmes qui était beaucoup moins important et pour le même travail. Et il y avait celles qui travaillaient pour "manger cuit." La plus basse classe, dans l’échelle de la misère.
Pas d’école, ou pas très longtemps car là aussi, la kafrine était réputée, pour avoir le "coco dur" avec "son cheveu cogné" rien ne pouvait entrer la dedans. Les livres et cahiers, il fallait les acheter, comme dans la plupart des cas, les familles étaient nombreuses seuls les petits derniers avaient une chance de suivre l’école jusqu’au certificat d’études, ce qui à l’époque ouvrait pour les garçons un apprentissage.
Les filles rentraient à la maison et cherchaient un boulot toujours comme nénène car il n’y avait pas d’autres solutions, puis attendaient le mariage, lequel bien souvent était arrangé et décidé par les deux pères.

Combien de violences ?

Le seul encouragement : "le garçon est un bon travailleur et tu auras à manger". Combien de jeunes filles "ont subi le viol" la nuit de leurs noces, parce que l’éducation sexuelle faisait défaut (on ne parle pas de ces choses-là).
Combien de nénènes ont été violées par leurs patrons ou corrigées pour un travail mal fait, une assiette cassée ? Surtout ne pas en parler ou porter plainte. "Ils sont blancs, ils ont de l’argent, ils peuvent acheter la loi."
Combien d’épouses battues ? Ou qui dormaient à la belle étoile pour échapper aux coups quand le mari rentrait saoul ? Pas question de se réfugier chez papa et maman, dont le credo était : "supporte comme moin la supporté."

Le droit de dire “non”, le droit au respect

À partir des années 50, les choses ont commencé timidement à bouger. Des femmes courage se sont levées, Claudine, Alice, Isabelle, Clélie, Héloïse, Odette et d’autres pour faire prendre conscience à nos mères, grandes sœurs, qu’elles avaient des droits, droit à la santé, droit de voter pour qui leur plaît, sans que le maire ou le curé s’en mêlent. Surtout le droit de dire "non". Sans être baptisées de noms de poisson ou d‘oiseau. Le droit au respect en tant que femme, mère et citoyenne.

Quelle place pour le kaf ?

Combien de nos jeunes kafs, kafrines, font maintenant des études poussées ? Les parents acceptent des sacrifices, pour leur réussite, études à l’extérieur, stages à l’étranger pour qu’ils puissent bénéficier d’un emploi valorisant pour eux-mêmes et leurs parents qui n’ont pu y accéder, Mais à leur retour, le problème est encore posé : trop diplômés ou pas assez, ou alors qu’ils n’ont pas de profil (très souvent parce qu’ils sont kafs).
S’ils sont acceptés, c’est pour travailler dans un bureau, où ils ne sont pas visibles du public. Combien de kafrines siègent dans un Conseil municipal ? Combien de kafrines siègent dans les deux grandes collectivités ? Combien de kafrines occupent des responsabilités dans le monde de l’éducation, dans le monde économique ? Combien de représentantes dans les assemblées consulaires ?
C’est à croire que La Réunion a honte de montrer sa négritude, alors que c’est cette négritude, cette noirceur, qui fut à l’origine de son nom Réunion. La route est encore longue, il y a encore beaucoup de combats à mener pour que le kaf trouve sa place dans le système scolaire et ne sois pas largué en route. Pour que le kaf soit partie prenante de l’avenir de son île.
Mais nous serons là, le courage ne manque pas et aux jeunes de se battre pour prendre leur place dans ce que sera La Réunion de demain.


Motions des femmes au congrès de l’U.F.R.

o Soutien à la manifestation du 10 mars

L’UFR réunie en congrès à Sainte-Suzanne apporte son soutien à la manifestation du 10 mars 2005 à Saint-Denis à O9h30 organisée à l’appel des organisations syndicales CFTC - CGTR - CGT-FO - UIR-CFDT - UNSA - FSU - SUD US Solidaires :
pour la défense des services publics,
contre les suppressions de postes,
pour l’abandon du projet de loi d’orientation sur l’école
pour un service public d’éducation qui assure la réussite de tous les jeunes,
pour la défense du pouvoir d’achat des actifs et des retraités
contre les transferts de missions et de personnels
contre la remise en cause du code du travail
contre la remise en cause des 35 heures
contre la dégradation des conditions de travail
contre la régression du pouvoir d’achat
pour l’emploi et contre la précarité.
L’UFR appelle les Réunionnaises et Réunionnais à participer à cette manifestation.

o Soutien aux lycéens en lutte

L’UFR réunie en congrès à Sainte-Suzanne :
apporte son soutien aux lycéens qui sont aussi dépositaires de l’avenir du système éducatif.
dénonce la déclaration d’urgence réduisant le débat, l’avancée du débat au Sénat du 22 au 15 mars et l’examen en séance de nuit à l’Assemblée des derniers articles, et ce afin de prendre de vitesse les lycéens et les autres opposants au projet
souligne le recul du gouvernement sur la réforme du bac, LV2 en Seconde et EPS au brevet
appelle les familles à soutenir les lycéens dans leur revendication pour une école solidaire et juste.

o Revoir le Schéma départemental d’organisation sociale et médico-sociale

Considérant que le Schéma départemental d’organisation sociale et médico-sociale validé en avril 2000 portant sur la prise en charge des personnes handicapées à la Réunion, arrive à son terme,
Considérant que ce Schéma fait état d’un taux d’équipement et de capacités d’accueil insuffisants tant en institutions qu’en familles d’accueil et unités de vie
Considérant l’existence de listes d’attente qui ne permettent pas une prise en charge des personnes handicapées
Considérant que le nombre de places à créer est évalué à environ 1.100 pour les adultes et à 540 pour les enfants,
L’UFR demande que le prochain Schéma départemental prenne en compte :
l’important déficit structurel de la prise en charge institutionnelle tant au niveau des enfants et adolescents que des adultes et adultes vieillissants,
la nécessité de poursuivre un plan de rattrapage du taux d’équipement et des capacités d’accueil en institution ; en 1999, le coût d’un plan de rattrapage pour la création de 1.532 places avait été estimé à 250,3 millions de francs (MF), au titre du fonctionnement, répartis entre l’État (178,6 MF) et le Département (71,7 MF) hors surcoût global DOM (+27% soit 67,5 MF). Le financement total avait été évalué à 317,5 MF. Le coût d’investissement estimatif étant compris entre 550 et 600 MF à répartir sur 5 ans.
la nécessité d’un rééquilibrage de l’offre d’accueil dans les quatre micro régions, celle de l’Ouest étant actuellement nettement défavorisée
la nécessité de formation du personnel à venir
les priorités que sont la prévention, le maintien à domicile, l’insertion professionnelle, la prise en charge de la personne vieillissante, les solutions alternatives au placement en établissement afin de résorber les listes d’attente

- afin d’accompagner la croissance démographique et les besoins des personnes handicapées

- afin d’offrir une répartition plus équilibrée sur l’ensemble du territoire

- afin de promouvoir des professionnels du secteur médico-social pour les besoins à venir

- afin d’assurer accompagnement, épanouissement, vie sociale, dignité aux Réunionnaises et Réunionnais.

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