La France de Pompidou et l'uranium du Niger-par Claude Guignard

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

georges_pompidou.jpg

En 1972, le président de la République française, Georges Pompidou, est en visite au Niger. Il y assure les intérêts de la métropole en Afrique postcoloniale.

L’Afrique francophone demeure une zone où l’influence française règne pratiquement sans rivale. Les anciennes colonies entretiennent avec la France un tissu de liens sentimentaux, culturels, économiques, monétaires et politiques. L’année passée, à peu près à pareille époque, le président Georges Pompidou avait fait un premier voyage sur le continent noir où les foules africaines lui avaient reconnu sans peine la qualité d’héritier du général de Gaulle. M.Pompidou avait alors fait escale dans cinq pays du littoral, choisis parmi les plus développés économiquement.

Cette fois, le président de la République est allé chez les plus défavorisés: au Niger et au Tchad, deux pays où s’interpénètrent l’Afrique arabe et l’Afrique noire, où s’affrontent parfois l’islam, l’animisme et le christianisme. Bien que gouvernant dans une région historiquement instable, les présidents Diori Hamani et François Tombalbaye ont conservé le pouvoir depuis l’indépendance de leurs pays respectifs.

Les relations entre la France et le Niger sont bonnes dans l’ensemble. L’ancienne métropole achète la plus grande partie des arachides nigériennes et la Société minière de l’Aïr (Somaïr), dont le capital est à majorité française, est chargée de l’exploitation du gisement d’uranium d’Arlit.

[…] Le rôle qu’assume la France reste prépondérant dans tous les domaines, scolaire, administratif, industriel. Les autorités de Niamey n’ont jamais caché leur souci de diversifier les sources de l’aide extérieure; si elles y sont publiquement encouragées par l’Elysée, il arrive qu’au niveau des exécutants français on défende des «chasses gardées».

En dehors de quelques objets précis, les tête-à-tête entre les présidents Pompidou et Hamani ont porté sur la nécessité d’une révision des accords de coopération élaborés en 1961. […] Le chef de l’Etat français, tout en reconnaissant le devoir des nantis d’aider les sous-développés, n’éprouve apparemment nulle hâte à revoir des relations qui donnent satisfaction aux intérêts français. Les structures de la coopération sont telles que, par un chemin ou par un autre, 80%, et sans doute même davantage, de l’aide fournie revient en France, en même temps que les Africains se trouvent dans l’impossibilité de se passer du soutien français. Enfermés dans ce dilemme, les dirigeants africains restent singulièrement modérés dans leurs revendications. Il ne semble pas que M.
Hamani ait beaucoup insisté sur l’uranium d’Arlit bien qu’au Niger on ait l’impression que les Français invoquent exagérément les principes de la rentabilité pour justifier les réductions de bénéfices initialement prévus.

Claude Guignard, Gazette de Lausanne, 2 février 1972.

Publié dans Objectivité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article