La France en Côte d'Ivoire : « les masques sont tombés » - par Mwinda

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

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Des vies innocentes arrachées, brisées pour  le fauteuil d'un seul, pour l'argent et les honneurs d'un petit groupe de marionnettes, pour l'intérêt de quelques nouveaux colons... Jusqu'à quand les Africains accepteront-ils d'être manipulés, jusqu'à quand accepteront-ils que leur continent soit un champ de tir, quand refuseront-ils que leur travail ne serve qu'à créer des emplois dans les usines d'armement occidentales ?

 

 

 

 

Tous les Africains ne peuvent qu'être révoltés par ce qui se passe en ce moment en Côte d’Ivoire. Des massacres de civils, un pays qui se déchire sous nos yeux. Dernière actualité en date, Laurent Gbabgo, apparemment retranché dans son palais subit en ce moment, avec ses hommes, les bombardements de la coalition formée par les soldats pro-Ouattara, l’ONUCI et la Force française Licorne.


Un déluge de feu (voir image ci-dessous), s'abat sur la ville, terrorisant les pauvres populations dont le seul péché est de s'être rendues aux urnes, d'avoir voté, d'avoir cru à la démocratie représentative. Des vies innocentes arrachées, brisées pour le fauteuil d'un seul, pour l'argent et les honneurs d'un petit groupe de marionnettes, pour l'intérêt de quelques nouveaux colons... Jusqu'à quand les Africains accepteront-ils d'être manipulés, jusqu'à quand accepteront-ils que leur continent soit un champ de tir, quand refuseront-ils que leur travail ne serve qu'à créer des emplois dans les usines d'armement occidentales ?

 


Maître Marcel Ceccaldi, avocat international, a conseillé plusieurs chefs d’Etat africains. Au micro de François Bikindou il jette un regard sur la Côte d’Ivoire et critique la politique de la France dans ce pays. Pour lui, « en face de cette attitude, la réponse doit venir des masses africaines [car] l’avenir de l’Afrique se joue en Côte d’Ivoire ». De son point de vue, « si les masses africaines ne sont pas capables de prendre en main leur destin, l’Afrique continuera de reculer alors que le monde avance »...

Comment expliquez-vous aujourd’hui le soutien inconditionnel de la France à Alassane Ouattara ?

C’est là la véritable question. Où se trouve l’intérêt de la France ? (...) Dès lors qu’elle [la France] a choisi le camp d’un des candidats, dès lors où elle s’est engagée politiquement et militairement déjà, dès lors où elle risque de s’engager encore plus en avant à côté d’un des camps en présence ce sont les intérêts de la France qui seront atteints d’une manière irréversible à l’échelle du continent africain.

Ce qu’on ne comprend pas c’est cette posture jusqu’au-boutiste de la France dans ce conflit...

J’ai l’impression qu’il y a des intérêts personnels et des intérêts particuliers qui se sont substitués aux intérêts de la France et c’est ça qui me navre (...) Quel est l’intérêt du président de la République d’avoir cette attitude ? Quel est l’intérêt de Monsieur Ouattara, quels sont les intérêts liés ? C’est ça la véritable question. Car si la France intervient militairement comme elle se prépare manifestement à le faire, ce serait une violation du droit international, parce qu’elle interviendra sans mandat du conseil de sécurité des Nations unies (...) Regardez les dégâts que cela va occasionner, les pertes en vies humaines, dans la population ivoirienne même chez les soldats français. Où se trouve l’intérêt de la France ? La France apparaîtra aux yeux de l’opinion publique africaine comme un agresseur. Quelle confiance les peuples africains pourront-ils avoir désormais dans la France ? Dès lors qu’elle interviendra à la demande de l’administration américaine qui lui demandera de faire la sale besogne !

On peut dire dans ce conflit que la France fait de la sous-traitance ?

Elle fait de la sous-traitance. Obama lui a demandé d’intervenir, elle fait de la sous-traitance ! C’est pas ça la France, ce n’est pas ça une politique de la France. Ce n’est pas une politique qui correspond à la grandeur de la France !

En face de cette attitude la réponse doit venir des masses africaines, pas de l’Union africaine (...) On sait comment elle fonctionne (...) Mettez-la de côté, elle ne compte pas (...) Il suffit d’ailleurs de regarder les déclarations de Zuma : il fait une déclaration sur la chaîne américaine CNN, dix jours après il revient sur ses propos, simplement parce que son maître de Washington lui a demandé de rentrer dans les rangs. Ces gens-là trahissent les intérêts de leurs peuples. Ce sont aux masses africaines de se mobiliser, de poser des pétitions dans les ambassades de France dans les pays d’Afrique, de se rassembler devant les ambassades de France pour dire : « ce que vous faites ne correspond à l’image que nous avons de la France » (...) L’avenir de l’Afrique se joue en Côte d’Ivoire, le monde avance. Si les masses africaines ne sont pas capables de prendre en main leur destin l’Afrique continuera de reculer alors que le monde avance !

De votre point de vue quelle pourrait être l’issue de ce bras de fer qui se joue aujourd’hui en Côte d’Ivoire ?

Il n’y pas d’autre alternative que de s’asseoir autour d’une table et de dire comment vidons-nous le contentieux post électoral. Maintenant, faisons une hypothèse. Gbagbo n’est plus là.

Mais pensez-vous que Ouattara va pouvoir gouverner paisiblement ce pays ? Il va le faire sur les corps de milliers d’ivoiriens ? Sur les populations déplacées ? Il le fera sous le couvert et sous la protection des troupes étrangères ? Des Nigérians qui ont constitué le gros des forces qui ont mené l’offensive contre Abidjan ? Et qui vont profiter ainsi de l’occasion de dépecer la Côte d’Ivoire, le sud et l’Ouest pour le Nigeria, le nord pour le Burkina Faso ? (...)... Ecouter la version audio de l'entretien réalisé par Mwinda sur Cameroon Voice

Publié dans Economie-Politique

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