LE BICAMÉRALISME / THE BICAMERAL SYSTEM - par Cheikh Anta Diop

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

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« De l'étude de notre passé, nous pouvons tirer une leçon de gouvernement. Le régime matriarcal aidant, nos ancêtres, antérieurement à toute influence étrangère, avaient fait à la femme une place de choix. Ils voyaient en elle, non la courtisane, mais la mère de famille. Ceci est vrai depuis l'Egypte pharaonique jusqu'à nos jours.

Aussi, les femmes participaient-elles à la direction des affaires publiques dans le cadre d'une assemblée féminine, siégeant à part, mais jouissant de prérogatives analogues à celles de l'assemblée des hommes.

Ces faits sont demeurés sans changement jusqu'à la conquête coloniale, en particulier dans les Etats non islamisés yoruba et dahoméen.

La résistance militaire de Béhanzin à l'armée française, commandée par le colonel Dodds, serait la conséquence d'une décision de l'assemblée des femmes du royaume, qui s'est réunie la nuit, après celle des hommes réunie le jour, et qui, à l'inverse de cette dernière, avait choisi l'ordre de mobilisation et la guerre. La décision fut ratifiée par les hommes. Il existait donc, en Afrique Noire, un bicaméralisme spécifique reposant sur la dualité des sexes. Loin d'entraver la vie nationale et d'opposer les hommes et les femmes, il garantissait l'épanouissement de tous. C'est à l'honneur de nos ancêtres d'avoir su créer un tel type de démocratie.

[…] En la restaurant sous une forme moderne, nous décontractons la société humaine en la libérant d'une contradiction latente et millénaire; nous pourrions inspirer, à ne pas douter, les autres pays dans leurs méthodes de gestion des affaires publiques.

Restaurer ce bicaméralisme de nos aïeux sur une base moderne consiste, pour nous, à trouver, ensemble, avec les femmes, à l'exclusion de tout esprit démagogique, un mode de représentation vraiment efficace de l'élément féminin de la nation.

La mise en place de cette assemblée, le mode d'élection de ses membres, la structure des cellules de base des partis militants d'Afrique Noire sont, de ce fait, autant de questions pratiques à mettre au point. 

De telles réformes permettent de normaliser le rôle politique de la femme, de restituer à celle-ci sa dignité de mère de famille, de réaliser une fois pour toutes, de la seule manière efficace, valable, ce qu'on appelle dans tous les pays du monde la "promotion de la femme". »

Cheikh Anta Diop, "Les fondements économiques et culturels d'un État fédéral d'Afrique Noire" p. 53 à 55.

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" Of the study of our past, we can learn from government. The helping matriarchal regime, our ancestors, before in any foreign influence, had made to the woman a place of choice. They saw in her, not the courtesan, but the mother. This is true since Pharaonic Egypt until our days.

So, women participated in the management of the public affairs within the framework of a feminine assembly, sitting in part, but enjoying privileges similar to those of the assembly of the men.

These facts lived remained without change until the colonial conquest, in particular in the not Islamized States yoruba and dahomean.

The military resistance of Béhanzin to the French army, commanded by colonel Dodds, would be the consequence of a decision of the  women of the kingdom's assembly, which met at night, after that of the men gathered in the daytime, and which, contrary to the latter, had chosen the order of mobilization and the war. The decision was ratified by men. There was thus, in Black Africa, a specific bicameral system basing on the duality of the sexes. Far from hindering the national life and setting men and women, it guaranteed the self-fulfillment of all. It is in honor of our ancestors to have known how to create such a type of democracy.

[…] By restoring it under a modern shape, we relax the human society by releasing it from a latent and thousand-year-old contradiction; we could inspire, not to doubt, the other countries in their methods of management of the public affairs.
To restore this bicameral system of our forefathers on a modern base consists, for us, in finding, toghether, with women, with the exception of any demagogic spirit, a mode of really effective representation of the feminine element of the nation.
The implementation of this assembly, the mode of election of its members, structure of the basic cells of the militant parties of Black Africa are, therefore, so many practical questions to work out. 
Such reforms allow to normalize the political role of the woman, to restore to this one the dignity of mother, to realize once for all, in the only effective, valid way, what we call in all the countries of the world the " promotion of the woman ". "
Sheik Anta Diop, " The economic and cultural foundations of a Federal state of Black Africa " p. 53 - 55.
 

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