Le bilan des dirigeants africains permet-il de juger les africains dans leur ensemble ?-par Jean-Jacques DIKONGUÉ

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

Le bilan des dirigeants africains permet-il de juger les africains dans leur ensemble ?



Est-il indiqué de parler ici de complaisance ou alors de rigueur analytique de la part de ces intellectuels africains qui, pour faire valoir leur ouverture d’esprit, ont fait le choix de la chaise plutôt confortable, sans risque aucun, de fustiger les africains à l’aune de leurs dirigeants.


En tout cas cette tendance qui consiste à flageller tous les africains francophones à l’aune du bilan de leurs dirigeants mérite qu’on s’y penche.


Notons tout d’abord le confort économique que confère cette posture pour ses adeptes ; ils sont ainsi sûrs d’être publiés dans tous les supports occidentaux les plus conservateurs voire anti-africains par excellence, de bénéficier du soutien des femmes et hommes politiques occidentaux pour lesquels ce plaidoyer africain vient plutôt renforcer une position qu’ils tentent bien que mal à insérer dans l’inconscient historique pour ainsi montrer que les africains sont la cause des malheurs qui les accablent.


Une position et un discours africains qui relaient au second plan l’exigence d’une analyse fondée sur la réalité et la véracité des faits et qui ne sont marqués finalement que du sceau d’un opportunisme que d’une exigence intellectuelle sincère quand on les scrute scrupuleusement.


Si les analyses des uns et des autres (c’est-à-dire ceux et celles qui identifient la cause principale des maux de l’Afrique comme exogène en grande partie et celles et ceux qui l’identifient comme endogène) aboutissent au même résultat, très souvent à la même conclusion à savoir :


Que le destin de l’Afrique est entre ses mains et que personne d’autre que les africains ne brisera cette spirale décadente à leur place.


D’ailleurs le président Nicolas SARKOZY lui n’a pas hésité à paraphraser Achille MBÉMBÉ, lorsqu’ aussi insidieusement que opportunément à Dakar, il interpellait les africains : "Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie. Mais le voulez-vous vraiment ?

Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place".

Adrien Julien MBEN (
http://andrejulienmbem.com/page.php?4) qui a fait un joli plaidoyer de ce discours n’a cependant pas insisté sur l’intonation de monsieur Nicolas SARKOZY dans : "Mais le voulez-vous vraiment ?".

Cette insistance qui semble accuser ou accuse sans masque la jeunesse africaine de s’accommoder du chaos, de perpétrer les exactions qui lui sont pourtant fatales. Un masochisme dont les africains ne s’aperçoivent même pas.


Sont-ce ces africains qui, à l’aube des "indépendances" ont mis en place tout un système d’extermination de ceux qui réclamaient la véritable indépendance de l’Afrique pour mettre au pouvoir des gens qui se sont avérés de sanguinaires et véritables dictateurs et dont les successeurs sont soient les fils, soit les plus proches collaborateurs etc.


Il est important de signaler que les préalables, les postulats de départ sont le point de divergence et marquent la rupture entre les deux camps dans leurs analyses de la situation de l’Afrique francophone de surcroît, véritable boulet pour la bonne marche du continent. Et le crédit est à mettre dans le camp de ceux et celles qui ne fustigent pas les africains tous azimuts en se basant sur le bilan de leurs dirigeants, mais font la différence entre le peuple et ces derniers.


Fustiger les africains dans leur totalité suppose aussi que ces derniers aient eu, à un moment donné, à élire leurs dirigeants de manière démocratique et donc d’en porter également la responsabilité de leurs bilans, aussi catastrophiques soient-ils.


Mais à ce jour, on est loin de ce constat et l’on peut intellectuellement poser la question de savoir si un seul dirigeant africain, francophone soit une émanation des urnes par le vote des citoyens pour s’autoriser une telle forfanterie dans l’analyse ce depuis les "indépendances"


Ce serait entériner une contre-vérité que de soutenir que les dirigeants africains francophones représentent leurs populations aujourd’hui en Afrique. Et Le soutenir en fustigeant les africains dans leur globalité c’est faire le jeu de ces forces qui aujourd’hui encore plus qu’hier, ont privé l’Afrique des hommes de choix tels que LUMUMBA, UM NYOBÉ et encore plus proche Thomas SANKARA en lesquels les africains se reconnaissaient et continuent à s’identifier.



Jean-Jacques DIKONGUÉ

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