"Le gouvernement pénalise l'énergie solaire, c'est contraire au Grenelle!" Par Eric Lecluyse

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe Mâga

"Le gouvernement pénalise l'énergie solaire, c'est contraire au Grenelle!"

Par Eric Lecluyse, publié le 22/02/2010 à 19:00 - mis à jour le 22/02/2010 à 20:34


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Des personnes assemblant le 18 février 2008 à Weinbourg, dans les Vosges, une imposante centrale photovoltaïque intégrée: 36 000 m2 de panneaux faisant office de toiture, de quoi alimenter une ville de 4000 habitants. Ce type de réalisation va être pénalisé par les nouvelles règles présentées par le ministère de l'Ecologie.

FREDERICK FLORIN/AFP

 

Des personnes assemblant le 18 février 2008 à Weinbourg, dans les Vosges, une imposante centrale photovoltaïque intégrée: 36 000 m2 de panneaux faisant office de toiture, de quoi alimenter une ville de 4000 habitants. Ce type de réalisation va être pénalisé par les nouvelles règles présentées par le ministère de l'Ecologie.


Pour éviter une "bulle spéculative", le ministère de l'Ecologie fait savoir que l'électricité produite par les grande centrales solaires photovoltaïques intégrées au bâti sera désormais rachetée à un prix inférieur de 28% au niveau actuel, avec effet rétroactif au 1er novembre 2009. Un scandale, selon Carl de Bouchony, de la société SunSynergies. Entretien.


Dans un communiqué de presse publié le 17 février, le ministère de l'Ecologie annonce la publication d'un arrêté début mars 2010 qui fixe les nouveaux tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque. En cause: "une bulle spéculative inattendue qui s'est développée en novembre et décembre 2009" dans le secteur et qui pourrait menacer "le pouvoir d'achat des Français": "l'engagement financier potentiel de cette bulle spéculative a atteint plus de 50 milliards d'euros sur 20 ans", affirme le ministère, et sa prise en charge "aurait nécessité un relèvement de plus de 10% du prix de l'électricité".


Concrètement, le ministère accuse certains acteurs de l'énergie solaire photovoltaïque d'abuser du système: ils se lanceraient dans des projets d'envergure parfois inutiles juste pour bénéficier des tarifs en vigueur, plutôt avantageux. D'où la décision de faire passer le tarif de rachat de l'électricité des installations intégrées au bâti (panneaux sur toiture notamment) de plus de 250 kWc (kilowatts-crête) de 58 centimes (ancien tarif) à 42 centimes le kWh (kilowatt-heure), soit une baisse d'environ 28%. Une mesure rétroactive: seraient concernées toutes les demandes de contrat d'achat formulées après le 1er novembre 2009.


De nouvelles règles qui font bondir Carl de Bouchony, cocréateur de SunSynergies, une société spécialisée dans les centrales solaires en toiture.



Comprenez-vous la volonté du ministère d'éviter une bulle spéculative?


La bulle spéculative, elle existe, mais elle s'explique par la communication du gouvernement. En septembre, il a laissé entendre que les tarifs de rachat pourraient baisser. Tout le monde s'est donc empressé de déposer des dossiers, avec là-dedans une part très importante de projets qui n'auraient jamais vu le jour, par exemple des dossiers pour des bâtiments qui ne sont même pas construits... Le problème, c'est qu'il y aussi des gens sérieux. D'un seul coup, avec effet rétroactif -ce qui me semble d'ailleurs contestable juridiquement- on se met à pénaliser les gros projets, ceux de plus de 250 kWc. On prend comme critère la puissance, alors que ce n'est pas parce qu'un projet est plus petit qu'il est de meilleure foi!


Quelles sont les conséquences pour vous?


42 centimes au lieu de 58 centimes le kWh, ça change tout: pour un projet de 500-600 kWc à 2,5 millions d'euros, il faut tout revoir. Il faut espérer que les banques continueront de suivre...


Les particuliers et les agriculteurs sont épargnés, ils continuent de bénéficier de tarifs bonifiés à 58 centimes le kWh. Pourquoi cette différence?


En janvier, un premier texte présenté par le ministère visait aussi les agriculteurs: devaient être exclues les petites centrales intégrées à un bâtiment sans utilité véritable (en clair, quatre poteaux et une toiture solaire construits uniquement pour bénéficier des tarifs). Il faut croire que les agriculteurs se sont fait entendre: cette disposition a disparu! Les agriculteurs qui auront déposé un dossier pour ce genre d'installation avant le 12 janvier 2010 resteraient à 58 centimes, les dossiers déposés après passeraient à 50 centimes, mais ils échapperaient aux 42 centimes le kWh.


Que demandez-vous?


Qu'on arrête d'annoncer un arrêté par mois sur des sujets aussi importants (ce sont des mois de travail, des frais avancés et des emplois créés). Qu'on lutte contre les abus mais sans rétroactivité, de façon plus progressive et en consultant tous les acteurs concernés au moment d'élaborer les textes. Lors du Grenelle, l'accent a été mis sur la possibilité de rénover les bâtiments. Pénaliser les panneaux photovoltaïques sur les grandes toitures est contraire aux objectifs du Grenelle!

Publié dans Economie-Politique

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