Les écoles africaines empêchent-elles la conscientisation ? - par FLORIAN MUANDA MOMBO

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

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L’école est le lieu approprié pour que l’enfant puisse acquérir l’instruction saine et l’éducation souhaitées pour son épanouissement dans la société.  Ce lieu, si capital, tient entre ses mains l’avenir de l’enfant, en faisant bien son travail. L’école assure un avenir radieux, et pour l’enfant, et pour le pays qu’il compte servir à moins qu’il déroute seul. En accomplissant mal ou « mal »(bien, mais pas correctement; vous comprendrez dans les lignes qui suivent) sa tâche, ce lieu d’apprentissage crée un poison dans la tête de l’enfant, ce qui se manifestera à l’âge adulte, et nuira au bien de la communauté qu’il sera appelé à servir. Je viens parler de ce que les écoles africaines enfouissent dans les crânes des enfants.  Ces « temples du savoir » sont un frein pour le développement africain, c’est-à-dire, un encouragement à l’aliénation, et non pas un lieu de conscientisation, ce qui devait être la mission principale des écoles, vue notre situation. Les programmes adoptés pour l’éducation en Afrique n’ont, pour la plupart, rien à voir avec ce que les enfants devraient savoir. Les écoles africaines mettent plus l’accent sur l’histoire occidentale, que sur notre propre histoire !!! Ca peut paraitre négligeable, mais c’est un point qui participe, et ce, plus que nous le croyons, à notre ignorance sur nos valeurs et notre histoire. Voilà ce qui m’a poussé à vous le démontrer dans cet article !


Les écoles en Afrique, en général, n’ont pas changé de programme depuis la colonisation. Ainsi, beaucoup ont-elles gardé les mêmes matières que les colons enseignaient aux africains, quand ceux-ci étaient persuadés toujours les mêmes propos et discours tenus par les colons et les esclavagistes qui que nous étions loin de l’humanité, car étant incapables de pousser des raisonnements corrects dignes d’un intellectuel. Et malgré l’indépendance -ou disons pseudo-indépendance-, rien n’a changé. Il y a toujours plus de cours sur l’histoire des autres que sur la nôtre, toujours des propos et discours similaires à  ceux tenus par les colons et les esclavagistes ! Comment peut-on enseigner comme l’autre ? Nous sommes africains ! Nous devons avoir notre propre manière d’enseigner et d’éduquer nos enfants. Sans le savoir, les professeurs installent dans l’esprit de l’enfant un complexe d’infériorité face à l’homme blanc se caractérisant en une connaissance sur l’autre supérieure à ce qu‘il devait savoir sur lui-même. Quand un enfant entend parler d’un belge qui a fait ceci, d’un français qui a fait cela, c’est normal qu’il se demande ce que ses ancêtres ont fait.


Le redressement de notre Afrique se résume à la conscientisation, c’est-à-dire, une connaissance de nos cultures, de nos mœurs, de notre histoire. Connaitre notre passé nous aidera, à coup sur, à comprendre le présent, et à mieux préparer l’avenir. 


Certains se permettent d’affirmer qu’il ne sert à rien de connaître son passé. En attestent ces propos que j’ai personnellement eu à entendre à maintes reprises : « C’est l’avenir qui nous intéresse ». Chacun a ses raisons, mais, selon moi, dans la vie, il y a

 CAUSE et EFFET, ou si vous voulez, CAUSE et CONSEQUENCE.


Celui qui se limite à vivre le présent et pensant, par miracle, préparer l’avenir est celui qui ne connait pas la cause, mais veut comprendre la conséquence, trouver la solution à un problème qu’il ne maitrise pas ! L’histoire, c’est l’étude de l’orientation du présent vers le futur en fonction du passé. Je suis désolé donc de décevoir ces africains qui ne veulent pas en savoir plus sur leur passé, mais les trois questions qui suivent vont ensemble : le

« pourquoi , c’est le présent; le « parce que », le passé; et le « ce qu’il faut faire »

n’est que le futur. C’est pour vous dire qu’il n’y a pas de raccourcis. Voici un exemple que je vais vous donner pour que vous voyiez là où je veux en venir : Pourquoi a-t-il fait un accident ? C’est parce qu’il avait bu un verre de trop. La solution, c’est ne pas conduire quand on a trop bu. Voilà le trio.


 

 

 



 

 

En parlant plus d’eux que de nous-mêmes, l’enfant n’a plus de raison d’avoir confiance en lui, en ce qu’il est, en son identité africaine. A l’âge de 12ans déjà, il rêve de changer de nationalité. Est-ce le rôle de l’éducation ? Moi personnellement, les matières importantes que je connais sur l’Afrique, nos héros ( notamment Steve Biko, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Patrice Emery Lumumba, Samuel Maharero, Ruben Um Nyobé, Felix-Roland Moumié ), nos royaumes ( Monomotapa, Kongo, Zulu, Egypte Antique ), et tout ce qui rapporte à notre identité, je l’ai appris tout seul. Ni mes parents, ni mes professeurs ne m’ont parlé, comme il faut, de l’africain que je suis et des africains qui ont fait notre fierté. A l’école, on faisait 45 minutes d’histoire, disons celle ayant trait à tous nos royaumes. Ce cours était vaguement présenté par nos professeurs, de la même manière dont parlerait un prof français d’histoire de nos royaumes à ses élèves. Pourtant, nous avions plusieurs jours pour connaître de fond en comble l’empire carolingien ou mérovingien (c’est un miracle que je m’en souvienne, je n’ai jamais aimé J), une biographie assez complète de Jeanne D’Arc, et….rien sur Nzinga Mbandi Kia Ngola ou Ndaté Yalla Mbodj. De la 1ère C.O à la 6ème (de la 6ème à la terminale pour les francophones), chaque année, en cours de français, il y avait différents livres de littérature française à lire (AndromaqueL’Avare de Molière…), ou des passages de livres de Voltaire dans nos syllabus, des dissertations sur des œuvres et passages de Montesquieu. Ces gens étaient présentés comme les élites de ce monde,  et je devais réfléchir comme eux. Or, il s’agit là d’individus pour la plupart racistes, dont la majorité ont participé et encouragé, de près ou de loin, l’esclavagisme. Nous connaissons tous, ou pour la plupart, la phrase de Montesquieu qui alléguait :

"On ne peut pas se mettre à l’idée que Dieu, étant si sage, n’ait pu mettre une âme bonne dans un corps tout noir "

 

  , ou Emmanuel Kant qui affirmait avec sang-froid : «

 

"La nature n’a doté l’homme noir d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie "

 

dans le cerveau inutilement. Baudelaire, Rousseau serviront aux futurs pilleurs de l’Afrique qu’on apprivoise, mais pas à nous ! Ce qui nous importe à nous, c’est de connaitre et lire Aimé Césaire, Théophile Obenga, Mongo Béti, Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Chinua Achebe    ( le meilleur écrivain africain du XXème siècle, avec son célèbre livre Things fall apart. Célèbre chez les autres, mais inconnu chez nous-mêmes,  c’est pourtant l’un des livres africains ayant été les plus lus dans le monde, et il a été d’ailleurs traduit en plus de 50 langues ).


Certains, jusqu’à l’âge adulte, sont persuadés que notre histoire se limite à la colonisation et à l’esclavage. Selon eux, avant l’arrivée du blanc, les africains étaient des gens qui se promenaient nus, qui ne savaient rien, qui n’avaient rien construit  du tout. Bienvenue chez les sauvages carrément ! II n’y avait aucune organisation sociale ou politique, les huttes ont été construites par miracle, les palais royaux et chevaleries africains n’ont jamais existé (pendant que je suis tombé sur des documents et images qui en attestent l’existence), les pyramides ( les falsificateurs prétendent que ce sont des juifs qui les ont construites alors qu’on sait qu’elles datent de 6.000 ans avant notre ère. Or, les juifs assurent qu’Abraham est le premier juif, et toujours selon eux, il a vécu environ à 1500 ans avant notre ère. Mais comment se fait-il que le premier juif  ne soit pas encore né et que les juifs construisent les pyramides ? Voilà le genre de bobards que nous avalons et ce n’est qu’un exemple parmi mille autres « connaissances » censées faire de nous, des intellectuels dans un avenir proche ! On nous a parlé de Pythagore et Thalès, sans mentionner que ces deux derniers ont tout fait leur apprentissage en Egypte, qui était l’endroit même où sont nées les mathématiques, la physique, la philosophie. On ne nous en parle pas, car les profs d’histoire, de mathématiques, de philosophie ne font pas de recherches, ils préfèrent répéter ce qui a déjà été dit. L’enfant, jusqu’à l’âge adulte, est convaincu et pousse même des arguments rencontrés sur le banc de l’école, tels que « le blanc a tout fait pour l’homme noir », « nos ancêtres n’ont rien inventé ». Il est persuadé que ressembler au blanc est la seule manière pour réussir dans la vie. Dès lors, réfléchir comme eux, penser comme eux, avoir la même vision du monde qu’eux sont les chemins à emprunter pour une belle vie. Ce n’est pas à l’Occident de mettre en valeur et faire des recherches sur nos cultures, nos connaissances, histoire et participations à la science à notre place ! Bien au contraire, c’est à nous de le faire ! 


L’école africaine n’aide pas l’enfant à développer un paradigme, mais à gober ce qui a été dit auparavant, par les colonisateurs. L’école aide moins l’enfant à être fier de ses origines et de son histoire, vu qu’il ne la connait pas correctement, et le peu qu’il sait sur lui est le reflet de ce que les blancs pensaient de sa race à l’époque, donc avec aucune trace de sympathie et de vérité. A la fin des études, vous vous étonnez de voir des milliers d’aliénés qui courent les rues, clamant que la colonisation, l’esclavage étaient pour notre bien. Ils ne répètent que ce que les blancs disaient et ce qu’ils ont appris à l’école.


La connaissance sur nous, sur notre histoire, est un point capital pour notre personnalité et définit notre identité, nous rend plus confiants en ce que nous sommes et nous aide.Elle nous permet de voir positivement et de croire en de meilleurs lendemains pour l‘Afrique. 

L’aliénation, cependant, est un frein pour le redressement de notre Afrique, et les écoles comme les parents, devraient se battre pour couper la chaîne qui, de génération en génération, perpétue et continue à faire des élèves, futurs cadres et dirigeants d’Afrique, des hommes et femmes persuadés que l’Afrique n’a rien pu faire sans l’Occident, et que nous sommes condamnés à vivre à leur crochets. C’est loin d’être ma conception de l’éducation adaptée. Les écoles devraient abandonner les documents des africanistes et colons, et faire des recherches pour donner aux enfants le vrai aspect de leur patrimoine, de leurs anciennes civilisations, de leur passé. Il n’y a que de cette manière qu’on pourra dire que les enfants africains sont éduqués correctement, comme il se doit ! Ce n’est que de cette manière que nous pourrons avoir des enfants dignes d’eux,  qui pourront, avec le profond amour attendu, reconstruire notre Afrique qui a besoin d’eux ! On ne peut rien attendre d’un africain qui a une vision belge, anglaise ou française de l’Afrique, ou qui a, en plus court, une vision blanche du monde noir.


En revanche, l’espérance sera permise avec des africains qui ont une vision africaine de l’Afrique, une vision noire du monde noir, qui connaissent nos victoires et nos défaites, nos réussites personnelles et nos échecs, nos erreurs ! Ce sont EUX qui, les connaissant correctement, pourront dans n’importe quel domaine,  les corriger et les améliorer, pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs du passé.


Il relève du devoir des parents et de l’école de parler de l’histoire africaine aux enfants. Nous sommes différents des autres, nous ne pouvons donc pas éduquer nos enfants de la même manière. Un petit belge apprend l’histoire de son royaume, et on veut aussi apprendre à un congolais le royaume de Belgique. Non ! Ce n’est pas raisonnable, et c’est loin d’être correct ! Je vais vous montrer que même les mêmes sujets subissent des controverses en fonction des personnes qui les enseignent. Prenons l’exemple de la Seconde Guerre Mondiale, du bombardement de Hiroshima et  de Nagasaki.  Quand  un américain enseigne cela à un enfant, il lui dira que c’était pour le bien de l’humanité. Il flatte ainsi son égo, car même quand le fait est barbare et qu’on ment, le but du jeu, c’est d’installer dans l’esprit de l’enfant un sentiment de supériorité. Mais pensez-vous que les japonais disent la même chose quand ils enseignent à leurs enfants ce qui s’est passé pendant ces catastrophes et ces tragédies ? Voilà, vous avez tout compris ! Nous, notre problème ne revient pas à la matière, mais à la manière dont la connaissance est transmise, car, même dans nos matières, contrairement aux japonais, nous continuons à flatter l’égo des européens au lieu du nôtre.  

 

FLORIAN MUANDA MOMBO

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