LES INVASIONS BARBARES EURASIATIQUES EN AFRIQUE D'HIER À AUJOURD'HUI

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

LES LEÇONS QUE L'AFRIQUE NOIRE DOIT TIRER DE L'HISTOIRE
Par Bwemba Bong
Dans "La conscience historique africaine"
p. 34 à 37

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La situation internationale de l'Afrique noire qui, depuis deux mille cinq cents ans bientôt, a subi un déclin qui va en s'aggravant. En effet, l'Égypte noire dont les richesses n'avaient cessé d'être convoitées par les peuples étrangers, était, depuis des millénaires avant Jésus Christ, l'objet de plusieurs attaques dont une, d'origine asiatique, eut lieu sous la VIIe dynastie. Mais la pire pression sur le pays noir, fut notamment celle des hordes Hyksos, barbares d'origine asiatique. Le prêtre égyptien, Manethon, rapporte que:

« Sous le règne du roi Timaios, la colère divine souffla contre l'Égypte sans savoir pourquoi; contre toute attente, des hommes d'une race inconnue, venus de l'Orient, osèrent envahir le pays, s'en emparèrent et sans combat, firent prisonniers les chefs, puis brûlèrent sauvagement les villes, saccagèrent les temples des dieux et maltraitèrent durement les habitants, égorgèrent les uns, réduisant en serviteurs les autres avec leurs enfants et leurs femmes. »

C'est ainsi que, pendant près de deux siècles, de 1780 à 1580 avant Jésus Christ, l'Égypte aura à subir la domination obscurantiste des Hyksos. La libération du pays ne viendra qu'en 1580, du Sud, de la royauté de Thèbes, par le roi Kames et son successeur Ahmes Ier, qui menèrent une véritable guerre de libération pour arriver à bouter hors d'Égypte ces hordes étrangères. Edouard Schure qui se penche sur cette époque, écrit:

« Vers l'an 2000 avant J.C., l'Egypte subit la crise la plus redoutable qu'un peuple puisse traverser: celle de l'invasion étrangère et d'une demie conquête… Conduite par les rois pasteurs appelés Hyksos, cette invasion roula son déluge sur le Delta et la Moyenne Égypte. Les rois schismatiques amenaient avec eux une civilisation corrompue, la mollesse ionienne, le luxe de l'Asie, les mœurs du harem, une idolâtrie grossière. L'existence nationale de l'Égypte était compromise, son intellectualité en danger, sa mission universelle menacée. »
(Edouard Schure, "Les Grands Initiés", p.165)

Les hordes barbares qui n'arrêteront cependant pas de fondre sur l'Égypte mineront le Moyen-Empire jusqu'à ce qu'ils soient chassés du pays qui ne connaîtra cependant qu'une courte période de prospérité alternant avec de petites attaques extérieurs aussitôt réprimées. La mort de Ramses II en 1205, ranima toutefois les attaques étrangères contre l'Égypte. Notamment celle des peuples de la mer, d'origine indo-européenne qui, contrairement aux Hyksos, ne réussiront cependant pas à occuper l'Égypte, bien que celle-ci se trouvât à une période d'anarchie de plus en plus grandissante; cette anarchie amènera Ramses III à intégrer dans l'armée égyptienne, des milliers d'étrangers qui y furent employés comme étrangers auxiliaires sous le nom de Kehek, à côté de l'armée nationale proprement dite: « Nous verrons que ce sont ces éléments étrangers que rien n'attachait sentimentalement à la terre d'Égypte, qui provoqueront la déliquescence des mœurs politiques à partir de Psammétique », écrit Cheikh Anta Diop, qui poursuit:

« … L'armée égyptienne se dénationalise. Elle en vient à être essentiellement une armée de mercenaires libres ou demi-serviles commandés par leurs chefs nationaux; seul le haut commandement et quelques détachements d'archers resteront égyptiens… Le processus atteindra son point culminant sous les usurpateurs libyens de la XXVIe dynastie, sous Psammétique plus précisément. C'est alors que les éléments nationaux d'une garnison de l'armée égyptienne cantonnée à Daphné, à Mocéa et l'Ile d'Abu refusèrent d'obéir au « roi » étranger et allèrent offrir leurs services au roi de Koush du Soudan Nubien, c'est l'expédition des Automoles dont parle Hérodote… »
(Cheikh Anta Diop, "Antériorités des Civilisations Nègres. Mythe ou Vérité Historique? p.171)

Il n'empêche cependant que toutes ces attaques étrangères épuisèrent l'Égypte au point qu'elle ira s'affaiblissant, sans jamais plus retrouver ni sa splendeur, ni même ses territoires du Moyen-Orient, pour s'effondrer totalement par la suite sous les assauts successifs des envahisseurs Assyriens, Perses, grecs et enfin Romains. Cette présence physique d'une autorité étrangère en terre d'Égypte déclenchera de grands exodes d'Africains qui émigreront vers le Centre de l'Afrique, l'Ouest, le Sud, et qui vont constituer une partie du peuplement actuel de l'Afrique dont les grands Empires (Ghana, Mali, Songhaï, Monomotapa, etc.) vont subir à leur tour ces invasions étrangères pour s'effondrer finalement, notamment sous les attaques des Almoradives. En 1076, Ghana la capitale tombera:

« Les Almoradives s'étaient montrés d'une cruauté exceptionnelle lors de la prise de Ghana: les biens étaient pillés, les habitants massacrés. Après cette interruption de 10 ans. Ghana sera encore attaqué par les vassaux Sossos, mais il réussira à se maintenir jusqu'à l'investissement de la capitale par Soundiata Keita, en 1240. »
(Cheikh Anta Diop, "L'Afrique Noire Précoloniale", p. 71)

D'après Wa kamissoko, Soundiata Keita qui va donner à l'Empire du Mali toute sa puissance, mènera une guerre implacable contre les vassaux Sossos, afin de mettre fin à l'esclavage et au commerce négrier que ces courtisans, ancêtres spirituels des actuels présidents africains autoproclamés, pratiquaient avec les Arabes. Mais l'Empire du Mali sera annexé par l'Empire du Songhaï (ou Sonhaï) qui, à la bataille de Tondibi en 1591, sera détruit par des Marocains équipés d'armes à feu et conduits par l'eunuque espagnol Djader Pacha. En Afrique Centrale, les royaumes Kongo, Lunda, Luba et Kuba, furent désintégrés sous les attaques des Européens, Les agressions contre l'Afrique noire auront pour point d'orgue enfin, les razzias négrières transatlantiques qui dureront quatre siècles, et qui arracheront environ 400 millions d'Africains:

« La traite, cette tragédie à multiples facettes, restera la plus importante entreprise d'asservissement et d'avilissement de l'homme. Cette agression cruelle, à laquelle prirent part presque toutes les nations européennes… a désorganisé la société africaine jusque dans ses profondeurs. En liquidant les États constitués, en détruisant les bases morales des sociétés établies, en saccageant les structures de production intellectuelle et matérielle et en déportant les ressources humaines les plus vigoureuses et les plus brillantes, la traite a laissé des marques indélébiles dans la conscience et dans la vie sociale des peuples africains »,
Écrit Edem Kodjo.

Ce sont ces diverses invasions qui ont provoqué la déstructuration de la société, qui se manifestera par la fuite dans le désordre des populations terrorisées. C'est ainsi que des États jadis constitués n'auront plus désormais qu'une existence éphémère, face à la mise en place du développement de royaumes de courtiers négriers, à la montée en puissance et au triomphe de toutes sortes de criminels arrivistes totalement corrompus, placés et maintenus au pouvoir par les armes de pays étrangers, comme c'est le cas aujourd'hui avec la meute de présidents-grands-timoniers-pères-de-la-nation, experts toutes catégories en fraude électorale et autres tricheries et escroqueries avérées. 

Le peuple noir doit par conséquent avoir présent à l'esprit que les invasions qui ont affaibli l'Afrique noire, permis son occupation par les peuples étrangers, ainsi que la déportation esclavagiste de centaines de millions d'Africains, n'ont été possibles qu'en raison de nombreux facteurs, dont le fait que les bâtisseurs d'empires, les grands chefs assiégés de toutes parts, eurent à se battre simultanément sur deux fronts: contre les envahisseurs arabes et occidentaux.

ILLUSTRATION
Le Fari Ramessu II (19e dynastie) foule au pied un Eurasiatique vaincu et tue un second de sa lance (temple d'Ibsamboul, reproduction dans "Monuments de l’Égypte et de la Nubie" par Champollion Le Jeune, volume I)

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