LES MENDIANTS

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

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LES MENDIANTS

« Lorsqu'on coupe sa racine, on se dessèche. Lorsqu'on se détache de sa source, on devient un mendiant, on quémande, on vit de la mendicité.

[…] Le principe divin consiste à être fidèle à soi-même parce que Dieu est souverain. Quand on est souverain, on est fidèle à soi-même. Le "na" nous donne d'être fidèle à nous-même, à notre culture, à notre langue. Tu ne peux pas écouter Dieu si tu n'es pas dans ce principe du "na", ce principe de la souveraineté. Or la divinité kongo est dans la kanda. Si l'on refuse d'écouter la kanda, on se prive de la vie. Lorsqu'on se prive de la vie, on entre dans la mendicité.

[…] Si l'enfant se détache de sa racine, il est contraint de mendier, de quémander. Triste sommes-nous de constater que ceux qui se croient être évolués sont en fait des gros mendiants notoires. Ils mendient la façon d'être des autres. Ils vont mendier la fluidité de l'autre. Plus on imite les autres, plus on va les mendier, plus on se sent bien, plus on se sent dans la modernité. Faux!! La modernité n'est pas dans la mendicité. 

Beaucoup d'évolués sont des grands mendiants, des mendiants notoires. Ils mendient la manière de vivre des autres. Pour le pouvoir on corrompt tout, on le mendie. On donne tout aux autres et à soi on ne donne rien, à son peuple on ne donne rien. Le niveau de vie, c'est une hyper fluidité, c'est un "ngu". L'hyper fluidité doit correspondre à ce que l'on est. Lorsqu'on a mendié, ce que l'on reçoit est une fausse fluidité. On obtient une mauvaise hyper fluidité. On va construire des grands bâtiments, des gratte-ciels mais à côté ce sont des favelas et les gens crèvent de faim et de soif. Cela n'est pas normal. 

[…] Le développement recherché et atteint sera un faux développement parce qu'il découlera d'une fausse fluidité, d'un faux "ngu". L'acte de mendier produit une fausse fluidité. On va mendier tout, on mendie la langue, on mendie la religion, on mendie la spiritualité, on mendie la science, on mendie l'exercice du pouvoir, on mendie tout. Aujourd'hui l'Afrique est entrain de mendier la démocratie et on connait les problèmes que ça cause. Ce n'est pas la démocratie comme telle mais la forme de la démocratie. On va mendier une forme de démocratie qui ne nous concerne pas bien mais il faut quand même la mendier. C'est ça la mode.

Pour ceux qui ont beaucoup étudié, ils savent que les Grecs et les Hébreux sont venus apprendre en Afrique et ils sont repartis chez eux sans être détachés de leur culture. Après avoir étudié, ils sont repartis mais renforcés dans leurs cultures, renforcés dans leurs langues. Parmi nous, nombreux sont ceux qui font le contraire. Tu vas étudier dans un pays occidental, au lieu de te renforcer dans ton "ngu", celui qui a étudié et qui obtient des grands diplômes devient un Blanc. Il ne peut plus faire comme les petits nègres du village. Lui, il est diplômé, il ne va plus parler comme les autres, il va parler dans la langue des colonisateurs, il va avoir la manière de parler, de manger, d'agir, de s'habiller, tout cela comme le colonisateur. Il n'y a qu'à voir les noms que nous nous attribuons. Votre père vous appelez Samba vous arrivez en Europe et vous vous appelez Chabert, Durand, etc. On veut vivre comme le Blanc.

Au lieu de nous renforcer dans notre culture, les sciences que nous venons acquérir en Occident nous en éloignent davantage. Elles nous éloignent davantage de notre mère, de notre culture. Et elles nous éloignent de ce fait de nous-même. […] Il ne faut pas se priver de la mère qu'est la kanda, la langue, la culture. Et d'ailleurs, lorsqu'on s'en prive les autres nous prennent pour des éternels enfants. Pourquoi ils nous prennent pour des éternels enfants? Parce que, nous ne jouons pas notre rôle de ngudi, nous ne jouons pas notre rôle de mère. Nous aimons copier, nous aimons imiter les autres comme si nous n'étions rien nous-mêmes. C'est cela justement de manquer de maturité, c'est cela ne pas être une mère. Ne plus être ngudi c'est se perdre.

[…] On ne se détache pas de la kanda. Si on sort de la kanda, on finit par aller mendier. On va mendier les prophètes, on va mendier les prières, on va mendier tout. On va mendier les bonnes paroles, on va mendier le feu spirituel, on va mendier même Dieu alors que la divinité trône dans notre propre kanda: Nsaku, Mpanzu, Nzinga. Pour ceux qui ne connaissent pas laquelle, au moins Nkenge pour nous tous, Nsona pour nous tous. On mendie tout. Mais pourquoi? Parce que nous sommes sortis de nous-même.

[…] En mendiant, nous sommes des perpétuels enfants. Et parfois c'est triste aussi à constater, l'intelligence, la formation, les diplômes que nous obtenons contribuent beaucoup à faire de nous des enfants. "J'ai tel diplôme en grammaire française", c'est bien mais on est un mendiant. On connaît tout de la grammaire française mais on ne connaît rien de la grammaire kongo. Certaines formations peuvent nous destiner à n'être que des mendiants. Et la théologie en est une. Un théologien africain ne peut pas dire autre chose que ce qu'il doit dire. Que des Kamit valables a-t-on réduit à la mendicité mentale, spirituelle, et même intellectuelle. Que des pasteurs valables sont réduits à la mendicité théologique. Que des cadres de grandes valeurs réduits à la mendicité philosophique, à la mendicité linguistique, à la mendicité politique. "La Communauté Internationale a dit..", alors vous n'avez plus rien à dire. Mendicité politique. Quant à la mendicité économique, n'en parlons pas.

[…] Au lieu d'aller mendier auprès d'un Père qui est si loin aux cieux, rentre donc dans ta kanda où t'attend ta divine mère Nsaku, Mpanzu, Nzinga. Les frères kemit des autres cultures que la culture kongo, vous avez les mêmes divinités avec des noms différents. Que vos théologiens vous y aident en quittant la théologie mendiée du Père vers la théologie domestique de la Mère, le "Ngu". La spiritualité et la théologie kemit sont matriarcales et non patriarcales. Dans la spiritualité et théologie patriarcale, nous ne sommes que des mendiants tant que nous nous serons éloignés de notre Mère Divine nous sommes condamnés à la mendicité. Aussi longtemps que nous serons loin de notre culture, de nos connaissances, de nos langues, de notre spiritualité, de notre réflexion théologique, nous sommes condamnés à la mendicité. Retenons qu'un mendiant n'est jamais libre. Il vit au dépend de celui qui lui donne. Comme les églises d'Afrique ne sont pas libres. Elles sont mendiantes. Regardez les pasteurs et toute l'importance qu'ils accordent au Mabonza [les offrandes] sous prétexte de donner à Dieu. » 

Nsaku Kimbembe Sengele dans le Kabula sur "l'Enfant" (30 janvier 2011).

Caricature © Pat Masioni.
On y voit un Authentique s'étonner de l'attitude du Mendiant. Ce Mendiant qui est l'archétype de l'Africain dont le cerveau a été javellisé par son occidentalisation ou son arabisation.

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