LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE A PROPOS DE LA COMPOSITION DU PANEL DES CINQ PRESIDENTS MANDATES POUR LA COTE D’IVOIRE

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

 

Le 5 février 2011

 

Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine,

 

Compte tenu des enjeux que représente pour le respect du droit international, de la souveraineté de la Côte d’Ivoire, de la Constitution et des institutions ivoiriennes, une sortie de crise pacifique, honorable et équitable, permettez-nous tout d’abord de vous adresser nos vives félicitations pour les efforts inlassables de la Commission de l’Union Africaine en vue d’une telle solution et qui viennent d’être couronnés par la décision de la dernière réunion des chefs d’Etat de l’Union Africaine des 30 et 31 janvier 2011 de mandater un panel de cinq chef d’ Etat à cette fin.

 

Pour le succès tant souhaité de cette nouvelle mission de médiation de l’Union Africaine dans une crise interne d’un pays qui jouit de la souveraineté des pays membres de l’ONU conformément à l’article 2 de la Charte des Nations Unies qui est pourtant  bafoué de manière si arrogante depuis le début de la crise post-électorale ivoirienne, permettez-nous de vous faire part de nos remarques suivantes d’intellectuels africains  engagés,  non-alignés  et non aliénés, de combattants de la justice contre l’injustice, du droit contre l’arbitraire, de la raison contre la raison du plus fort  et d’artisans de Paix .

 

Ce sont ces  principes sacrés que nous venons de défendre dans notre « manifeste à la communauté internationale pour le respect du droit international, le respect de la souveraineté de la Côte d’Ivoire, de la constitution et des institutions ivoiriennes et pour une sortie de crise pacifique, honorable et équitable », en date du 25 janvier 2011, dont nous vous recommandons chaleureusement une lecture attentive et que nous vous prions de recommander à votre tour aux membres de ce panel. Au nom de ces  principes sacrés, nous vous prions également de leur rappeler les exigences de l’honnêteté intellectuelle, du droit, de la justice et de la paix qui les obligent à mettre à plat  toutes les données du problème pré électoral, électoral et post-électoral ivoirien, en particulier à mettre de côté  le dogme de la victoire électorale et de la légitimité d’un des deux protagonistes majeurs de la crise post-électorale ivoirienne et à apporter la  justification recevable et nécessaire aux « positions qu’ils estiment justes » compte tenu de leurs efforts sincères d’investigation et de médiation. Selon nous, c’est ce dogme qui a rendu aveugle et autiste  jusqu’à ce jour la majorité des acteurs de la « Communauté Internationale », au point de piétiner les règles les plus élémentaires du droit international et de faire l’apologie de la guerre pour résoudre un simple différend électoral, au risque de rallumer le brasier de la guerre civile, comme en Angola après le différend électoral de 1992 opposant les candidats à l’élection présidentielle José Edouardo dos Santos et Jonas Savimbi.

 

Toujours au nom de ces  principes sacrés, nous estimons que la source principale de la crise post-électorale ivoirienne actuelle est le non respect par le « facilitateur de la crise ivoirienne », le Président Blaise Campaoré, et par l’ONU de la clause de l’Accord de Ouagadougou de 2007 leur imposant la responsabilité de veiller au désarmement et au cantonnement des rebelles au plus tard  deux mois avant le début de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Nul esprit sain ne peut nier en effet que l’organisation d’une prétendue  élection libre et transparente  dans un pays dont la majeure partie du territoire est sous le contrôle et la menace de bandes armées est une véritable  injure à la démocratie. De plus, c’est un secret de polichinelle que le Burkina est  la base arrière d’armement et d’entraînement des  rebelles talibans ivoiriens depuis le début de la guerre civile ivoirienne en 2002. Pour couronner tout cela, depuis le début de la crise post-électorale ivoirienne actuelle, le Président Burkinabè s’est affiché sur la scène diplomatique internationale comme un des plus fervents zélateurs, avec les présidents nigérians et sénégalais, de la solution militaire. Avec le Président Laurent Gbagbo et le Premier Ministre Alassane Ouattara, le Président Blaise Campaoré est donc l’un des acteurs majeurs de la crise ivoirienne depuis 2002. Son choix comme un des membres du panel de chefs d’Etat mandatés par l’Union Africaine pour résoudre définitivement et pacifiquement la crise post-électorale ivoirienne est donc une violation incontestable d’un autre  principe sacré  selon lequel « nul ne peut être juge et parti ».

 

De plus, pour qu’une personne soit qualifiée comme médiateur entre deux partis en conflit, il est indispensable qu’elle soit acceptée de bon cœur par chacun des partis. Or, la contestation  populaire de cette  qualification du Président Campaoré par le camp Gbagbo a atteint un paroxysme avec la manifestation impressionnante du 5 février 2011 à la place de la République à Abidjan. Avant ce paroxysme, le président Campaoré a déjà fait savoir le 4 février 2011 par ses représentants à Abidjan dans le cadre de sa mission de  facilitateur qu’il renonçait à revenir à Abidjan dans le cadre de sa nouvelle mission confiée par l’Union Africaine, confessant ainsi son  incapacité pratique à exercer sa nouvelle fonction controversée de « juge et parti ».

 

La sagesse romaine nous rappelle que « se tromper est humain, mais persister dans l’erreur est diabolique ». De son côté, la sagesse chinoise nous enseigne que « celui qui a fait une erreur et qui ne la corrige pas en commet une autre ». Nous estimons donc, au nom des  principes sacrés  évoqués au début de notre lettre, en particulier au nom de l’honnêteté intellectuelle, que la Commission de l’Union Africaine a le devoir moral de corriger à temps son  erreur de casting  au sujet de Président Campaoré. Il y va de l’honneur et de la dignité de l’Afrique et de la démocratie. Il y va de la paix et de la sécurité en Afrique dont la Commission de l’Union Africaine porte une lourde responsabilité.

 

Avec tous nos respects.

 

 

 

SIGNATAIRES

 

1) Professeur Molefi ASANTE, USA

2) Professeur Ama Mazama, USA

3) Professeur Martial Frindhetie, USA-COTE D’IVOIRE

4) Docteur Nda Nguessan KOUADIO, TOGO-COTE D’IVOIRE

5) Docteur Guy ALOVOR, FRANCE-TOGO

6) Docteur Abdou MOUSSA, FRANCE-CENTRAFRIQUE

7) Jean-Paul FOUGAIN, Ingénieur, FRANCE-CAMEROUN

8) Honorine GANHOULE, Auditrice, FRANCE-COTE D’IVOIRE

  9) Jean-Charles GOMEZ, historien, FRANCE-BENIN

10) Xavier HOUEZO, cinéaste, FRANCE-BENIN

11) Pascal BONIN, poète-écrivain, FRANCE-COTE D'IVOIRE

12) Marie OKOU, gérante, France-COTE D’IVOIRE

 

 

Commenter cet article