Réflexion : "De l’Homme Noir au MUNTU" - par Minsili ZANGA

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

Réflexion : "De l’Homme Noir au MUNTU"

PHOTOS : DR//WWW.SHENOC.COM

samedi 25 juin 2011, par  Staff Culturefemme

Ma dégustation culturelle de la semaine : Conscience de soi, NOIR, MUNTU, UBUNTU/Ki-MUNTU ? Comme cela se fait de plus en plus pour ceux d’entre-nous intéressés par ces sujets (conscience de soi, culture, société), tout est parti d’une discussion Facebook. Le thème : "Quels sont les équivalents du terme "MUNTU" dans vos langues respectives ?" [1] Ci-dessous, le texte de Nzwamba Simanga [2] et qui jette un regard instructif sur la place que l’Homme "noir/africain" se donne ou se cantonne.

Bonne lecture ! / Minsili ZANGA

"De l’Homme Noir au Muntu"

Muntu dont il s’agit ici c’est "être humain", "l’humain". En effet, en lingala par exemple l’homme (du sexe masculin) est dit "Mobali" et la femme est dite "Mwasi" et l’être humain se dit "Moto" (de Muntu donc) ou autres variantes selon la prononciation. En swahili on a "Mwanaume" pour l’homme (du sexe masculin), "Mwanamuke" pour la femme et "Muntu" pour l’être humain. Ainsi, ça tient son sens quand on parle de l’humanisme en terme de "Kimumtu", "Bomoto", "Bumuntu", "Ubuntu", etc. L’Ubuntu qui est le principe actif du Muntu.

Le problème depuis quelques siècles c’est que les Eurasiatiques nous ont dénié notre côté HUMAIN, il nous ont vidé de notre HUMANITÉ et nous ne sommes devenus que des choses qui sont animées, des choses qui se meuvent. Depuis la rencontre brutale avec eux, nous ne sommes réduits qu’au statut de BIENS MEUBLES. Mais des biens meubles dotés d’une capacité de mouvement, c’est tout. Et comme un chien à qui le maître donne un nom, les Eurasiatiques ont pris l’initiative de nous donner aussi des noms et nous sommes devenus Nègres, Noirs, Africains et bien d’autres curiosités lexicales. Ils ont même poussé leur ambition au point de nous donner les noms de leurs ancêtres pour confirmer notre absence d’humanité et motiver leur désir de domestiquer ce nouvel état de nature dans lequel ils nous précipité. Il est à remarquer qu’il arrive souvent qu’on donne aussi aux chiens des noms chrétiens au début du processus de leur domestication en sachant pertinemment qu’ils ne sont pas humains et tout le monde trouve cela normal et ne s’en formalise guère. Nous sommes donc aussi leurs chiens.

Par conséquent, englués dans les mares de la couleur noire et du noirisme tous azimuts, depuis bien des siècles maintenant, nous ne pourrons JAMAIS sortir de ce cycle infernal dans lequel nous sommes aujourd’hui avec cette intériorisation de laConscience Nègre où nous nous exaltons ces temps-ci. On aura beau faire, nous aurons beau construire des routes et avoir tout le développement que l’on veut mais la Conscience Nègre comme principe actif nous maintiendra dans la Barbarie et on ne cessera pas de détruire compulsivement tout ce qui aura été bâti. Le Rwanda avait des infrastructures plus avancées que le Burundi et le Zaïre de Mobutu et pourtant la Conscience Nègre les a fait sombrer dans la nuit. Qui pouvait penser que la Côte d’Ivoire, pays moteur de la sous-région de l’ouest, allait à son tour sombrer dans la nuit ? C’est pourtant la Conscience Nègre qui a précipité ce pays dans la sauvagerie au point que plusieurs ont même décidé de voter, contre leur propre intérêt, le plus grand assassin financier de notre communauté et père des fameux "ajustements structurels". La Conscience Nègre a entrainé les Ivoiriens à se comporter non pas comme des Citoyens Électeurs conscients des enjeux géopolitiques et géostratégiques, dans le monde, mais comme du Bétail Électoral. Cette Conscience Nègre, inoculée jadis, a été fortement intériorisée dans notre communauté au point de prendre même des décisions qui sont contre nos propres intérêts.

Ceux qui prétendent que construire des routes nous sortira de la Barbarie, ils mentent. Ils mentent car pour le moment nous ne sommes pas encore HUMAIN, nous ne sommes qu’une vulgaire couleur noire, une chose. On n’est pas mieux que le chien à qui on a donné un nom et qui malgré tout n’a jamais changé sa façon de s’asseoir. Les routes et les infrastructures ne sont que chimères car notre problème est avant tout IDENTITAIRE. Qui sommes nous ? Des CHOSES (Nègres, la couleur noire, etc.) ou des HUMAINS (Bantu) ? Le nombre de sujets liés à l’identité ici et là prouve bien que nous sommes encore dans ces préoccupations identitaires là. On se ment donc à soi-même quand on alimente des interminables palabres sur la mondialisation, les routes, les infrastructures ou autres idées chimériques de "développement".

Nous avons l’habitude de paraphraser l’Eurasiatique Juvenal qui dit dans ses satires l’expression suivante : "un esprit sain dans un corps sain". Notre esprit est pourtant pollué et par conséquent notre corps est pourri. Comment est-ce qu’un esprit confus, une Conscience de Nègre, peut-il accoucher de grandes ambitions pour sortir son peuple de la Grande Nuit ? C’est impossible. Cet esprit confus n’est dominé que par des traits psychiques enclin à des mimétismes et ne s’alimente perpétuellement que de ses propres frustrations intarissables. C’est donc en tant que frustré imprévisible qu’il verra aussi une menace dans les ambitions de la femme car le couple est le seul endroit où il peut encore se donner le sentiment d’être dominant. Comme le mâle dominant chez les animaux. C’est donc le problème relié à sa domestication qui rend tous ses horizons confus et le développement économique n’y changera strictement rien. Il est comme drogué.

Les Chinois se sont vite relevés car ils n’ont pas été privés de leur côté HUMAIN. Les Japonais malgré les deux bombes atomiques sur la tête, ont réussi à se relever car ils n’ont pas perdu leur substance HUMAINE. Nous, nous ne sommes restés que des choses animées. On a le statut deNègre lorsqu’on est privé de son HUMANITÉ. Nous n’avons plus d’UBUNTU en nous pour redevenir MUNTU comme jadis. Voilà pourquoi avoir le statut de "Noir" et drastiquement différent d’avoir le statut de "Muntu".

Ce qui nous différencie des Eurasiatiques dans la conception de l’être humain c’est le côté divin. Il n’y a que nous qui avons une conception divine de l’être humain alors que les Eurasiatiques ne l’ont pas. C’est cela qui explique que chez les Eurasiatiques il y a toujours eu des prisons, l’esclave et autres curiosités que les Bantu n’ont jamais expérimentés dans leur Histoire sauf quand ils sont devenus des Nègres. Le Nègre est un Blanc à peau noir, il est comme le chien domestiqué dans un processus perpétuel d’imitation servile de son maître. Le/la Muntu est DIVIN(E) par définition. Voilà la différence fondamentale.

Ainsi, ce n’est pas pour rien que l’on parle ici du Muntu et de la Muntu dans la mesure où nous devons marcher vers ce statut là et introduire en nous cette fois-ci l’UBUNTU pour devenir finalement, après des longs siècles d’errance, un véritable MUNTU, "l’Être Humain par excellence". C’est donc la Conscience Bantu de l’Ubuntu que nous devons nous approprier et qui est par filiation parentée à la Maât pour atteindre l’horizon de la Vérité, la Justice, l’Harmonie, la Droiture, l’Équilibre, etc.

Pour finir, il existe dans la cosmogonie kongo le concept de "Soleil Noir". C’est un soleil invisible qui envoie sans cesse ses énergies au soleil visible qui illumine la terre. On dit qu’il est un générateur de lumière spirituel. Ce soleil noir a un attribut féminin. Il est appelé "Mama wa Ndombi" ou littéralement la "Mère Noire" sans faire pour autant allusion à une quelconque pigmentation. Ce soleil invisible est une mère, "Ntangu". Dans Ntangu, le "NGU" étant la Mère. La lumière de la création étant renfermée dans ce Soleil Noir.

À la lumière de tout ceci, il est temps que l’on redevienne nous-mêmes de tout urgence car il y a des jaloux qui rodent autour de nous et rêvent de notre fin afin de s’accaparer de tous nos biens au nom de l’Universalisme, au nom des Droits de l’Homme, au nom de la Démocratie et au nom d’autres curiosités conceptuelles de même acabit.

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