REFLEXION SUR UNE PHILOSOPHIE AFRICAINE DE LA LIBERATION : L’ABSOLUE NECESSITE POUR LE PEUPLE NOIR DE SE REAPPROPRIER SA RELIGION ORIGINELLE (Part. 1)

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

BWEMBA - BONG 
Membre du Cercle SAMORY (CESAM) 
Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine 
Pour la Renaissance du Peuple Noir 

LA PROPHETIE DU DIEU THOT : 

« Ignores-tu, ô Asclépios, que l'Egypte est l'image du ciel et qu'elle est la projection ici-bas de toute l'ordonnance des choses célestes ? Cependant, il faut que tu saches : 

Un temps viendra où il semblera que les Egyptiens ont en vain observé le culte des Dieux avec tant de piété et que toutes les invocations ont été stériles et inexaucées.  
La Divinité quittera la terre et remontera au ciel, abandonnant  l'Egypte, son antique séjour ; alors cette terre sanctifiée par tant de chapelles et de temples sera couverte de tombeaux et de morts. 
O EGYPTE, EGYPTE ! 
Il ne restera de ta religion que de vagues récits que la postérité ne croira plus et des mots gravés sur la pierre racontant ta piété ». 

(Hermès TRISMEGISTE) 

La problématique de la religion se pose aujourd'hui au sein du Peuple Noir non en terme de choix entre l'Islam, le Christianisme ou encore de « Liberté individuelle », mais véritablement en termes d'aliénation générateur de distorsions et de désharmonie dans la cosmogonie du Peuple Noir. En raison de la nature très profondément religieuse de celui-ci, mais aussi du caractère faussement pacifiste de la colonisation religieuse étrangère par rapport à l'extrême violence visible de la colonisation militaire et économique. 

ISLAM ET CHRISTIANISME : CORTEGE D'HORREUR ET AUTODAFE. 
Les religions sémito-judéo-chrétiennes, Islam et Christianisme avec leur cortège de sectes généralement noyautées par des services secrets, ont toujours constitué et continuent de constituer des points de fixation de la distillation de l'esprit de résignation, de soumission et d'acceptation par notre Peuple de son exploitation par les étrangers et leurs courtiers nationaux placés à tous les postes stratégiques dans notre Pays. En effet, derrière des vaticinations humanistes et universalistes hypocrites de commanditaires anti-Noirs, se tapissent des pratiques cyniques de perpétuation de l'obscurantisme et de destruction des valeurs du Peuple Noir et de sa précipitation par la violence, dans le carcan d'un esclavage édulcoré par les dépositaires du Christianisme comme de l'Islam ou de toute autre forme de religion étrangère au monde noir.  

Or, pour réussir sa REVOLUTION CULTURELLE rendue de plus en plus nécessaire par l'obligation de revenir à son ressourcement à sa culture, le Peuple Noir ne s'aurait plus s'accommoder d'idolâtrie de dieux et de valeurs étrangères : il doit redevenir lui-même

En effet, bien que reconnaissant aux faits culturels étrangers des valeurs propres à leurs mondes, le Peuple Noir ne peut continuer, au IIIème Millénaire, à accepter passivement son aliénation en reniant sa culture ; il ne peut et ne doit accepter les pratiques démagogiques, généralement racistes, qui le détournent de son patrimoine culturel. Il ne peut pas non plus, sous le prétexte d'universalisme, se détourner de ses divinités pour aller s'agenouiller devant un prétendu « vrai Dieu », pourtant inconnu dans son panthéon, avec ses prétendus « vrais prophètes »  dont le regard négatif sur la spiritualité de ses ancêtres est une idéologie. 

S'agissant du Christianisme par exemple, il n'est que de rappeler ses œuvres de razzias sur les Noirs et de colonisation de l'Afrique, de massacres d’Africains, d'extermination d’Amérindiens, de guerres de religion, d'inquisition, de conversions de « païens » par des holocaustes, de compromissions d’hommes d'Eglise dans des privilèges exorbitants, de  récupération mafieuse de biens de défunts en tant que rachat de leurs âmes, de trafics d'influence divers, de collusion de l'Eglise avec des régimes dictatoriaux, de scandales financiers de la Banque du Vatican dans des affaires de possession d'actions et de parts importantes dans les loges maçonniques et filiales des banques européennes colonialistes et néocolonialistes, notamment celles opérant alors en Afrique du Sud au plus fort du régime anti-Noir de l'Apartheid. Toutes ces opérations condensées dans une formidable aberration résumée dans ce qui est communément connu sous l'appellation de « tentation inquisitoire de l'Eglise »

En fait, l'inquisition qui a ses sources dans la tradition des institutions occidentales, fut une pratique de l'Eglise consistant à éloigner celui qui n'adhérait pas à la vision du monde marquée du sceau ecclésiastique ; la victime était alors soit brûlée, soit tuée, soit noyée, soit étranglée ou écartelée et spoliée de tous ses biens. 

Singulières pratiques de la part d'une institution au service d'un Dieu que l'on nous dit Bon, et qu'il ne semble pas inintéressant de comparer avec la philosophie de vie des prêtres de l'Egypte noire, telle que décrite par le philosophe grec Porphyre : « Par la contemplation, ils arrivent au respect, à la sécurité de l'âme et à la piété ; par la réflexion, à la science ; et par les deux, à la pratique de mœurs ésotériques et dignes du temps jadis. Car d'être toujours en contact avec la science de l'inspiration divine exclut l'avarice, réprime les passions et stimule la vitalité de l'intelligence. Ils pratiquent la simplicité dans le vivre et l'habillement, la tempérance, l'austérité, la justice et le désintéressement... Leur démarche est mesurée, leur regard modeste et fixe, sans qu'ils jettent les yeux de tous côtés ; le rire est rare et ne dépasse pas le sourire, leurs mains sont toujours cachées sous leur habit... Quant au vin, les uns n'en prennent point, les autres fort peu, car, disent-ils, le vin nuit aux veines, et, en embarrassant la tête, il détourne de la spéculation »[1]   

On ne peut donc que comprendre le philosophe allemand Friedrich Nietzsche qui écrit contre l'Eglise chrétienne : « J'en arrive à ma conclusion et j'énonce maintenant mon verdict : je condamne le christianisme, j'élève contre l'Eglise chrétienne l'accusation la plus terrible qu'un accusateur ait jamais prononcée. Elle est pour moi la pire des corruptions concevables, elle a voulu sciemment le comble de la corruption possible. La corruption de l'Eglise chrétienne n'a rien épargné, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de toute vérité un mensonge, de toute sincérité une bassesse d'âme (...). J'appelle le christianisme l'unique grande malédiction, l'unique grande corruption intime, l'unique grand instinct de vengeance, pour qui aucun moyen n'est assez venimeux, assez secret, assez souterrain, assez mesquin. Je l'appelle l'immortelle flétrissure de l'humanité »[2].
[1] Friedrich Nietzsche : L'Antéchrist,  Gallimard, Paris 1974, pp. 118-120
[2] Porphyre, de abst. IV, 6 - 8.  

Certes, pour absoudre tous les crimes commis par l'Eglise chrétienne, le Chrétien peut toujours justifier ceux-ci, l'inquisition notamment, comme une protubérance dans l'histoire de l’Eglise ; faisant de l'Inquisition juste un moment d'égarement dans l'histoire de l'Eglise chrétienne. Ce faisant, le chrétien qui se met dans une telle situation adopte simplement une attitude dite archéologique, par ce que décrétant que le phénomène inquisition n'est pas scandaleux, puisqu'explicable dans le temps et dans l'espace où il s'est produit. 

Ce point de vue archéologique qui est dit aussi synchronique met en un rapport plus ou moins dialectique un phénomène historique avec la tranche d'histoire qui l'a vu naître, se développer et mourir. Or, dans le cas précis de l'inquisition, cette attitude est peu crédible pour deux raisons au moins. D'abord, parce que l'institution inquisitoriale ne dura pas moins de six siècles (du XIIIème au XIXème siècle) ; ensuite parce que la thématique, les arrière-fonds idéologiques et conceptuels qui ont rendu possible cette institution ne peuvent pas être considérés comme écartés de l'Histoire de l'Humanité ; donc, restent toujours actuels. 

De fait, si la tentation inquisitoriale reste d'actualité, c'est bien qu'elle est latente et constitue  l'essence même de la religion chrétienne monothéiste. Il n'est que de se référer aux activités et aux prises de position politico-idéologiques du Vatican, pour se  convaincre de l'évidence de cette permanence de la nature inquisitoriale de l'Eglise Romaine. 

Aussi, pour Sala-Molins, par exemple, pour implanter l'inquisition, l'Eglise n'a eu nul besoin de tricher avec l'attirail idéologique qu'elle s'est forgé. Il lui a suffit de suivre l'esprit et la lettre des textes bibliques et autres. En conclusion, l'Inquisition qui est inhérente à l'idéologie du Christianisme, a eu un impact énorme : « Des centaines de milliers de morts, des générations entières d'abrutis dans tous les Etats d'Europe où le droit civil n'a pas renvoyé le droit canon à ses sphères ecclésiastiques. Pourquoi parler d'abrutis ? Mais il suffit de penser à la censure. L'Eglise restreint la circulation des textes, des livres dans presque toute l'Europe. Ainsi, en Espagne par exemple, la censure canonique, soutenue par la censure royale, a filtré tous les textes ayant trait au protestantisme. L'Eglise limite la diffusion des connaissances et bloque ainsi l'évolution culturelle »[3]
[3] Voir Louis Sala-Molins : Manuel des inquisiteurs, Ed. Mouton ; le Dictionnaire des  inquisiteurs, Galilée : La Loi, de quel droit ?, Flammarion et Le Code Noir ou le Calvaire de Canaan,  P.U.F. 1987

 En ce qui concerne ce blocage de l'évolution culturelle de l’Europe par l'Eglise, quelques dates relatives à ses entreprises impérialistes méritent d'être rappelées : « An 54 St Paul à Ephèse fait un autodafé de tous les livres qui traitent de « choses curieuses »

 * IIIème siècle, les empereurs chrétiens d'Occident, en gigantesques autodafés, brûlent et détruisent les merveilles du monde antique dont le Temple de Diane à Ephèse, et les archives qualifiées païennes. L'histoire véritable du monde sombre dans cette entreprise criminelle. 

 * 490. Deuxième incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie par les Chrétiens. 

 * 789, Charlemagne reprenant les décrets des conciles d'Arles, de Tours, de Nantes, de Tolède, interdit le culte des arbres, des pierres, des fontaines, et prescrit la destruction de tout objet ou document se rapportant au rite païen. 

 * XIIIème siècle, les Catholiques détruisent les livres des Cathares. 

 * XVIème siècle, les conquistadores chrétiens et l'Evêque Diego de Landa, détruisent la quasi-totalité des livres sacrés des Mexicains »[4].


[4] Robert Charroux : Le Livre des Maîtres du Monde,  Robert Laffont, pp. 112-113.

Ces méthodes scélérates de l'Eglise n'ont du reste pas seulement été manifestées au cours de ces siècles reculés. Pendant la période du colonialisme direct en Afrique Noire, ceux qui se sont fait appeler missionnaires (envoyés par on ne sait quel Dieu pour une mission pour le moins peu humanitaire), ont, non seulement détruit les sanctuaires et statuaires africains, mais ils ont même, par la violence, interdit à leurs ouailles de poursuivre la pratique du système éducatif traditionnel qui permettait de s'intégrer à la vie sociale. Les pratiques initiatiques, véritables institutions pédagogiques de la société traditionnelle ne pouvaient dès lors plus jouer leur rôle qui consistait à instruire l'enfant des mythes, des secrets de l'Univers, de l'Histoire des Peuples et de la Destinée de l'Homme

« Les missionnaires ont unanimement combattu les pratiques initiatiques, interdisant sévèrement l'accès des camps aux chrétiens et aux  catéchumènes, excluant des écoles les élèves qui s'y soumettaient. C'est ainsi que face au yondo tchadien, les premiers missionnaires baptistes adoptèrent une attitude de rejet sans compromis possible, voyant une incompatibilité radicale entre cette initiation et le christianisme, amenant ainsi les convertis à s'isoler du reste de la population et à souffrir d'un douloureux sentiment d'infériorité en face de ceux qui pouvaient bénéficier pleinement des rites qui font les Saras authentiques. Ce n'est que récemment que la jeune communauté catholique reconsidéra l'attitude devenue traditionnelle chez les chrétiens et accepta le yondo pour sa valeur éducative et sociale, tout en recherchant une solution de compromis sur le plan proprement religieux »[5]
[5] Erny P. : L'Enfant et son Milieu,  Payot, p.276.
Dans un article intitulé Religion ou colonialisme ?, l'ancien secrétaire général de l'Union des Populations du Cameroun (U.P.C.), le regretté Um Nyobe, assassiné par la France et ses agents Camerounais en 1958, évoquait en son temps deux déclarations de personnalités politiques françaises, Louis XV et Napoléon, qui mettent en lumière la stratégie française d'asservissement du Peuple Noir par l'Eglise interposée. 

A propos du rôle de l'Eglise dans le maintien en esclavage des Africains, Louis XV mandait au gouverneur de la Guyane et à celui de Saint-Domingue « La religion doit fixer les premiers regards sur l'administration. C'est surtout par le fait qu'elle impose que peuvent être contenus les esclaves... Nécessaire à tous les hommes, elle l'est plus dans les colonies peuplées d'esclaves qui ne peuvent être contenus que par l'espérance d'une meilleure vie ».  Quant à Napoléon, il déclarait le 22 Mai 1804 en séance du Conseil d'Etat : « Mon intention est d'établir la maison des missions étrangères. Ces religions me seront très utiles en Asie, en Afrique et en Amérique ;  je les enverrai prendre des renseignements sur l'état des populations. Leur rôle les protège et sert à ouvrir les desseins politiques et commerciaux... Ils coûteront peu, et sont respectés et, n'étant revêtus d'aucun caractère officiel, ils ne peuvent compromettre le gouvernement, ni lui occasionner des avanies »[6].
[6] in Peuples Noirs / Peuples Africains, n° 29, Septembre - Octobre 1982, p. 53.

 

Elle est longue la liste des atrocités et des actes de barbarie commis par l'Eglise chrétienne en Afrique Noire où elle n'est toutefois pas seule à en avoir le monopole. L'Islam n’a pas, pour sa part, manqué d’en perpétrer parce que les deux religions se fondent sur le même principe du Dieu unique et de leur possession de la vérité absolue Comme illustration de cette prétention à la vérité absolue, il n'est que de rappeler les raisons avancées par l'Islam pour justifier l'esclavage des Noirs « La réduction en esclavage des Noirs et leur exportation dans les pays méditerranéens et du Moyen-Orient continuèrent, justifiées par l'argument, de plus en plus discutable, qu'ils étaient des idolâtres et qu'alors la guerre contre eux était JIHAD, « guerre sainte », et que les prisonniers pouvaient être réduits en esclavage. Dans la mesure où, pour un musulman, seule la JIHAD [7] pouvait fournir légalement des esclaves, il devenait nécessaire de qualifier chaque raid de JIHAD ».  


Le Coran dans une main, l'épée dans l'autre, les cavaliers arabes et leurs complices africains convertis à l'Islam, se lancent à l'assaut de l'Afrique. L'esclavage des Noirs pratiqué par le Moyen-Orient et l'Occident fut donc mené sous le couvert de l'Islam et du Christianisme. Si l'Occident dût l'abolir formellement en 1848, le Moyen-Orient et l'Islam n'en vinrent, à l'édulcoration de l'institution que bien longtemps plus tard : « L'abolition de l'esclavage lui-même eût difficilement été possible. D'un point de vue musulman, interdire ce que Dieu autorise est une offense presque aussi grande que de permettre ce que Dieu interdit et l'esclavage était autorisé, et réglementé par la loi sacrée... C'est des quartiers religieux conservateurs et principalement des villes saintes, telles que la Mecque et Médine, que vinrent les résistances les plus farouches aux propositions de réformes. La levée des saints hommes et des villes saintes, comme derniers bastions de l'esclavage, contre la réforme n'est paradoxale qu'en apparence. Ils défendaient une institution sanctifiée par les Ecritures, la loi et les traditions et qui était à leurs yeux nécessaire au maintien de la structure sociale de la vie musulmane... L'esclavage fut formellement aboli en 1906 par la Constitution de l'Iran, en 1962 en Arabie Saoudite, et en 1980 en Mauritanie »[8].

[7] Bernard Lewis : Race et Couleur en Pays d'Islam,  Payot, p. 103; (Souligné par l'auteur).

[8] Bernard Lewis, op. cit.,  pp. 97 et 103.


 

Il reste que, malgré ces proclamations officielles, des razzias d'Africains continuent dans certaines régions d'Afrique Noire, CamerounNigeria, etc.  avec la complicité des régimes néocoloniaux. 

 

RELIGION MONOTHEISTE ET PARTI UNIQUE AFRICAIN

En fait, la religion monothéiste sémito-judéo-chrétienne est une idéologie reposant sur la même virulence que le Parti unique africain qui a érigé la violence en idéologie. Or, pour comprendre le fondement d'une idéologie, il faut aborder celle-ci de deux façons : d'une part, à partir de ses manifestations dans son déroulement historique, et d'autre part, à partir de son contenu. Ainsi, pour ce qui est du premier aspect, le plus visible parce que constitué de massacres, il suffit de se pénétrer de l'évidence qu'à partir du moment où une institution prétend être représentante ou détentrice de la vérité universelle, elle se convainc de sa supériorité à tout le reste. En elles, s’enracinent une théorie et une pratique totalitaires : le prétendu témoin du vrai ne tolérera pas l'Autre ; il réprimera l'étranger et l'étrange.

Ses agressions et ses conquêtes seront justifiées par ce sentiment qu'il a d'être en possession de la VERITE ABSOLUE  qu'il se donne pour mission d'imposer à l'Autre, malgré ce dernier. Toute cette opération d'oppression par le Parti unique africain et par la religion monothéiste, l'Islam et le Christianisme, menée sous des justifications de stabilité des institutions pour le premier et de mission divine, pour le second, sont en réalité un refus dissimulé de la différence. La vérité universelle qu'ils prétendent détenir l'un comme l'autre, n'étant qu'une mystification. Aussi, ces institutions, pour s'imposer, ne peuvent que recourir soit à la ruse, soit à la violence. Il est alors compréhensible qu'aujourd'hui en Afrique Noire, l'Islam et le Christianisme trouvent un allié de choix en le régime politique aux ordres de l'Etranger. 

 

C’est dans cette logique qu’au Kamerun, l’U.C.-U.N.C.-R.D.P.C., machine infernale d’Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, les deux idéologues de l’antipatriotisme, de l’anti indépendantisme, et du pro colonialisme, qui ont combattu l’indépendance du Kamerun aux côtés des troupes française, au cours de l’un de leurs séminaires de formation des cadres de parti unique tenu du 1er au 6 août 1961 à Yaoundé, Samuel Kame, un de leurs conseillers politiques, ne manqua pas d’enseigner à leurs disciples que :  

 

« Nous (l’UNC) pouvons définir l’adversaire politique comme étant toute formation, tout parti opposé qui nourrit toute opinion contraire à la notre. 

 

La forme la plus élémentaire et la plus rentable pour combattre un parti adverse, ce n’est pas d’attaquer tous ses membres à la fois, mais de concentrer vers une personne, la plus importante, la haine que l’on porte à ce parti.Il ne faut jamais reconnaître ses propres erreurs, mais dissimuler et truquer les nouvelles favorables à l’adversaire… A la limite, faire prédominer un climat de force. Dans une situation comme la nôtre, cela consiste à organiser des milices composées de jeunes gens des deux sexes. Ne pas hésiter, à cet égard, à copier les méthodes fascistes »[9].

[9]. In Abel Eyinga, Mandat d’arrêt, L’Harmattan, p.204.

A contrario, comme on le voit pour le parti unique et néocolonial de Paul Biya, toute idée non conforme à sa philosophie d’organe d’inquisition du pouvoir, est considérée comme subversive, comme l’est tout comportement ou toute pensée non assujettie à la dictature religieuse des congrégations monothéistes chrétienne ou musulmane. 

S'agissant de son contenu, l'institution religieuse monothéiste interpelle par son sens de la mystification déguisée en mystère. Dans sa forme chrétienne par exemple, en détruisant les livres sacrés et les textes non chrétiens, elle autorise à penser qu'elle a cherché à camoufler une vérité qui n'est pas d'elle. Mais, il convient de rechercher la vraie stratégie de l'Eglise dans le fait surtout que, de Jésus le Christ, nul ne détient le moindre texte connu, alors que dans le même temps, il est censé avoir séjourné longtemps en Egypte noire, alors lieu Sacré et temple du Savoir et des Mystères. Ce qui ramène en surface, les questions sur les Temples égyptiens dans lesquels Jésus et ses parents ont été accueillis, le temps qu'ils y ont séjourné, et à voir  enfin les véritables emprunts que l'Eglise Chrétienne a fait aux religions qui lui sont antérieures. A la religion égyptienne notamment[10].

 

Il est en effet connu que la Doctrine du Verbe divin fut enseignée avant Jésus par les prêtres d'Osiris en Egypte, par Krishna en Inde, par Orphée et Pythagore en Grèce. En outre, il ne semble pas peu intéressant de s'interroger sur ce que Jésus a emprunté aux Esséniens. A cette foule de questionnements s'ajoutant les faits que, comme ses prédécesseurs héliopolitains, le mystique Akhenaton (Akannti), 4ème souverain de la XVIIIème dynastie égyptienne, avait déjà enseigné le culte du Dieu unique en 1350 avant Jésus Christ, que la Trinité n'est qu'une copie de la Triade Osirienne, que la madone Marie allaitant l'enfant Jésus est directement issue de l'iconographie d'Isis allaitant Horus. Enfin, que le culte des dieux secondaires du polythéisme trouve son plagiat dans celui des saints et des reliques. 

[10] Voir notamment M. Laperruque : De l’Egypte ancienne à la Bible, Lauzeray International, 1977.  

 

Ce sont là certes des observations avérées qui suscitent des polémiques au sein même de l'Eglise ; pourtant, les documents qui ont pu échapper aux autodafés organisés par l'Eglise chrétienne existent bel et bien et peuvent apporter des réponses, bien qu'ils aient en grande partie été falsifiés, à l'instar de la Bible qui est elle-même mutilée de plusieurs textes compromettants pour la Grande vérité de l'Eglise. Dans un tel contexte, l'histoire des Evangiles n'est pas de nature à faciliter une juste et bonne compréhension des textes :  

« Les évangiles, on le sait, ne datent pas de l'époque de Jésus, ils ont été rédigés, pour leur grande partie, entre 66-74 et 132-135, c'est-à-dire entre les deux périodes où la Judée tentait de réagir contre les rigueurs de l'autorité romaine. Mais leurs sources avaient évidemment des origines plus anciennes : documents écrits, puis disparus dans la tourmente générale, et traditions orales surtout celles-ci, en la circonstance, se perpétuaient par des récits de seconde, troisième, voire quatrième main, donc forcément détournés dans un sens ou dans l'autre, ou bien ne pouvaient avoir pour bases que des souvenirs personnels d'individus ayant connu Jésus. L'ayant rencontré ou ayant assisté à la crucifixion et ayant dû par la suite faire appel à leur seule mémoire »[11]. 

[11] M. Baigent, R. Leigh et H. Lincoln : L'Enigme Sacrée,  Pygmalion France Loisirs 1984, pp. 290-291.

L’ENSEIGNEMENT NECESSAIRE A DISPENSER AU PEUPLE NOIR 

L'Histoire du Christianisme et de l'Islam, les controverses et les questions religieuses doivent être enseignées à nos compatriotes qui, où qu'ils soient implantés dans le monde, ont décidé de confier le sort de leur vie religieuse non seulement à des prophètes étrangers, mais, et surtout, à des religions qui méprisent la race noire et la considèrent comme un troupeau d'esclaves. Alors que les compatriotes de ces prophètes font régner le terrorisme d'Etat sur le monde et que les représentants de l'Eglise chrétienne, tout en se proclamant détentrice de la vérité et prônant la pauvreté, se vautrent dans un luxe insolent dont les magnificences du Vatican ne sont que l'infime partie apparente des richesses accumulées à travers la spoliation de l'Humanité.

Spoliation dont celle des Noirs et des Indiens notamment, suscite toujours des interrogations qui n'ont cessé de secouer l'Eglise, ramenant du même coup à la surface, la suspicion légitime qui pèse sur celle-ci dans sa prétention à la mission humaniste du Christ, lequel reste lui-même sujet de controverse quant à son origine divine : « Il est vrai que, lors de ton baptême par Jean dans le Jourdan, tu allègues qu'à ce moment précis une ombre d'oiseau descendit sur toi du haut des arcs et qu'une voix céleste te salua au nom du Fils de Dieu. Mais, quel témoin digne de créance a vu ce fantôme ailé ; qui a ouï cette céleste voix qui te saluait du nom Fils de Dieu[12], qui ? Si ce n'est toi et, s'il faut t'en  croire, un de ceux qui ont été châtiés avec toi ... »[13].

[12] Celse : Discours Vrai Contre les Chrétiens, 1965, p. 46. Souligné par J.J. Pauvert.
[13] Celse : op. cit, p. 46.

« Si Jésus voulait faire éclater réellement sa qualité de Dieu, il fallait qu'il se montrât à ses ennemis, au juge qui l'avait condamné, à tout le monde. Car, puisqu'il avait passé par la mort et au surplus qu'il était Dieu, comme vous le prétendez, il n'avait rien à redouter de  personne ; et ce n'était pas apparemment pour qu'il cachât son identité qu'il avait été envoyé. Au besoin même, pour mettre  sa divinité en pleine lumière, aurait-il dû disparaître subitement de dessus la croix. Quel messager vit-on jamais se dissimuler au lieu d'exposer l'objet de sa mission ? .... Son supplice a eu d'innombrables témoins ; sa résurrection n'en a eu qu'un seul. C'est le contraire qui eût dû avoir lieu. Et que dire de ses « malheur à vous », <je vous annonce>. A user de tels procédés, il avoue bien, qu'il est impuissant à persuader, et ces moyens ne conviennent guère à un Dieu, pas même à un homme de sens »[14].

[14] Celse : op. cit., p. 61-62.

Mission peu précise, message ambiguë, témoignages visuels et auditifs rares, telles sont résumées les difficultés que soulèvent Jésus et les textes qui racontent sa vie. Mais Jésus a-t-il l'excuse de la jeunesse quant à l'imprécision de son langage ? Pour le philosophe allemand Friedrich Nietzsche : « Il est regrettable que Jésus n'ait pas vécu plus longtemps, il serait peut être devenu le premier renégat de sa doctrine, il aurait même peut-être appris à rire et il aurait pleuré moins souvent »[15]. 

[15] F. Nietzsche : Aurore, Fragments Posthumes, Œuvres Philosophiques Complètes,  Gallimard, p. 134.
To be continued ...

 

 

 

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