REFLEXION SUR UNE PHILOSOPHIE AFRICAINE DE LA LIBERATION : L’ABSOLUE NECESSITE POUR LE PEUPLE NOIR DE SE REAPPROPRIER SA RELIGION ORIGINELLE (Part 2)

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

AKOBEN war horn Corne de guerre vigilance, warines

 

BWEMBA BONG

Membre du CERCLE SAMORY (Cesam)
Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine 
Pour la Renaissance du Peuple Noir 

 

Hélas, Jésus est mort très jeune, à l'âge de 33 ans, après seulement 3 ans de ministère public. Or, cette jeunesse rend suspect la prise au sérieux de son message qui s'adressait alors dans son actualité à une société fondée sur le respect de l'âge, pour qui, à 33 ans, on était encore un enfant : physiquement et intellectuellement.

D'autant que, s'agissant du monde noir, on savait déjà que l'Homme est l'image de Dieu et vice-versa. Aussi, dans une société comme l'était déjà la société noire, fondée sur le communautarisme et la sociabilité : la Non-violence – la Charité – l’Amour du Prochain, déclamer qu'il faut s'aimer les uns les autres, que autrui est le prochain, qu'il faut pratiquer la charité et que les riches doivent être humblesaurait juste permis de faire se tordre de rire les plus jeunes des sages, de tels préceptes étant valables seulement dans une société individualiste où l'égoïsme et l'exploitation de l'Autre sont inscrits au coeur même des pratiques quotidiennes : ruse, violence, prédation. C'est ce triptyque de vie qui a permis au monothéisme d'origine sémite de se développer en Occident et de se greffer harmonieusement dans le monde européen.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les religions monothéistes intolérantes, l'Islam et le Christianisme, se soient trouvées au cœur de la spoliation des peuples dont elles entreprenaient la domination ; le Peuple Noir en particulier. Aussi, l'argument qui confirme à satiété l'aliénation de nombreux sujets de notre Peuple dont l'objection simpliste selon laquelle la pratique religieuse est une affaire personnelle, manque de suite. Car, il n'est pas difficile de le démontrer, il n'y a que des éléments du Peuple Noir qui se jettent goulûment dans les idéologies d'autres peuples ; que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine religieux. La frontière entre les deux dans l'aliénation étant par ailleurs difficilement discernable.

Quand le Chrétien occidental s'offusque à l'idée qu'on bâillonne la liberté du cultec'est parce qu'il se trouve en face de l'Autre qui défend sa société contre l'invasion impérialiste de l'Eglise chrétienne. Le musulman ne réagit pas autrement face à un refus d'allégeance à l'Islam. C'est bien parce que le chrétien (occidental) ou le musulman (arabe), tous deux fils d'Abraham, se proclament porteurs de la vraie religion et de la vérité universelle qu'ils s'insurgent contre toute remise en cause de cette « norme divine ».

Il est peu probable, que ce musulman ou ce chrétien, veuillent jamais devenir polythéistes ; ou, à la rigueur, Bouddhiste. En tout état de cause, c'est toujours le Noir, culturellement et spirituellement inexistant, qui en est à embrasser la religion des autres. Or, l'adhésion d'un peuple à la religion d'un autre peuple est une manifestation de faiblesse et de désarroi. Dans le cas du Peuple Noir qui adhère généralement à la religion de peuples qui ont fait intrusion dans sa vie spirituelle par la violence et le mépris, être musulman ou chrétien, est le signe, d'une personnalité, particulièrement érodée et sans consistance, gorgée de complexes d'infériorité, de mépris et de dégoût de soi et de l'acceptation de la soumission et de l'auto suicide.

Les Occidentaux dont la culture est fondée sur la violence et qui ont un souverain mépris pour les peuples non-violents considérés comme faibles, ne cessent de flatter les Africains pour qu'ils conservent cet état d'esprit qu’ils désignent comme la sagesse, par esprit de cautèle et qui leur permet de continuer à les dominer.

La vérité qui ramène toujours chacun à sa propre réalité, nous assène chaque jour cette leçon à travers les opérations militaires de la France,  par exemple, qui, pour maintenir au pouvoir dans notre Pays, des aventuriers marqués de son sceau, se pare tantôt du manteau de son devoir de protection à ses ressortissants,  tantôt de celui de ses  responsabilités vis-à-vis de  ressortissants  européens en son pré-carré, en intervenant militairement en Afrique Noire avec une liberté qu'elle ne s'avise jamais de prendre avec d'autres pays. Comme cela s'observe aujourd'hui pour les pays arabes où le Groupe Islamique ne se contentent des groupes armés pas seulement de menaces contre des Français ou d'autres ressortissants européens, mais en exécute régulièrement, sans pourtant que la France agisse autrement qu'en recommandant à ses ressortissants de rentrer dans leur pays ; ou encore,  à ceux qui voudraient se rendre sur ces territoires de s'abstenir de le faire.

Qui ne voit alors dans ces libertés d'incursions armées officielles, ajoutées à celles périodiques de mercenaires comme Mr Bob Denard qui se fit jadis le chef de file, et dans la présence de multiples bases militaires françaises en Afrique Noire, la manifestation affichée du mépris de la France pour les Nègres et leurs structures étatiquesau reste mises en place par elle, à travers ses juristes, géniteurs de la plupart, sinon de l'ensemble des prétendues Constitutions des néocolonies françaises d'Afrique Noire ?

Tel Dieu, tel peuple, tel peuple, tel Dieu : le Dieu d'Abraham étant un Dieu de violence, les peuples descendants d'Abraham ne peuvent être que des peuples violents. Quelle qu'en soit la branche : la judéo-chrétienne comme l'arabo-islamique, qui tiennent l'une et l'autre la race noire pour une nation d'esclaves ... Aussi, est-ce  une véritable agression caractérisée contre notre Peuple,  que de voir aujourd'hui le Soudan, terre des pharaons noirs devenir terre d'intégrisme islamique où la femme noire, jadis symbole de beauté et de liberté est voilée et bâillonnée, de même que d'entendre Louis Farrakhane proclamer que les Africains des Etats-Unis constituent la"NATION DE L'ISLAM". Et, empruntant à la culture arabe le regard qu'elle porte sur la Femme,  décréter que celle-ci est inférieure à l'homme.  Alors même que, dans l'Afrique Noire pré-arabe et pré-occidentale, le système matrimonial était fondé sur le matriarcat[16].

A regarder de plus près la marche du Monde telle qu'imprimée par la cadence du plus apte à tuer froidement par puissance militaire interposée, la religion du plus fort est toujours la vraie religion, donc la meilleure ; par exemple, les religions monothéistes intolérantes, l'Islam et le Christianisme, qui divinisent l'impérialisme des fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob :

« L'Eternel, ton Dieu te fera entrer dans le pays qu'il a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac, et à Jacob, de te donner. Tu posséderas de grandes et bonnes villes que tu n'as point bâties, des maisons qui sont pleines de toutes sortes de biens et que tu n'as point remplies, des citernes creusées, des vignes et des oliviers que tu n'as point plantées ... lorsque tu mangeras et te rassasieras, garde-toi d'oublier l'Eternel, qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de la servitude »[17]. Ce qui n'empêche pas Lewis Hanke de s'échiner à présenter la Chrétienté comme mue par des principes de justice[18]. Jean Dumont ne dit pas autre chose, qui écrit au sujet de l'intrusion de la religion catholique dans la société indienne d'Amérique : « La fusion heureuse de deux civilisations est allée de pair avec le respect de la dignité humaine. Car furent totalement éradiqués les guerres sacrificielles, l'anthropophagie, les massacres entre tribus ... »[19].  (on rencontre parfois de drôles d'affirmations dans les livres, les revues et les journaux).

Quant au Coran, il précise : « Ton Seigneur n'a détruit aucune nation sans qu'il ait envoyé dans sa métropole un apôtre chargé de lui réciter ses commandements. Nous n'avons exterminé que les villes dont les habitants étaient impurs »[20].

Pour un peuple responsable, comme devrait être le Peuple Noir cette équation demeure inadmissible et inacceptable ; d'où, la nécessité pour lui de revenir à la spiritualité de ses ancêtres.

[16] La création de la femme est presque passée sous silence. On révèle au passage qu’elle fut tirée d’une « Côte » de l’homme. Cette attitude   du rédacteur est normale, quand on connaît la condition inférieure de la femme dans la société hébraïque. C’est le contraire en Egypte, pays du matriarcat : In M. Laperruque, op.cit., p.63.

[17] Deutéronome, ch. 6, V. 10 à 12.

[18] Lewis Hanke : Colonisation et Conscience Chrétienne au XVIème siècle, Plon, 1957, p. 201 notamment.

[19] Jean Dumont : L’imposture de Valladolid, cité par Jacques Heers dans Le spectacle du Monde, p.93 à 96, n° d’Octobre 1995.

 [20] Le Coran, Sourate XXVIII, l'Histoire, Verset 59.

 

SPIRITUALITE AFRICAINE : RELIGION ET MYTHE VRAI

Le souci de la société africaine dans son essence, c'est l'individualité. Non pas l'individualité séparée radicalement du Monde, mais celle dans sa communion avec le Monde et la Nature. Aussi, pour elle, le premier symbole de la consubstantialité de l'Homme et de la Nature est-il le Sphinx, composé de Taureau, de Lion, d'Aigle et d'Homme : la Nature dans sa véritable unité. La symbolisation des quatre éléments de la science occulte : la Terre, l'Air, l'Eau, le Feu.

Dans cette perception, l'Homme et la Nature ne constituent pas deux isolats inconciliables. En effet, si l'origine animale de l'Homme n'est pas niée, son origine divine non plus n'est pas oubliée. Dans la pensée africaine, Dieu après avoir crée l'Homme et l'Univers, s'est retiré dans le Ciel, laissant à l'Homme la liberté d'administrer le monde.

La croyance en un Dieu Suprême est certes attestée dans la Religion Africaine, mais il ne s'agit ni d'un Dieu esclavagiste comme le Dieu musulman, ni d'un Dieu haineux comme le Dieu chrétien. « Tu craindras l'Eternel, ton dieu, tu le serviras, et tu jureras par son nom. Vous n'irez point après d'autres dieux, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, car l'Eternel, ton dieu, est un dieu jaloux au milieu de toi. La colère de l'Eternel, ton dieu, s'enflammerait contre toi, et il t'exterminerait de dessus la terre » [21]

Il n'est pas ce Dieu menaçant du peuple d'Israël ni celui de l'Islam : « Peu s'en faut que la foudre ne les prive de la vue ; lorsque l'éclair brille, ils marchent à sa clarté ; et lorsqu'il verse l'obscurité sur eux, ils s'arrêtent. Si Dieu voulait, il leur ôterait la vue et l'ouïe, car il est tout puissant. O hommes ! adorez votre Seigneur, celui qui vous a crées, vous et ceux qui vous ont précédés. Craignez-moi » [22]
Le Dieu africain est un Dieu qui n'a pas d'exigences particulières. Cependant, il a délégué des pouvoirs à d'autres dieux ; les dieux secondaires (les apôtres chez les chrétiens), plus près des hommes. C'est à eux qu'il revient de recevoir les prières de protection et les doléances des hommes qu'ils sont à même de mieux comprendre. Le Panthéon de l'Homme africain est ainsi peuplé d'une multitude de dieux, en fonction des forces de la Nature et des activités humaines. Ce polythéisme africain est attesté par Georges Barbarin dans son analyse du sphinx : « Le prototype du Grand Sphinx n'est ni un enfant de Japhet[23], ni un enfant de Sem[24], mais un enfant de Cham[25], peut-être Nemrod[26] lui-même. Le premier Pharaon et le Pharaon Essentiel. Ensuite, on évoque une sorte de Daah, spiritualisé dans la matière, ou l'ancêtre de Cro-Magnon, resté prognathe avec le front droit... Le Grand Sphinx, Harmakis-Rê ou Rê-Harakhti, serait donc la figuration cachée de l'Unique, du seul Grand, du Dieu des Dieux Egyptiens »[27]
[21] Deutéronome, Ch. 5 V. 13 à 15.
[22] Sourate de la Génisse. V. 19
Dans le polythéisme africain, aucun Dieu ne peut prétendre à la primauté sur les autres Dieux, tant les besognes terrestres auxquelles ils sont préposés sont elles-mêmes diverses. Cette religion Africaine est doublée d'animisme : tout Etre ou tout objet, l'eau de la rivière comme le poulet qu'on sacrifie, contient une parcelle de l'esprit universel ou de la force vitale. Certains aliments, certains animaux ou certains rites augmentent ou diminuent cette force. D'où le recours à la magie, aux amulettes et aux sacrifices pour se prémunir contre la colère des forces occultes et conférer l'assurance pour l'action.
Le spiritualisme intégral de l'Africain est ainsi fondé sur la présence totale de Dieu en toute chose, et ne peut qu'avoir un très grand respect pour la Vie et la Nature. Ainsi, le culte des ancêtres, le caractère sacré et inaliénable de la terre, la réprobation générale du suicide, sont les conséquences de cette attitude envers la vie. Chaque Africain est imprégné de cette religion. Mais, des prêtres, des castes ou des sociétés secrètes étaient chargés d'enseigner au Peuple les mystères de la vie : les rites initiatiques eux-mêmes étaient l'occasion de délivrer le Savoir aux non-initiés et aux jeunes. Il est cependant à déplorer que cette transmission desconnaissances n'ait plus lieu. Les invasions étrangères qui ont déferlé sur l'Afrique depuis l'occupation étrangère de l'Egypte Ancienne, ayant éliminé ces maîtres de la connaissance ; ensuite, la colonisation avec sa cohorte de religions monothéistes intolérantes ont interdit entre autres, l'accès des forêts sacrées à leurs ouailles et à leurs nouveaux convertis, lorsqu'elles n'avaient pas purement et simplement détruit les sanctuaires et les temples africains.

Le système éducatif africain, en s'effondrant, a ainsi laissé sombrer la substance même de toute société humaine : le Savoir ésotérique et ses rites initiatiques. Si bien que, de nos jours, la religion traditionnelle africaine non seulement n'a pas été vivifiée par les secrets de l'Univers connus des Maîtres du Savoir, mais, fait aggravant, a croulé sous le dénigrement. En conséquence de quoi, il s'est installé au sein du Peuple Noir, une crise très grave de la conscience traditionnelle, conscience tournée désormais vers la pratique magique et l'adoration des formes du sacré immédiatement perceptibles. Alors que dans la société africaine précoloniale, la statuette était soit un réceptacle de la force universelle, soit un médiateur entre les hommes, Dieu et les dieux secondaires, cette même statuette est devenue aujourd'hui le principal objet d'adoration... Il y a dès lors nécessité de rétablir ce courant rompu par la non-communication du savoir ésotérique.

 La nouvelle société africaine qui devra se construire tout au long du IIIème Millénaire, aura à introduire dans on système éducatif, l'enseignement des mythes et des contes dont il est certain qu'ils revitalisent le savoir ésotérique et sont, en fin de compte, l'expression de la philosophie d'une société.

A cet égard, l’Afrique Noire devra se donner pour tâche de dépoussiérer le Monde Noir du vernis mystificateur dont les forces étrangères ont recouvert les valeurs africaines et devra rappeler que les mythes, vrais contes, fables et devinettes, ne sont point les manifestations d'une mentalité primitive, contrairement aux assertions suffisantes et ethnocentristes de penseurs, de sociologues et d'ethnologues négriers à la recherche de sensationnel intellectuel et physique. Les mythes, contes et fables sont des traits culturels qui sont partie intégrante des modes du savoir et qu'aucun chercheur sérieux n'ose plus considérer de nos jours comme relevant d'une prétendue mentalité primitive.

[23] Japhet est l'ancêtre des Blancs.
[24] Sem est l'ancêtre des Arabes et des Juifs.
[25] Cham est l'ancêtre des Noirs.
[26] On comprend alors aisément la haine insatiable que la Bible et l'Islam donc les Occidentaux et les Sémites, nourrissent à l'endroit de Nemrod.
[27] in Cahiers Internationaux de Sociologie, Volume XXXV, 1963, p. 117. Souligné par l'auteur.

Après avoir érigé la Raison en valeur de référence absolue, l'Occident réalise aujourd'hui que la raison à l'œuvre dans les sciences dites pures ou techniques, est incapable de donner un sens satisfaisant à toute la réalité. Pendant longtemps, en effet, on a pensé que la raison s'opposait à l'irrationnel, comme la lumière à l'obscurité, pour réaliser à la fin qu'il n'y a pas seulement une raison des choses irrationnelles (rêves, contes, maladies mentales), mais également de l'irrationnel dans le pouvoir attribué à la raison même.

Finalement, plus on avance dans les investigations dans la science et la technique, plus les sciences humaines se développent, et plus on constate que la raison n'est pas le contraire de l'irrationnel, de même que le mythe n'est pas l'opposé d'une connaissance vraie. Qu'il y a que la complexité de la réalité ne peut se contenter d'un seul type d'explications. Ainsi, l'Homme a construit plusieurs modes intellectuels d'approche de la réalité. Que l'ambiguïté constitutive de tout phénomène humain fait que le pluralisme rationaliste est plus près de l'explication vraie des choses. Que, la rationalité scientifique, en renonçant à pénétrer les domaines comme l'imaginaire, le politique, la mort et la religion, atteste de son impuissance à pouvoir tout expliquer.

Or, depuis toujours, la pensée africaine a été le reflet de cette complexité et de cette ambiguïté du réel. Les Bantu, ces autres héritiers de l'antique savoir ésotérique alors délivré dans les Temples de l'Egypte ancienne, expliquent cette approche à travers trois niveaux de la connaissance, qui correspondent eux-mêmes aux trois mondes décrits par les mythes. Il y a ainsi :

 « Premièrement, la connaissance légère dite connaissance de l'ouïe (de ce qu'on entend) ou encore connaissance des « chemins de la brousse », correspond au niveau mythique, au 3ème monde dans lequel nous vivons. Les Blancs, disent les Bantu, ne parlent que de ce monde et leur connaissance se situe à ce niveau. 

Deuxièmement, il y a la connaissance initiatique, dite connaissance des milayo[27] (lois). A celle-ci correspond le deuxième monde qui est le monde de l'organisation de la création.

Troisièmement, la connaissance « lourde » ou profonde, dite « connaissance réelle » (Kutiwa) [28]. C'est la connaissance des articulations des choses nées d'une réflexion sur le premier monde : celui des mythes de l'origine et de la première création [29]

Fait significatif de l'influence intellectuelle égyptienne sur les Grecs, la doctrine des trois niveaux de laconnaissance et des trois mondes fut enseignée en Grèce au Vème siècle avant Jésus-Christ. Platon la remplacera par la suite par la théorie des trois concepts : le Vrai, le Bien et le Beau. Dans le domaine politique, il divisera la société en trois classes fortement hiérarchisées : les philosophes, les gardiens, le peuple.

Si l'on retrouve chez Platon, la doctrine des trois mondes décrits par les Bantu, c'est que le philosophe grec s'était tout simplement livré à la vulgarisation de l'enseignement qu'il avait reçu dans les Temples des Egyptiens Anciens. C’est-à-dire, des ancêtres des Africains d'aujourd'hui. Ce qui permet à toute la philosophie de Platon d'être imprégnée de cet enseignement des Temples de l'Egypte Ancienne.

Voici ce qu'en dit Edouard Schure : « Après la mort de Socrate, il se mit à voyager. Il suivit les leçons de plusieurs philosophes de l'Asie Mineure. De là, il se rendit en Egypte, pour se mettre en rapport avec ses prêtres, et traversa l'initiation d'Isis. Il n'atteignit pas comme Pythagore le degré supérieur où l'on devient adepte, où l'on acquiert la vue affective et directe de la vérité divine avec des pouvoirs universels au point de vue terrestre » [30]

Ce que Edouard Schure omet de préciser, c'est que Platon qui s'arrêta seulement au 3ème degré de l'Enseignement dispensé dans les Temples d'Egypte, séjourna pendant 13 ans dans le pays, à Héliopolis. Mais, souligne si judicieusement Cheikh Anta Diop,  comme le reste de ses compatriotes de l'intelligentsia de la Grèce antique ayant bénéficié du Savoir et des Connaissances du peuple noir dans les Temples d'Egypte, à savoir, Thalès, Eudoxe, Empédocle, Héraclite, etc, etc... Platon ne cite jamais ses professeurs égyptiens. [31]

[27] in Cahiers Internationaux de Sociologie, Volume XXXV, 1963, p. 117. Souligné par l'auteur
[28] in Cahiers Internationaux de Sociologie, Volume XXXV, 1963, p. 117. Souligné par l'auteur
[29] in Cahiers Internationaux de Sociologie, Volume XXXV, 1963, p. 117. Souligné par l'auteur
[30] Edouard Schure : Les Grands Initiés, p. 480.
[31] Cheikh Anta  Diop : Civilisation ou Barbarie, Présence Africaine, 1981, p. 435.

Comme on le voit, la dissimulation des faits et la falsification sont un réflexe atavique dans la mentalité occidentale.

Strabon, un des grands savants grecs (58 av. J.C. - 25 après J.C.), écrit au sujet du séjour de Platon et d'Eudoxe à Héliopolis, en Egypte : « Nous y avons vu (à Héliopolis) les édifices consacrés jadis au logement des prêtres ; mais ce n'est pas tout : on nous montra aussi la demeure de Platon et d'Eudoxe ; car Eudoxe avait accompagné Platon jusqu'ici : arrivés à Héliopolis, ils s'y fixèrent et tous deux vécurent là treize ans dans la société des prêtres : le  fait est affirmé par plusieurs auteurs. Ces prêtres, si profondément versés dans la connaissance des phénomènes célestes, étaient en même temps des gens mystérieux, très peu communicatifs, et ce n'est qu'à force de temps et d'adroits ménagements qu'Eudoxe et Platon purent obtenir d'être initiés par eux à quelques-unes de leurs spéculations théoriques. Mais ces Barbares en retinrent par devers eux cachée la meilleure part. Et si le monde leur doit de savoir aujourd'hui combien de fractions de jour (de jour entier) il faut ajouter aux 365 jours pleins pour avoir une année complète, les Grecs ont ignoré la durée vraie de l'année et bien d'autres faits de même nature jusqu'à ce que des traductions en langue grecque des Mémoires des prêtres égyptiens aient répandu ces notions parmi les astronomes modernes, qui ont continué jusqu'à présent à puiser largement dans cette même source comme dans les écrits et observations des Chaldéens »[32]. 

Comme dans l'Egypte ancienne, la doctrine bantoue des trois niveaux de la connaissance et des trois mondestient compte de la richesse du réel, ainsi que du mythe. Celui-ci, en effet, loin d'être de simples histoires que l'on raconte aux enfants pour qu'ils s'endorment>, renferme au contraire une profonde signification. Aussi, ne semble-t-il pas superflu de rappeler qu’il  fait partie de la parole sérieuse. Voyons ce que Erny dit des mythes :« Ils forment l'arrière-plan de la pensée et de la vision du monde traditionnelles. Les mythes sont « l'Ancien Testament » des Africains, selon l'expression de Rattray ; ils véhiculent les principes qui sous-tendent l'ordre social, le faisant remonter à l'action et à la volonté des dieux et des fondateurs dont on célèbre la mémoire, et ils contribuent ainsi à sa cohésion et à sa consécration. Ils apparaissent comme un condensé du système des valeurs sur lequel repose la société, non sur la forme d'une théorie, mais de récits indissociablement liés à l'action et dont le but est de justifier le déroulement de l'existence ». [33]

Celui donc qui veut  prendre les expressions symboliques du monde pour le sens manifeste, celui qui prend les images expressives du mythe pour le sens réel, celui-là se condamne à ne rien comprendre au mythe et au monde. Ce faisant, il transforme le mythe en une simple méthode d'évocations d'histoires merveilleuses. Il se trompe ; car, le mythe tente de nous communiquer le langage qui nous unit à l'Univers. Et dans ce langage, il y a aussi bien l'Histoire, la Philosophie, l'Herméneutique que la Physique, la Chimie ou la Médecine qui y trouvent leur expression.

Voilà, en somme, pourquoi le mythe est à la fois objet de croyance et d'enseignement qui relève aussi bien de la foi que de la raison. Aussi, son incidence sur l'éducation de l'enfant est fondamentale : « Les productions littéraires apparaissent donc revêtues d'une double fonction d'une part, elles mettent en lumière des faits, d'autre part, elles contribuent au fonctionnement des idéaux. Elles servent de matière privilégiée à l'éducation formelle, par les préceptes moraux et les règles de conduite qu'elles véhiculent, de manière parfois explicite, mais plus souvent elles laissent aux auditeurs le soin de dégager le contenu latent ou les en imprègnent sans même qu'ils s'en rendent compte . [34]

[32] Strabon : Géographie, Livre XVII, 1, 29, in Serge Sauneron : Les prêtres de l'ancienne Egypte, Le temps qui court, 1957, p. 114.
[33] Erny : L'Enfant et son Milieu, p. 171.
[34] Erny, Op. cit., p. 175.
POUR LA RENAISSANCE DU PEUPLE NOIR SOUS LE SIGNE  D'OSIRIS

Le concept de Dieu est la légitimation et le stimulant psychologique de l'Homme sur son écosystème et l'Univers, de même que son refus de la mort physique, donc la volonté de sa projection dans l'espace et le Temps pour l'Eternité. Il est enfin l'indicateur privilégié de son modèle et le témoignage du niveau de sa sociabilité. Ce faisant, la Haine légalisée par les cultes monothéistes chrétien et musulman a pour autres fonctions, celle de légitimer l'impérialisme et les crimes perpétrés contre d'autres peuples par les occidentaux judéo-chrétiens et les Arabes. Cela a transformé le monde d'aujourd'hui en planète faite par et pour la violence, sur laquelle les peuples faibles, comme le peuple noir, n'ont pas la moindre place.

Ainsi qu'il apparaît clairement, la cosmogonie sémito-judéo-chrétienne est le catalyseur de la Haine culturelle qui autorise la spoliation et la mise en esclavage ou encore l'extermination des peuples non-issus de la branche d'Abraham.

Le Peuple Noir doit par conséquent se doter d'un postulat affirmant la modification de sa cosmogonie pour se réapproprier le secret de la matière et accepter de détruire celle-ci, pour son autoprotection en Afrique et partout ailleurs dans le monde. Dès lors que, c'est un truisme, les peuples désarmés n'ont aucune place dans un monde fait par et pour la mafia occidentale déguisée en Etats, et dont Hitler n'a été que le révélateur des effets pervers d'une idéologie destinée aux peuples non-occidentaux, accidentellement appliquée aux peuples occidentaux eux-mêmes pendant la seconde guerre de la coalition occidentale contre l'Allemagne de 1939 à 1945.

Le ressourcement du Peuple Noir à sa propre culture ne peut donc que s'accompagner d'un refus catégorique des idéologies impérialistes, d'où qu'elles viennent. L'attitude du militant politique ou de l'intellectuel noir envers les religions importées au sein de notre communauté doit partir tout naturellement d'un constat incontournable : les religions islamique et chrétienne ont de tout temps été complices du pouvoir politique et de son système de domination. Issues de sociétés conquérantes et intolérantes dans tous les cas, elles ne peuvent que refléter leurs différents traits fondamentaux  dont les razzias esclavagistes sur notre Peuple, la colonisation et l'exploitation de l'Afrique sont quelques-unes des expressions barbares. Notre Peuple a par conséquent pour devoir salutaire d'extirper de notre culture, l'Islam et le Christianisme, en tant que valeurs fondamentalement anti-noires. Quels que soient par ailleurs les discours hypocrites tenus ici et là sur la « fraternité humaine »,  véritables spots publicitaires au service du prosélytisme et de la défense de la "boutique" idéologique et de la réclame servant d'écran à toutes sortes d'opérations occultes.

 On vient encore de la voir avec l’ancien séminariste le dictateur Paul Biya qui, à l’instar de l’Askia Muhamed à la Mecque au XVème siècle dilapide au bénéfice de la secte du Temple Solaire la manne pétrolière du Cameroun qui n’a pourtant ni routes, ni écoles, ni infirmeries et encore moins d’hôpitaux dignes de ce nom.

Faute de résoudre radicalement ce problème vital pour l'épanouissement et la survie du Peuple Noir, nous serions condamnés à toujours assister à de grotesques et humiliants spectacles tel que celui auquel aimait à se donner Houphouët-Boigny, un de ces zombies africains de création occidentale vermoulu de complexes d'infériorité vis-à-vis de la race blanche, qui refusait de recevoir Monsieur Kurt Waldheim, ancien Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies (O.N.U.), alors accusé d'avoir appartenu à un corps d'officiers pronazis pendant la seconde guerre entre la coalition occidentale et l'Allemagne, cependant que, dans le même temps, il recevait régulièrement à sa table les plus virulents idéologues agissants de l'Apartheid, système nazi essentiellement anti-Noir ; ou encore aux bordées de Senghor qui déclarait à la journaliste française Catherine Clément : " Nous sommes à la limité des Blancs et des Noirs, voilà la réalité sénégalaise. Et je suis plus à mon aise chez les Berbères que chez les Bantu, où je ne suis pas dans mon univers ... Je me sens plus près des Arabes et des Juifs que de certaines cultures noires ..." [35]

Dans son élévation totale, la cosmogonie égyptienne a dans sa spiritualité, le SOLEIL - RE, conscience du Dieu primordial Atum, Esprit se dégageant de la matière et prenant conscience de lui-même : Shu, l'air, Tefnet,assimilée à MAAT, la justice, première création de la conscience divine. C'est de Shu et Tefnet que proviennent la terre Geb et le ciel Nut  dont naissent Osiris et son épouse Isis, le couple divin noir, symbole du Bien, de laFécondité et de la Vie. Osiris,  Dieu créateur conçu comme l'esprit diffus à travers le monde incréé, au lieu de se dégager du chaos par une lente évolution de la matière, puise sa force créatrice dans la conscience qu'il prend de lui-même, et qui est symbolisée par le Soleil : "Quand tu ouvris les deux yeux et que tu vis par eux, la lumière fut pour tout le monde", enseigne à cet égard le Chapitre XVII du Livre des Morts, qui indique ainsi que l'univers conçu par OSIRIS, s'ordonne selon la volonté de celui-ci. Dieu du Bien, Osiris est assassiné par le couple de la stérilité Seth et Nephtys, ses frère et sœur. Il  ressuscite cependant pour le Salut de l'Humanité, et devient le Dieu de la vie qui succède à la mort.

 Partant de la cosmogonie osirienne, le Peuple Noir devra intégrer la totalité du monde dans son Histoire depuis la Naissance, la Chute et la Perversion de l'Egypte pharaonique, sur l'incontournable réalité qui ramène à la seconde moitié du deuxième millénaire, notamment qui aura été le point d'orgue de l'assassinat de la Race Noire. Aussi, le passage du 31 Décembre 1999 au 1er Janvier 2000 ne devra pas être seulement pour l'Afrique Noire, la fin du XXème siècle et l'entrée dans le XXIème siècle, et encore moins  le passage de notre Peuple Noir d'une année à une autre, mais bel et bien sa RESURRECTION, sa RENAISSANCE    pour lesquelles chaque membre, à l'instar d'HORUS-RE, fils d'Osiris et d'Isis, devra avoir pour mission d'intervenir dans le  réarmement spirituel de la NATION NOIRE. A savoir la réappropriation par celle-ci de sa religion originelle : LE CULTE D'OSIRIS JADIS PRATIQUE DANS LES TEMPLES DE L'EGYPTE ANCIENNE : L'EGYPTE NOIRE.

[35] Le Matin, n° du 7 Février 1980, in Peuples Noirs/ Peuples Africainsn° 27, Mai - Juin 1982, p. 105.

BWEMBA BONG
Paris, le 24 décembre 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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