Société des Culrures Nubiennes-Histoire

Publié le par Munsa Mâga

HISTOIRE : introduction

Durant cinq millénaires, la Nubie engrange des séquences culturelles dont les racines plongent dans le substrat africain. L'art pariétal ouvre un domaine que certains considèrent "artistique". Le Néolithique apparaît avant la protohistoire égyptienne, qui y trouve "une partie de son origine", selon Hassan Hussein Idris Ahmed, directeur général de la National Corporation for Antiquities and Museums du Soudan. Le Kerma affiche des schémas cultuels spécifiques à ses croyances et les royaumes de Napata et de Méroé remodèlent des concepts égyptiens. La Nubie chrétienne défend sa foi avec un art qui perdure jusqu'au XVIe siècle de notre ère. Toutes ces phases culturelles ont un élément en commun : une céramique exceptionnelle, témoin de leur appartenance à un monde séculaire.


La Nubie se positionne dans le temps et dans l'espace, depuis le Paléolithique jusqu'à l'émergence de l'Islam, et chaque période couvre environ un millénaire. Des flux et reflux d'influences s'ajoutent à ces composantes pour former la trame de son histoire : le Nord (l'Egypte) y participe et le Sud (le Soudan actuel) y répond à certaines périodes.

En revanche, toute la vallée partage le Nil, sa crue et le désert donnant aux hommes la faculté de signer leur passé.


Dès la préhistoire, l'être humain doit faire face à son environnement. Aux alentours de 4500 av. notre ère, il est encore prédateur. Après le Dernier Grand Humide, il s'adapte à son milieu et intègre des notions de productivité. Cette économie favorise un art qui s'appuie sur des coutumes et croyances, où les chefferies, sans doute hiérarchisées, produisent des typologies régionales depuis Khartoum jusqu'au delta égyptien. Cet épisode néolithique clôt définitivement la préhistoire.

 

POSSIBLE ORIGINE DU MOT NUBIE


 

Diverses approches doivent être envisagées

La dynastie des Lagides, les Ptolémées d' Alexandrie

Le terme Nubie a pu apparaître sous les Ptolémées. En effet, l'administration lagide impose une nouvelle écriture où le copte remplace peu à peu le démotique égyptien. Les premières tentatives commencent au cours du IIe siècle av. J.C. : «à propos de textes magiques, dans les milieux sacerdotaux en rapport avec les scribes grecs» selon le Père du Bourguet. Cette nouvelle écriture traduit les sons démotiques mais garde sept signes dont la sonorité n'est pas rendue par l'alphabet grec. Elle applique la prononciation grecque par le biais de l'alphabet à des mots et des expressions fondamentalement égyptiens. Le copte, dont l'élaboration est achevée aux environs du IVe siècle de notre ère, est ainsi une adaptation au «système consonantique et vocalique étranger qui a eu sa répercussion sur le rendu tant des mots grecs introduits que des mots égyptiens» (Père du Bourguet).

Strabon a vécu à l'époque romaine et méroïtique. Au IIe siècle av. J.C., la tradition confirme la présence de lettrés grecs à la cour de Méroé, ville située entre les 6e et 5e cataractes. Un de leurs souverains, Arkamani, aurait reçu une éducation classique. Au cours du IIIe siècle, Alexandrie voit naître le musée et la bibliothèque dont la renommée s'étend sur tout le Bassin Méditerranéen et jusque dans le couloir de l'Afrique. L'écriture utilisée dans la vallée du Nil subit un changement : l'Egypte des Ptolémées s'oriente vers le copte et le méroïtique traduit la langue indigène du Sud. On s'interroge sur le fait que des linguistes grecs ou alexandrins auraient pu aider à la structuration de l'écriture du royaume de Méroé. Strabon a peut-être eu connaissance de leurs travaux. En mentionnant le terme Nubie, ces savants ont pu exprimer, à travers leur compréhension phonétique, un mot employé par les locaux.


La civilisation grecque fut le berceau de la philosophie et de la rationalisation. Sur le plan individuel, le logos permettait à tout citoyen d'affirmer sa liberté. Ce droit à la parole demandait une structure mentale spécifique. En refusant la tradition et l'autorité, apanage des civilisations des IIIe et IIe millénaires av. J.C. où le savoir et le pouvoir étaient réservés au roi, aux prêtres et aux scribes, le monde grec accède à la connaissance par la spéculation rationnelle. Des schémas scientifiques sont alors élaborés. La pensée hellénique émerge quand des physiciens de Ionie assimilent des «connaissances empiriques et mathématiques glanées chez les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens ou les Crétois». Au VIe siècle avant notre ère, la raison livrée à elle-même, sans l'autorité et la tradition, tente de redéfinir le monde. Cette vision, conduite au siècle précédent par les législateurs et les tyrans, atteint son apogée sous les Ptolémées.

Les Grecs ont essayé de comprendre la géographie, les coutumes et la religion des pays qu'ils découvraient. Hérodote parle de la Libye en tant que continent : «La Libye est limitée de tous côtés par la mer, sauf dans la partie où elle se rattache à l'Asie», et d'ajouter : «J'admire vraiment ces savants géographes qui ont su diviser la terre et délimiter la Libye, l'Asie et l'Europe». En réalité, ce que Hérodote désigne par Libye est la partie nord de l’Afrique.

Sous le roi Ptolémée II Philadelphe (env. 308-246 av. J.C.), des lettrés partent vers le sud, mais selon K.H Priese : «leurs écrits ont tous disparu à l'exception de quelques citations isolées de l'œuvre de Bion de Soloï (Ille siècle av. J.C.), même chose pour les œuvres de géographes grecs qui exploitaient ces ouvrages de première main pour leurs descriptions de la terre (...) et (...) les écrivains de l'époque romaine, comme Strabon et Pline, ne représentent guère plus que les dépositaires d'un vieux stock de citations». Le mot Nubie pourrait faire partie de citations prises dans des textes anciens pour désigner une région comprise entre la Première Cataracte et Méroé. Quant au terme Ethiopie, il semble couvrir une vaste région allant de Syéné (Assouan) jusqu'aux limites du monde connu par les Grecs.

La sémantique égyptienne


Le mot Nubie pourrait provenir de la sémantique égyptienne. Les textes utilisent de nombreuses appellations.

To-Sety (T3-sty)
est attesté dès l'Ancien Empire et désigne un territoire du Grand Sud. Un hymne des Textes des Pyramides mentionne l'encens de To-Séty, région qui aurait pu aller jusqu'au pays de Pount, aujourd'hui localisé sur la Corne de l’Afrique. D'autres hymnes évoquent le dieu nubien Dédoun (Ddwn) venu de To-Séty, auquel le roi est assimilé, confirmant peut-être des liens avec ces régions. Deux édits royaux de la Première Période Intermédiaire nomment To-Séty, le premier nome d'Egypte jusqu'à Eléphantine. Au début de l'époque romaine, cette appellation est encore écrite en égyptien de tradition dans le temple de Philae.

To-Néhésy (T3-nhsy)
est aussi employé sous l'Ancien Empire. La pierre de Palerme relate une expédition conduite par le roi Snéfrou où 7 000 Nubiens auraient été fait prisonniers et 200 000 têtes de bétail saisies. Sous le Nouvel Empire, ce terme est gravé dans le temple de la reine Hatshepsout où les produits de Pount (encens, résines odoriférantes, etc.) sont mis en parallèle avec ceux de To-Séty. Au IVe siècle avant notre ère, To-Néhésy est rédigé en démotique sur la stèle du roi napatéen Harsiyotf (env. 400-365 av. J.C.). Sous les coptes, «le pays des Nubiens» (p3t3 (n) nhsy) ne semble plus usité. Ce terme, élaboré sous le règne de Snéfrou aurait pu former le mot Nubie.

Koush (K3s)
apparaît au Moyen Empire, quand les rois de la Xlle dynastie contrôlent la Basse-Nubie (entre les Première et Seconde Cataractes). Les dénominations vil pays de Koush ou Koush-la-méprisable sont alors utilisées à l'endroit des populations vivant au sud du Batn el-Haggar. Quant au mot « Koushite », l'habitant de Koush, il a donné « Ethiopien » en démotique et Egôsh en langue copte.

L'articulation de ces termes semble difficile à maîtriser : T3-sty se prononçait-il To-Séty ? T3-nhsy, To-Néhésy ? et
K3s, Koush ? Dans ce domaine, les systèmes consonantique et vocalique coptes sont sans doute les meilleures références.

Origine évènementielle


Le mot Nubie pourrait avoir une origine évènementielle. Au début du VIe siècle av. J.C., Psammétique II envoie une troupe de soldats contre le royaume de Napata (Quatrième Cataracte), peut-être sous le règne du roi Anlamani. L’expédition se compose de soldats égyptiens et de mercenaires étrangers. Dirigée par les généraux Amasis et Potasimto, elle part d'Assouan, traverse la Basse-Nubie.et, au niveau de la Troisième Cataracte, atteint Pnoubs. Nous verrons ultérieurement les raisons de ce raid. L'armée entre dans les régions aurifères de Koush-nord , comme en témoignent plusieurs stèles. Les mercenaires grecs ont sans doute été frappés par l'importance des mines d'or; le Soudan exploite toujours ce métal précieux. Le mot Pnoubs, prononcé peut-être Pénoubis, a-t-il formé le terme Nubie ? En égyptien, l'or se disait nébou. La terminologie Nubie ne fait pas directement référence à l'or mais sans doute à la contrée de Pnoubs, région qui avait frappé l'imaginaire des soldats grecs. La symbolique égyptienne, associant l'or à la chair des dieux, leur était indifférente ; seule sa valeur monnayable suscitait leur intérêt. Les soldes des mercenaires étaient réglées en pièces d'or, la numismatique de l'époque du roi Amasis atteste de cette pratique. A leur retour, le mot Pénoubis a peut-être subi une modification par une perception phonétique transformée. Les marchands, les artisans et les mercenaires grecs installés dans le Delta égyptien ont pu utiliser le nom d'une ville pour désigner un lieu géographique en relation avec l'or. Plus tard, une ethnie, les Nubae, vivront non loin de ce territoire.


Autres alternatives


To-Néhésy
pourrait être une autre alternative. A titre d'exemple, le mot Hout-Ka-Ptah, racine probable des mots Egypte et Egyptien, est souvent cité. Hout-Ka-Ptah signifiait le «château du dieu Ptah», c'est-à-dire le temple de Memphis. Dans l'esprit des Grecs installés en Egypte, ce sanctuaire était directement associé à cette ville, par la perception phonétique de Hout-Ka-Ptah qui, évoluant vers Hi-Kuptah, donnait la vocalisation grecque Aegyptos (Egypte). A partir d'une interprétation phonétique (dont le sujet était la ville de Memphis), une nouvelle signification émergeait pour nommer un pays : l'Egypte. Quant au terme Nubae, il pourrait s'avérer une indication. Cité par Eratosthène et Strabon, il désigne un peuple indépendant et divisé en multiples principautés. Ces populations habitaient près de l'Empire méroïtique, sur la rive gauche du Nil entre les Première et Seconde Cataractes. Selon Jean Vercoutter, le rapprochement de leur nom et de nébou est séduisant mais incertain. Dans l'Egypte ancienne, des toponymes en rapport avec le commerce de l'or, utilisèrent le mot-racine nébou ou noub. C'est le cas de Noubit, la «Ville de l'or», l'ancienne Ombos. Située au nord d'Assouan, elle dominait la rive est du Nil, au débouché des gisements aurifères nubiens.

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