Société des Cultures Nubiennes-La Nubie-Nubia-Kawa (Préhistoire et Protohistoire)

Publié le par Munsa Mâga

PRÉHISTOIRE ET PROTOHISTOIRE


 

En 1981, les paléo-anthropologues et paléobiologistes envisagent de faire remonter l'éventuelle apparition des plus anciens australopithèques à 7 ou 8 millions d'années. En 1983, des spécialistes mettent en évidence le rôle de l'Afrique orientale et australe comme berceau présumé des premiers hominidés.


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L'Homos sapiens apparaît entre 200000 et 150000 avant notre ère et l'homme moderne, l'Homo sapiens sapiens, aux alentours de 35 000 av. J.C.


LE PALÉOLITHIQUE

Les habitants de la vallée du Nil sont présents aux temps anciens. 800000 années av. notre ère, ils laissent, au niveau de la Troisième Cataracte, des traces d’outillage sous la forme de galets grossièrement taillés (avec un ou deux éclats d'enlèvement). Ils sont accompagnés d'ossements d'espèces animales, aujourd'hui disparues.

Durant cette période, le matériel lithique apparaît sous forme de coup-de-poing. Quelques spécimens sont retrouvés à Khor Abou Anga, à la jonction du Nil Blanc et du Nil Bleu, et datés de 500000 à 300000 av. notre ère (correspondant à l'Acheuléen ou Paléolithique inférieur). Cependant, sur le plan de la chronologie, cet outillage se rattache à la période suivante, celle du Paléolithique moyen.
Les préhistoriens, dont Jacques Reinold, en concluent à une enclave particulière qui s'étend sur la Nubie jusqu'à Khartoum et vers la mer Rouge où des populations plus évoluées auraient bénéficié d'un environnement favorable. Cette culture se caractérise par des bifaces.


Aux environs de 70000 av. J.-C., un changement climatique introduit le Paléolithique moyen. Des pluies torrentielles favorisent la production de ressources alimentaires et l'apparition d'une nouvelle technologie. L'outil est alors pensé, sa coupe, prédéterminée et travaillée par débitage dit Levallois avec des plans de frappe préparés autour de l'objet. En Nubie, cet épisode est apparenté au Moustérien, industrie identifiée dans le sud de la France. Le couloir nilotique s'enrichit de variantes avec des bifaces, des pointes et des racloirs faisant envisager un développement spécifique à cette région. Les découvertes de l'île de Saï confirment un outillage en quartz et un des rares spécimen de mortier, daté d'environ 200000 ans av. J.-C., ce qui pourrait avaliser la thèse défendue par Francis Geus "de la dispersion de l'homme moderne dans l'Afrique orientale".


Le Paléolithique supérieur (35000/12000 av. J.-C.) revêt une phase climatique sèche qui pousse les populations vers les rives du fleuve. La technologie s'adapte à ce nouvel environnement et l'outillage s'oriente vers le microlithisme. Cette industrie met en évidence des noyaux humains bien intégrés qui génèrent des séquences culturelles importantes.


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Dans leur majorité, les populations semblent avoir été des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Au Paléolithique final, le Nil semble adopter son tracé actuel avec la confluence du Nil blanc et du Nil bleu, au niveau de Khartoum. Quelques sites se détachent durant cette période : Arkin entre les Première et Seconde Cataractes, le Djebel Sahaba aux environs de la Seconde, Saï en aval de la Troisième, Khor Abou Anga au nord-ouest de Khartoum, Khasm el-Girba sur l'Atbara et Singa sur la rive droite du Nil bleu.


L'ÉPIPALEOLITHIQUE


Cette terminologie, calquée sur celle employée en Europe, se situe aux alentours de 13500 et de 10000 av. J.-C., avec des conditions climatiques et une chronologie différentes. De fortes crues augmentent la superficie de la plaine alluviale et, après le retrait des eaux, la production alimentaire devient plus importante. La chasse aux grands mammifères, la pêche, le ramassage des mollusques d'eau douce et la cueillette des graminées sauvages contribuent au développement technologique. Les meules apparaissent et le microlithisme atteint sa phase maximale. Le couloir nilotique se caractérise par une diversité culturelle qui témoigne de sa bonne adaptation au milieu.Quatre industries émergent.


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LE MÉSOLITHIQUE

Cette période se situe aux alentours de 10000 av. J.-C. et concerne la Haute-Nubie jusqu'à Khartoum. La période du Dernier Grand Humide permet le retour des steppes et une savane accueillante pour les nomades et semi-nomades. Cet environnement favorise l'apparition des premiers récipients en terre cuite pour le stockage des graines ou des aliments. En Afrique, ils sont déjà présents au milieu du IXe millénaire.


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C'est à cette période, que la domestication donne aux populations des ressources appréciables, venant s'ajouter aux activités prédatrices, parmi lesquelles la pêche joue un rôle important. Le "Mésolithique de Khartoum" couvre deux millénaires et demi (entre 8500 et 6000 av. J.-C.) préparant la fameuse "révolution néolithique" dont la Nubie illustre un épisode exceptionnel. Pour cette période, les fouilles ont révélé des sites localisés à la confluence du Nil blanc et du Nil bleu (à Khartoum), en amont de la Sixième Cataracte (à Saggaï), sur la rive droite du Nil blanc dans la plaine du Boutana (à Shaqadud). Durant cette période, le centre de l'Afrique est soumis à une phase tropicale extrême, où le Dernier Grand Humide (entre 10000 et 5500 av. notre ère) installe une barrière aqueuse depuis les bords de l'Atlantique jusqu'à la corne de l'Afrique.


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LE NÉOLITHIQUE NUBIEN

Cette période débute au Ve millénaire pour atteindre sa phase maximale aux alentours de 4500 av. J.C.. Elle s'éteint vers le début du second millénaire avant notre ère. Le Néolithique est le résultat d'une évolution continue où l'homme s'est adapté à son nouveau milieu. Ses conditions de vie lui permettent d'appliquer un mode de pensée délaissant des activités essentiellement prédatrices pour une société de production. Après des centaines et des centaines de milliers d'années, caractérisées par une évolution centrée sur l'outillage lithique, le Néolithique, qualifié de « révolutionnaire » par Gordon Childe, marque l'économique, la politique et le monde religieux.

Les modes de vie et les rapports sociaux évoluent. Le climat redevient plus sec. Des groupes humains se rapprochent des points d'eau et s'implantent dans les plaines alluviales.


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La mise en place de la désertification génère, de part et d'autre du 22e parallèle nord, deux mondes économiques différents : la Basse-Nubie privilégie l'agriculture et la Haute-Nubie et le Soudan central s'adonnent principalement au pastoralisme. En général, l'agriculture associée à l'élevage contribue au développement démographique et l'assèchement des savanes participe aux regroupements humains. Les premiers villages apparaissent et fonctionnent grâce à un chef dont l'aura est attestée par son matériel funéraire (objets et aliments déposés au cours de ses funérailles, qui lui serviront dans l'au-delà).


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Le personnage-roi, intermédiaire entre le monde visible et les forces de la nature, avait sans doute un rôle magico-religieux. Il devait intégrer le groupe dans son environnement et se porter garant de sa survie. L'approvisionnement en nourriture, notamment lors de pratiques de chasse, rejoignait le concept de prospérité et de fertilité qui dépassait le simple rôle de chef. Après son décès, ce personnage conservait son statut, devenant le pivot central du monde des ancêtres.


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Le mobilier funéraire rejoint des approches cultuelles et culturelles. Les parures, omniprésentes, témoignent de la personnalité du défunt qui leur attribuait, sans doute, des pouvoirs protecteurs. Leurs coutumes impliquent des croyances dans une autre vie.

Dès le Néolithique, la poterie revêt un caractère de premier plan et s'observe sur une période d'un millénaire avec des spécificités propres à chaque région. C'est une explosion de formes et de décors avec des bols, des écuelles, des assiettes, des pots-bouteilles et de grands vases de "type grenier". Il faut également souligner les beaux vases caliciformes retrouvés dans les espaces funéraires, liés à certains défunts, que les sites de Kadero, de Kadruka et de El-Kadada ont permis d'étudier.

Les statuettes féminines sont aussi associées au monde funéraire, en particulier celles situées près du défunt. En Haute-Nubie, elles se divisent en deux catégories : celles qui présentent une morphologie féminine et celles dont la silhouettes est suggérée comme les statuettes en grès lité qui possèdent un tel pouvoir de suggestion que l'on ressent une sorte de présence. Il n'est pas improbable que le matériau ait été trouvé dans le lit de ouadis "modelé" par le courant de la rivière. Ce genre de trouvaille "brute" a été constaté dans le Sahara libyen, dans l'ancienne rivière du Mathendous.

Dans le monde funéraire, les offrandes animales jouaient un rôle important. Des crânes de bovidés furent excavés de certaines sépultures. On a retrouvé des chiens et des chèvres, mais le mouton semble avoir au Néolithique final une connotation particulière.

 


L'ART RUPESTRE


Au Néolithique, les peintures et les gravures rupestres ornaient les parois des djebels et ouadis africains. Aujourd'hui, le Sahara se révèle un véritable musée à ciel ouvert réunissant des décors et des thèmes qui s'affichent sur des sites exceptionnels.

Les principaux se situent en Algérie, dans l'Atlas saharien et l'oued Djérat du Tassili-n-Ajjer. Ils se poursuivent dans le massif du Tadrart-Acacus, l'oued Mathendous et le messak Settafet en Libye. Ils rejoignent le Djado au Niger, l'Ouest-Tibesti et l'Ennedi au Tchad pour atteindre le Soudan. La vallée du Nil n'est pas exclue. Elle nous informe sur l'environnement des pasteurs-chasseurs-cueilleurs. Certains artistes y ont exprimé des rites et des croyances où le monde animalier est honoré, associé au genre humain dont la vie et la survie dépendent de cet environnement.


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De l'Atlantique à la mer Rouge, des milliers de bovins furent gravés. Ils témoignent d'une culture pastorale étendue et suggèrent des indices d'appropriation progressive. Ce sont les animaux considérés comme peu dangereux qui sont apprivoisés, en commençant par les plus jeunes. Des gravures montrent des antilopes, des gazelles et des bovidés avec des longes, des colliers, des pendeloques et des lassos. Après le Dernier Grand Humide, la décrue fait apparaître des îlots et des bouts de terre, créant un milieu propice à la domestication des ruminants sauvages ou semi-sauvages.Le grand boeuf noir nommé auroch peuplait la vallée du Nil depuis les temps les plus reculés. Au Prédynastique, l'Egypte aura recours à des essais d'appropriation, pour offrir à son monde funéraire des offrandes carnées.


L'art rupestre est un "livre" passionnant qui appréhende le quotidien des hommes. Les populations, ancrées dans leur environnement, croyaient dans les forces spécifiques des animaux. Toute la vallée du Nil, et le monde égyptien en particulier, sauront illustrer par analogie et symbolique, les forces de la nature et de l'univers à travers ce monde animal. Une gravure rupestre de Youf Haket dans le Sahara algérien (Hoggar) montre un bovin de face, surmonté d'un symbole "hathorique" à tête de vache. Cette gravure qui possède une patine datable d'avant le Ve millénaire, permet de s'interroger sur l'origine saharienne de l'iconographie de la déesse égyptienne Hathor. Voir diaporama.


AUX RACINES DES GRANDS ÉTATS

Selon Jean Vercoutter, dès la fin du VIe jusqu'au milieu du IVe millénaire, tout se passe comme si "une seule et même civilisation avait régné sur la Haute-Egypte depuis Assiout jusqu'au djebel Silsileh, où commençait le futur T3-sty (le Sud)". L'arrêt des pluies entre 5500 et 4800 av. notre ère permet aux populations d'occuper des terrasses fluviatiles, c'est l'âge d'or des petites communautés. Vers la fin du IVe millénaire, la déserfication au-dessus du 22° parallèle enferme les populations égyptiennes et de Basse-Nubie dans le couloir nilotique tandis que le Moyen-Nil et le Soudan central jouissent de zones fertiles dans les bassins d'Abri-Delgo et de Dongola, de Shendi et du Boutana.


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Cependant l'Egypte pré- et protodynastique est caractérisée par une culture appelée Badarien (Ve millénaire av. notre ère). Elle apparaît au sud d'Assiout en Moyenne-Egypte et présente des similitudes avec le Néolitique du "Pays des Cataractes".


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Au milieu du IVe millénaire, un ensemble de communautés forment des proto-Etats (période du Gerzéen) et les premières agglomérations apparaissent à Abydos, Coptos et Hiérakonpolis. Le développement démographique semble lié à la sédentarisation. On observe une évolution rapide des institutions sociales : l'écriture et les conventions du dessin commencent à se structurer.


A la fin du IVe millénaire, l'unification de l'Egypte est un vrai bouleversement. On ne parle plus de confédérations, mais d'un pouvoir unique mis en place au cours d'évènements sans doute dramatiques. La palette de Narmer, petite stèle historiée, semble aller dans ce sens. Dans les "Annales Historiques", ce roi figure comme le premier souverain humain qui aurait créé la ville de Memphis sans être pour autant l'unificateur de la Haute et de la Basse-Egypte.


GROUPE A, POPULATION NÉOLITHIQUE DE BASSE-NUBIE (env. 3500-2800 av. J.-C.)


Située entre les Première et Seconde cataractes, la Basse-Nubie fut toujours une région sensible : marches méridionales pour le Nord (Egypte) et septentrionales pour le Sud (Nubie). Des populations s'y développent dès l'époque badarienne entre Koubaniah, au nord de la Première cataracte, et Dakké, à 150 kilomètres plus au sud. Au fur et à mesure de son évolution, le Groupe A élargit sa sphère d'influence au-delà du Batn el-Haggar. A la fin du IVe millénaire, les populations s'adonnent à des activités d'import-export, dans lesquelles les produits bruts d'origine africaine et ceux manufacturés en Egypte procurent à ce groupe, une position clé qui causera sa perte.


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L'Egypte se positionne sur la Basse-Nubie jusqu'au Batn el-Haggar. La pierre de Palerme mentionne qu'une expédition du roi Snéfrou (IVe dynastie) y saisit 7000 prisonniers et 200000 têtes de bétail. Si ces chiffres ne sont pas rigoureusement exacts, cet épisode confirme le glas des populations du Groupe A. L'exploitation de ce territoire par le Nord se poursuit jusqu'à la chute de l'Ancien Empire égyptien (env. 2160 av. J.-C.), chute occasionnée, sans doute, par un effet boomerang. On s'interroge sur le fait que l'armée, la police, la garde prétorienne du roi égyptien, étaient composées, depuis le roi Djoser, essentiellement de mercenaires nubiens. Ont-il défait un régime qu'ils tenaient responsable de l'extermination de populations proches de leur ethnie ? A la chute de l'Ancien Empire, l'Egypte entre dans une période appelée Intermédiaire; le pouvoir central est absent, ce qui permet au Sud de se recomposer.


Pour ce sujet, consultez l'ouvrage de Joy Soule-Nan, "La Nubie des Pyramides"

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bernie_liege 05/02/2011 13:51



J'avoue apprécier ce blog. Je mets cette action au présent, car, une lecture simple n'y suffit pas, lire les annexes demandent du temps. Mais, cette série rejoint bien la thèse que la culture
moderne, toute occidentale qu'elle se prétend a un lourd tribu par rapport aux Nubiens, qui sont apparus sporadiquement ou non durant toute l'histoire des pharaons, voire plus tard.


 


Comme l'Occident aime se complaire dans ses heures de gloire, si, si, le blanc aime se mirer dans le miroir, je voulais arriver à inclure votre blog dans ce genre d'article concernant l'Histoire
de l'Egypte Antique.


Mais cela n'est pas une mince affaire. J'espère au moins avoir votre accord.


 


L'article concerné: http://liege.mine.nu/~bernie/wiki/index.php/Egypte


 


En tout cas, bravo !



Munsa Nzinga Kandombe 05/02/2011 20:44



Bonsoir,


Je vous remercie.


Je suis entrain de parcourir votre site. bien sûr que vous pouvez joindre les liens des articles de mon blog, ils sont faits pour être partagés.