Société des Cultures Nubiennes-Nouveaux états: Des royaumes à part entière

Publié le par Munsa Mâga

NOUVEAUX ÉTATS : DES ROYAUMES A PART ENTIERE



Temple principal de la cité de Kerma.

La seconde moitié du IIIe millénaire voit apparaître en Basse et Moyenne-Nubie, deux entités politiques : le Groupe C et le royaume de Kerma.


LE GROUPE C, POPULATIONS POST-NÉOLITHIQUES (env. 2400-1450 av. J.-C.)

La disparition du Groupe A laisse plus ou moins vacant un territoire passé sous domination égyptienne à l'Ancien Empire. Le retour des populations sur une zone sensible, suggère de nouvelles conditions climatiques obligeant certains groupes, peut-être originaires des savanes de la Troisième cataracte, à se rapprocher de la vallée du Nil. Sur le plan anthropologique, ces communautés semblent liées à celles du royaume de Kerma situé sur le Moyen-Nil, en amont de la Troisième cataracte. Elles ont pour origine la grande culture paléo-saharienne qui leur donne son caractère africain.

A l'instar du Groupe A, elles vivent de l'agriculture, de l'élevage et contrôlent les pistes menant aux carrières de pierres, aux mines d'or ou de cuivre. A la fin du IIIe millénaire, le Groupe C constitue des principautés suffisamment fortes pour que les Egyptiens les identifient comme des groupes à part entière avec les régions de Ouaouat, Irtjet ou Sétaou.

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Au Moyen-Empire égyptien (env. 2064-1797 av. notre ère - XIe et XIIe dynasties), le Nord renoue ses contacts avec la Basse-Nubie. Il ne semble pas que les souverains de la XIe dynastie aient annexé le territoire du Groupe C. En revanche, Amenemhat 1er (premier roi de la XIIe dynastie) fait écrire dans l'Enseignement destiné à son fils, Sésostris 1er, "qu'il a vaincu le peuple de Ouaouat et capturé des Medjayou". Amenemhat 1er sera assassiné. Par qui et pourquoi ? Les successeurs s'installent définitivement entre les Première et Seconde cataractes, le Batn el-Haggar compris. De grandes forteresses, unités économiques ou bases militaires, sont construites sur les enrochements de la Grande Cataracte (Seconde). Elles démontrent la volonté du pouvoir égyptien de se fournir en produits indispensables pour faire fonctionner leurs concepts politico-religieux. Il fallait reprendre le contrôle des mines d'or et s'assurer les biens que le Groupe A leur avait fournis.

Ces forteresses étaient au nombre de onze (du Nord au Sud) : Bouhen, Kor, Abousir, Mirgissa, Dabenarti, Askout, Shelfak, Ouronarti, Koumma, Semna ouest et Semna sud.

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A la chute du Moyen Empire et durant la Deuxième Période Intermédiaire égyptienne, le Groupe C entre dans une seconde phase de développement (env. 1900-1600 av. notre ère). Les villages deviennent de plus en plus importants, certains comme l'ancien site de Ouadi es-Séboua ou Areika sont fortifiés. Le développement économique se fait toujours avec le Nord mais en toute indépendance. Aniba devient le siège de l'une des grandes principautés du Groupe C. L'essor économique se traduit par la production d'une très belle céramique aux dessins géométriques mis en valeur par des coloris éclatants et contrastés. Elle constitue l'une des plus belles de l'art nubien. Les coutumes funéraires évoluen
t en raison de la hiérarchisation des chefs de communautés.

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Aux populations autochtones, viennent s'ajouter les colons égyptiens (fonctionnaires, architectes et artisans) qui s'étaient installés près des forteresses au Moyen-Empire. Ils apportent au Sud des techniques jusqu'alors inconnues.

Faut-il parler de disparition du Groupe C ? Oui, mais d'une manière différente du Groupe A. Il s'est fondu dans le moule égyptien lorsque le Nord est redevenu puissant (au Nouvel Empire). L'élite nubienne a préféré l'acculturation aux hostilités afin de préserver ses populations et ses intérêts commerciaux.


LE ROYAUME DE KERMA

Au début du IIIe millénaire, une culture appelée Pré-Kerma se développe entre le Batn el-Haggar et la Quatrième cataracte. D'origine africaine, elle donne naissance au royaume de Kerma.La position géographique de ce royaume est exceptionnelle. Situé au débouché du Ventre de pierre (Batn el-Haggar), il couvre de larges plaines dont la fertilité est un atout à la fin de la désertification du 22e parallèle nord. Le Royaume de Kerma se positionne non seulement sur les routes fluviales et terrestres du Couloir de l'Afrique, mais s'ouvre en direction de la mer Rouge, du pays de Pount, (au sud-est) et probablement vers les régions du Darfour et du Kordofan (au sud-ouest).

La Mission archéologique de l'île de Saï a mis au jour des fosses-silos datées de 2700 av. J.-C. Celle de l'Université de Genève a dégagé en 1986 des fonds de hutte de forme arrondie. A partir de 2400 av. J.-C., l'assèchement des savanes oblige l'agglomération du Pré-Kerma à se rapprocher du fleuve. Elle donne naissance au premier grand royaume nilotique (2400-1450 av. J.-C.) après celui de la vallée du Nil égyptien. Marqué par de fortes traditions africaines, et malgré l'absence d'écriture, les recherches ont confirmé son rôle clé dans la chaîne des échanges, à l'instar des Groupes A et C. La capitale Kerma, en amont de la Troisième cataracte, fut le coeur de l'identité nubienne.

Au regard des fouilles menées, notamment, dans l'île de Saï, dans la ville et nécropole de Kerma et dans le bassin de Gism el-Arba, trois grandes périodes se dégagent : le Kerma ancien (env. 2400-2050 av. J.-C.), le Kerma moyen (env. 2050-1750 av. J.-C.), et le Kerma Classique (env. 1750-1450 av. J.-C.)


KERMA ANCIEN (env. 2400-2050 av. J.-C.)

Près du Nil, les populations sédentarisées se caractérisent par un système de hiérarchisation que l'on observe dans le domaine funéraire avec la mise à mort rituelle où certains squelettes entourent de leurs bras, le crâne du sujet principal. Les rites rappellent ceux des époques antérieures : inhumation dans un puits, tumulus recouverts de gravier blanc, entourés de cercles de pierres noires. Les funérailles se déroulent en présence de la famille ou des proches (sur la partie est du caveau, on trouve de nombreux récipients et au sud du tertre, des bucranes confirmant des pratiques funéraires). Aux environs de 2200 av. J.-C., certains tumuli atteignent 8 mètres de diamètre. Les traditions artisanales ne subissent pas de rupture et les potiers élaborent toujours de magnifiques bols rouges à bord noir, décorés de motifs finement incisés.


KERMA MOYEN (env. 2050-1750 av. J.-C.)

Une période de transition située vers 2100 av. J.-C., confirme une évolution dans les rites funéraires. On remarque la présence d'agneaux et de moutons près du lit de l'inhumé, réceptacle symbolique (hypostase) du dieu Amon. Les animaux portent un disque en plume fixé sur le crâne à l'aide d'un lacet de cuir. Un orifice percé dans leurs cornes, permet de fixer deux pendentifs en perles évoquant les béliers à sphéroïdes des gravures rupestres. Le Kerma moyen poursuit les traditions religieuses avec une hiérarchisation liée au développement économique. Dans les tombes, les offrandes alimentaires sont plus importantes, et le mobilier (traces de lit dont les pieds pouvaient être recouverts de feuilles d'or, tables, sièges et objets personnels) confirme une société en pleine évolution. Certains tumuli peuvent atteindre 25 mètres de diamètre et couvrir une fosse d'environ 12 mètres. Les tombeaux princiers ont livré une très belle céramique confirmant le rôle primordial des libations dans une symbolique de renaissance. La présence de "sacrifiés" semble primordiale.

La capitale se fortifie et l'aire cultuelle inclue une zone spécifique appelée agglomération secondaire : sa fonction est-elle en relation avec le monde royal et funéraire ? La ville antique réunit toutes les classes de la société, l'élite constituant une large part de la population.


KERMA CLASSIQUE (env. 1750-1450 av. J.C.)

L'affirmation de la période du Kerma classique paraît liée à la chute du Moyen Empire et à la Deuxième Période Intermédiaire égytienne (env. 1797-1543 av. J.-C.). Après le règne de Sésostris III (XIXe siècle av. J.-C.), aucune expédition militaire n'est envoyée en Basse-Nubie. Le départ des garnisons égyptiennes permet au royaume de Kerma d'étendre son influence probablement jusqu'à la ville d'el-Kab en Haute-Egypte. Des contacts directs avec les rois Hyksos, installés dans la moitié nord de l'Egypte, sont attestés. Une inscription fut trouvée dans la tombe d'un gouverneur de la XVIIe dynastie, Sobeknakht. Elle mentionne que Koush (le royaume de Kerma) a envahi un territoire s'étendant "jusqu'au voisinage des Asiatiques", c'est-à-dire près de Thèbes, évènement "sans précédent depuis le temps du dieu". Ce témoignage découvert par la Mission du British Museum en 2003, a conforté la puissance du royaume de Kerma, civilisation selon l'expression de Charles Bonnet "prépondérante sur la vallée du Nil".

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Les vestiges de la cité royale et de la nécropole confirment les croyances en un monde divin et une vie post-mortem. Cependant, la pratique des mises à mort rituelles a participé à l'affaiblissement du royaume lors de la reprise des incursions du Nord.

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La capitale est anéantie par une expédition égyptienne. Selon Charles Bonnet "Contrairement aux habitudes des Egyptiens, la colonisation du Nouvel Empire, commence par la destruction des lieux de culte et l'abandon total des nécropoles et de la ville". Le Royaume de Kerma n'est plus. Il en fut ainsi pendant plusieurs siècles jusqu'au début du premier millénaire avant notre ère avec l'émergence de la XXVe dynastie des pharaons noirs.


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