Un mendiant assis sur une mine d'or - par Kwanzaa Millenium

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 

 


kwanzaamillenium | mai 29, 2011 at 6:56

 

Le paradoxe entre l’extrême pauvreté qui sévit en Afrique et la richesse tout aussi extrême de sa nature a de quoi révolter les âmes désireuses de justice économique. L'Afrique est un continent pillé, tout le monde le sait, sa richesse fait son malheur et on espère un jour voir le bout du tunnel. Mais pour y parvenir, nous devons absolument savoir qui sont les responsables de ces pillages, quelle est l'ampleur de celui-ci et les conséquences socio-économiques qu'il entraîne.


Le plus facile semble être d'accuser le néo-colonialisme qu'exercent les anciennes puissances coloniales sur les Etats qu'elles ont créé. La réalité est en fait plus complexe et engage plusieurs acteurs dont le principal, celui-sans qui rien de tout ça ne serait possible est l'Etat post-colonial. Il est en effet le propriétaire de la majeure partie des ressources du pays souvent nationalisées. Celui-ci pour tirer profit de ces ressources permet aux multinationales de les exploiter grâce à des permis et à des concessions parfois cédées pour plusieurs décennies et sans consulter les populations. La plupart du temps, lorsque l'Etat sert comme il se doit les intérêts des multinationales et que la population ne les menace pas, l'exploitation est pacifique et les accrochages peu nombreux sauf ceux qui sont liés aux rivalités internes pour le contrôle de celles-ci. Il arrive cependant que le pouvoir en place se montre moins docile, non pas parce qu'il souhaiterait concilier les intérêts des multinationales avec ceux de la population ce qui est arrivé durant le règne d'Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire ou au Botswana depuis l'indépendance du pays mais parce qu'il menace les intérêts des multinationales en ouvrant le pays à une autre clientèle ou tente de trop négocier le contrat à son avantage.

 

Lorsqu'un conflit d'intérêt de la sorte survient, il arrive que les multinationales fassent appel aux forces armées de la communauté internationale (souvent de l'Etat duquel elles sont issues) et cherchent des complicités internes, ce qui n'est pas bien compliqué dans des Etats sans cohésion nationale. Peuvent alors s'engager de très violents conflits aux lourdes répercussions sur la population.


En dehors des risques de conflit armé, les ressources jouent à la défaveur des sociétés dont le rôle du centre politique est moins la gouvernance dans un but de développement que le contrôle des rentes issues du capital naturel qui ne créée pas d'emploi. On peut même supposer que les "gouvernements" fassent en sorte que la société civile ne produise pas de mouvement capable de remettre en cause l'ordre établi, outre la répression policière, on utilisera l'éducation au rabais et inadaptée à la population et à ses besoins et plus endoctrinante qu'autre chose, on maintiendra les tensions naturelles entre les composantes de la société, on les exposera à l'endoctrinement religieux très éloigné des préoccupations économiques, on maintiendra le système de santé à un faible niveau puis on permettra l'émigration massive notamment des cerveaux potentiellement mal intentionnés vis-a-vis de l'ordre établi.


Pour ce qui est des ressources en elles-mêmes, il n'y a pas tant d'inquiétudes à se faire celles-ci sont abondantes et en grande partie inexplorées, tout pays d'Afrique peut s'attendre du jour au lendemain à découvrir dans son sous-sol une denrée précieuse dont le gisement pourrait faire vivre la planète entière pour des décennies. L'Afrique est exploitée au profit d'étrangers et d'une classe de privilégiés mais est loin d'être vidée. Cependant, elle a manqué et manque encore de nombreuses opportunités de développement rapide.

 

Une ressource naturelle abondante et prisée constitue un véritable tremplin pour l'essor économique, le plus constructif n'est pas de considérer ces ressources comme de potentielles recettes liées à l'exportation de produit brut même si celles-ci pouvaient profiter à la population. Non, une ressource abondante est surtout une matière première que l'industrie locale n'a pas à importer, les pays Africains en effet ne sont pas comparables aux Etats du golf persique, ils sont en forte croissance démographique et doivent financer une infrastructure colossale, produire est pour eux une nécessité tandis que les Emirats Arabes Unis peuvent au contraire se permettre d'exporter de la matière première brut d'autant plus qu'ils n'ont pas le capital humain nécessaire à l'érection d'un large complexe industriel diversifié quoi qu'ils recourent massivement à l'immigration. Qu'il s'agisse de la bauxite, du cacao, de l'or, du pétrole, du cobalt ou du platine aucun ne peut développer un pays Africain par les ressources financières générées sans qu'à côté l'économie ne se diversifie et surtout que la société locale soit le premier consommateur des matières premières disponibles sur son sol, car il leur est essentiel de contrôler les prix des produits participant à leur développement.


Les économies Africaines souffrent de ce qu'on appelle la maladie hollandaise, il s'agit du fait qu'une région possédant une ressource délaisse toutes les autres activités (ou ne les développe pas) pour profiter des exportations du dit produit, l'économie est très extravertie et sa prospérité ne tient qu'aux fluctuations du marché mondial puis dans le cas où le vendeur est faible (Etat ou petit producteur Africain pour les produits agricoles), le prix fixé par l'acheteur.


Si l'on veut mettre fin à ce système, il faut partir en croisade contre l'Etat Africain contemporain (colonie indépendante) et contre la mondialisation de la manière par laquelle elle s'impose au continent Africain. Quant aux puissances politiques, elles ne font que défendre les intérêts des entreprises issues de leurs Etats et ne font qu'assumer leur rôle, l'Afrique est plus une colonie du capitalisme international que des anciennes puissances impérialistes bien qu'elles se mettent au service du premier.


Publié dans Objectivité

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