Côte d'Ivoire et Tunisie, les nouvelles leçons de l'Histoire-par Freddy Monsa Iyaka Duku

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe

 


 

 

L'Afrique bouge. En l'espace d'un mois, deux événements importants ont secoué le continent : l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, laquelle pousse le pays vers la guerre civile, et la défenestration de Ben Ali, ex-président tunisien, après un règne sans partage de 23 ans. A qui le prochain tour ? 

Le feuilleton ivoirien ne finit pas encore de dérouter ses épisodes. D'ailleurs, les chefs d'Etat major des pays de la CEDEAO devaient se réunir hier mardi au Mali pour se mettre d'accord sur une stratégie militaire afin de déboulonner Laurent Gbagbo, le président sortant qui conserve le pouvoir. 

Pendant ce temps, à Tunis, l'on met les choses en place après que la «rue» ait chassé Ben Ali, resté au pouvoir pendant 23 ans. Un gouvernement d'union nationale a été nommé et les élections législatives et présidentielles auront lieu dans six mois. 

L'on est là face à deux événements importants dont les ondes de choc toucheront toute l'Afrique. En effet, la Côte d'Ivoire est le pivot de l'Afrique de l'Ouest. Dans un passé tout aussi lointain que présent, elle a joué un rôle prépondérant dans la région tant sur le plan politique économique que social. Raison pour laquelle sa population est constituée à 30 % des populations de la région : ghanéenne, burkinabé, guinéenne, malienne… et nous en passons. 

Mais ce qui vient de se passer en Côte d'Ivoire est gravissime. En priorité, du point de vue juridique, le droit s'oppose à la légalité. Gbagbo a été choisi par la Cour constitutionnelle tandis que Ouattara a été proclamé vainqueur par la Commission électorale indépendante. C'est dire que les juristes ivoiriens et africains ont du pain sur la planche alors que la Côte d'Ivoire va vers sa balkanisation. Danger pour des pays comme le Nigeria, la RDC et l'Angola pour ne citer que ces trois déjà visés par les

«faiseurs d' Etats». 

Du côté de la Tunisie, la défenestration de Ben Ali a été une surprise. Les choses sont allées vite. Très vite. Certes, il a fallu un mois pour le bouter dehors. Mais d'aucuns ne le donnaient pas «fuyard» compte tenu de «l'efficacité» des structures mises en place afin de protéger son régime. Mais «mûr ou pas mûr, disait feu Maréchal Mobutu, le fruit finit toujours par tomber». Ben Ali est bel et bien tombé. 

Cependant, il faut reconnaître qu'en 23 ans de pouvoir, Ben Ali a travaillé pour son pays et a posé de hauts faits économiques. Tournée plus vers l'Europe ou l'Occident ainsi que le monde arabe, la Tunisie s'apprête à faire partie du groupe des «pays émergents». Voilà pourquoi on la qualifiait déjà «d'une voie pour l'Afrique». 

DES LEÇONS A TIRER 

Au regard de ce qui précède, il ne faut nullement banaliser les faits. Toute l'Afrique est concernée et est en train de ressentir les ondes de chocs. 

La Côte d'Ivoire pourrait faire des émules sur le plan de la «témérité» dans la perspective de la conservation du pouvoir et la balkanisation des pays. Certes, Gbagbo n'est pas Mugabe. Mais ce «trop plein de nationalisme» est comme de «l'opium» et la communauté internationale arrive difficilement à cerner le problème en imposant souvent des solutions abracadabrantes. D'où, l'enlisement et le pourrissement de la situation. En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, il y a lieu de retenir que quels que soient les exploits politiques, l'homme, en tout temps, doit être au centre de l'action. 

Et que la longévité du pouvoir glisse toujours vers la corruption, le pédantisme et le monolithisme, pour ne pas dire la dictature, sans oublier, le clientélisme. 

Il est vrai que ceux qui ont écrit cet ouvrage collectif avec comme titre «la Tunisie émergente : une voie pour l' Afrique ?» aux lendemains du sommet sur les Techniques de l' Information et de la Communication, tenu à Tunis, doivent également revoir certains de leurs passages. Car, la population a apporté des réponses à quelques interrogations pertinentes. 

A l' image de la Côte d'Ivoire, pays pivot en Afrique de l' Ouest, la Tunisie fait partie des «géants» de l' Afrique du Nord, avec le Maroc et l' Algérie. Si la Tunisie glisse dans l'instabilité, les effets se feront ressentir dans les pays voisins et dans le monde arabe. L'Algérie a été également secouée par la «révolte des casseroles». Un signe interpellateur dans la mesure où un regain religieux, lié ces dernières années au «terrorisme», trouverait un terrain fertile. 

L'AFRIQUE TOUCHEE 

Mais au-delà de la Côte d'Ivoire et de la Tunisie, il y a lieu de se rendre à l'évidence que désormais, c'est toute l'Afrique qui est touchée. Il n' y a plus un seul coin de ce continent qui soit à l'abri des impondérables politiques. 

Bien sûr que l'Afrique des Grands Lacs, avec la RDC, le Rwanda, le Burundi …occupent les premières loges. Mais l'Afrique de l'Est, avec le Kenya, a déjà été secouée : vers la Corne d' Afrique; la Somalie est toujours ingouvernable avec cette nouvelle donne des pirates, sans oublier bien sûr l' Ethiopie et l' Erythrée. En Afrique de l'Ouest, le Liberia et la Sierra Léone avaient donné le ton. Maintenant, c'est le tour de la Côte d'Ivoire. Voilà que l'Afrique du Nord entre dans la danse avec la Tunisie. 

Faut-il aujourd'hui jeter un regard interrogateur autour de nous pour approfondir nos réflexions sur les «minerais de sang» en Afrique des Grands Lacs, la Corne stratégique de l'Afrique orientale pour le passage des bateaux pétroliers ? 

Interrogation pertinente dans la mesure où la Côte d'Ivoire possède le Cacao qui intervient dans la fabrication du chocolat dont raffolent les petits européens, tandis que la Tunisie dispose des plages des plus romantiques et historiques du monde qui lui permet chaque fois de réaliser un boom touristique sans précédent. 

 

 Freddy Monsa Iyaka Duku, 19 janvier 2011

Le Potentiel

Publié dans Economie-Politique

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