Enquêtes sur le peuple africain, fondateur de la civilisation égypto-nubienne : les Anous.

Possède-t-on des données précises sur le peuple fondateur de la civilisation égypto-nubienne ?

Enquêtes sur le peuple africain, fondateur de la civilisation égypto-nubienne : les Anous.

 

L’égyptologue français E. Amélineau du Collège de France a entrepris d’énormes fouilles dans la région d’Abydos (sud de l’Egypte).

Son souhait était de découvrir la population venue du sud, qui avait fondé la civilisation égyptienne, sous la direction de Narmer (le Pharaon unificateur de la Haute et de la Basse Egypte, vers 3 200 avant J. C.). Le résultat de ses fouilles ont levé le voile sur l’une des pages les plus importantes de l’histoire de l’humanité : l’épopée du peuple ANOU.

Ainsi, à l’issus de ses travaux, Amélineau déclara :

"Des diverses légendes égyptiennes, j’ai pu conclure que les populations établies dans la vallée du Nil, étaient de race nègre, puisque la Déesse Isis est dite être née sous la forme d’une femme rouge noire, c’est à dire, ainsi que je l’ai expliqué, avec la couleur café au lait que présentent certains individus de race nègre dont la peau semble avoir des reflets métalliques de cuivre" ( extrait de "Prolégomènes à l’étude de la religion égyptienne", 1916, éd. Leroux).

Amélineau démontre ainsi que la population africaine qui a colonisé la vallée du Nil s’appelle les "Anous". Elle a descendu graduellement le Nil et à fondé entre autre les villes d’Esneh, d’Erment, de Qouch et surtout d’Héliopolis. Il s’appuie sur le fait que le symbole principal permettant d’écrire le nom des Anous (aounou, iounou), à savoir le pilier (iou), est utilisé pour écrire le nom des villes citées ci-dessus :

- iounet = Enesh,
- iounaswt = Hermonthis,
- iounou = Héliopolis, etc.

Son analyse est logique puisque le pilier IOU des IOUNOU ou ANOUS a été utilisé pour bien identifier le peuple fondateur de ces villes. Aussi, il poursuit dans ses "Fouilles d’Abydos" :

"Toutes ces villes ont le signe caractéristique qui sert à écrire le nom des Anous. C’est aussi dans un sens ethnique qu’il faut expliquer l’épithète d’Anou appliqué à Osiris. En effet, dans un chapitre qui sert d’introduction aux hymnes à Ra et contient le chapitre XV du Livre des Morts, il est dit en parlant d’Osiris, "Salut à toi ! ô Dieu Ani dans la contrée montagneuse d’Antem, ô grand Dieu épervier de la double montagne solaire" (...) Si Osiris était d’origine nubienne, quoique né à Thèbes, il serait facile de comprendre pourquoi les évènements de la lutte entre seth et Horus se déroulent en Nubie. Quoi qu’il en soit, il est frappant que la déesse Isis, d’après la légende, ait précisément la couleur de peau qu’ont toujours les Nubiens, que le Dieu Osiris ait pour épithète ce qui me semble un ethnique indiquant son origine nubienne, observation qui ne me semble pas avoir été faite encore".

Comme le souligne le professeur sénégalais Cheikh Anta Diop (dans Nation nègre et culture), en langue africaine "diola", "An" signifie "Homme" ;. Ainsi, Anous voudrait tout simplement dire "les hommes".

De plus, Ani ou Oni désigne par exemple, le titre du roi du Nigéria (c’est aussi le titre d’Osiris), Añi est aussi le nom d’un peuple de la Côte d’Ivoire dont les rois portent le titre d’Ammon. Il ne s’agit pas là de coïncidences hasardeuses mais bien de liens historiques. Les Anous, peuple d’agriculteurs et d’éleveurs de bétails, sont donc bien les fondateurs de la civilisation Egyptienne, comme le souligne toujours Amélineau :

"Ces Anous, nous l’avons vu par la tablette du Caïre, étaient une population agricole, faisant de l’élevage en grand, le long du Nil dans des villes murées où ils s’enfermaient pour se défendre. C’est à cette population que l’on peut attribuer sans crainte d’erreur, les livres les plus anciens de l’Egypte, le Livre des Morts et les Textes des Pyramides par conséquent, tous les mythes ou enseignements religieux, je dirai presque les systèmes philosophiques déjà connus et qui sont toujours appelés égyptiens (...) Ils avaient déjà fait l’essai de l’écriture, car toute la tradition égyptienne attribut cet art à Thot, le grand Hermès, qui était un Anou, comme Osiris qui est appelé proprement l’Onien (...) Il est donc certain que ce peuple connaissait déjà les principaux arts ; il en a laissé la preuve dans l’architecture des tombes d’Abydos, notamment de la tombe d’Osiris et dans ces tombes ont été trouvés des objets portant la marque indélébile de leur origine, comme les ivoires sculptés, comme cette petite tête nubienne qui fut rencontrée dans une tombe voisine de celle d’Osiris, comme les petits récipients en bois ou en ivoire en forme de tête de félin, tous documents publiés dans le premier volume de mes "Fouilles d’Abydos" (...) La civilisation égyptienne, cela ressort parfaitement de ce qui précède, est non d’origine asiatique, mais d’origine africaine, d’origine négroïde quoique cette assertion puisse paraître paradoxale. On n’est pas habitué, en effet, à doter la race nègre ou les races voisines de trop d’intelligences, d’assez d’intelligence même pour avoir pu faire les première découvertes nécessaires à la civilisation, et cependant, il n’y a pas une seule des tribus habitant l’intérieur de l’Afrique qui n’ait possédé et qui ne possède encore l’une quelconque de ces premières découvertes  !".

Ainsi, soucieux de conserver son objectivité scientifique, Amélineau ne peut s’empêcher de rappeler le courant idéologique dominant de son époque, vis à vis de l’Afrique.

Les bas reliefs aussi sont des sources précieuses d’information à ce sujet. Amélineau les analyse aussi objectivement :

"On y voit quatre femmes habillées de longs jupons, en tout semblables à ces négresses que l’on représente encore dans les tombes de la XVIIIème dynastie, dans le tombeau de Rekhmara notamment (...) Les femmes d’origine nègre n’étaient pas dépaysées au milieu des animaux de leur pays et alors se pose de nouveau la question : comment les égyptiens de cette époque pouvaient-ils connaître les animaux spéciaux au centre de l’Afrique, ainsi que les habitants de cette Afrique centrale s’ils étaient des asiatiques, des sémites entrée dans la vallée du Nil par l’Isthme de Suez ? La présence constatée des animaux susdits et des nègres sur les ivoires que je viens de décrire n’est-elle pas la preuve convaincante que les conquérants de l’Egypte étaient venus du centre de l’Afrique ?" (Tiré de Prolégomènes).

La remarque d’Amélineau relative au pilier "iou" (flèche surmontée de deux plumes ou deux roseaux), signe distinctif des Anous, a été consolidée, comme l’a souligné l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop lors de la conférence du Caire en 1974, par la découverte du professeur Petrie à Abydos, d’une image représentant un Anou. Il a par ailleurs aussi attesté que les principales villes égyptiennes comportent bien dans leur rédaction l’insigne des Anous, le pilier "on" ; "ou", "iou". Ceci concorde même avec les rituels sacrés égyptiens.

En effet, chaque année, les Egyptiens réalisaient un grand pèlerinage vers la Nubie, leur terre d’origine, en portant les statuts de leurs Dieux et en réalisant 3 arrêts (ou stations) significatifs.

1ère station : iounou resit (Héliopolis du sud). 2ème station : iounou ta séti (Héliopolis de la terre de Nubie). 3ème station : iounou ta neterw (Héliopolis de la terre des Dieux). Elle se trouve dans la région d’origine des nubiens-éthiopiens, celle où les Dieux ont crée leurs ancêtres, près de la région des grands lacs.

Enfin, le premier Nôme d’Egypte se trouve aussi en terre nubienne.