Origine du mot "Bible" - par Amenemhat BakenVodun Dibombari

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe


Aujourd’hui, il est presque unanimement admis que le mot « Bible », signifiant « Livre » en français ou « Book » en anglais, appartient à l’univers du Judaïsme et du Christianisme, si bien qu’on l’use ostensiblement quelque fois en Afrique pour « chasser les mauvais esprits » ou quérir d'improbables bénédictions. Mais qu’en est-il dans les faits ?

 

Pour apprendre sur l’origine du mot « bible » il faut remonter à la haute antiquité africaine qui vit naître l’écriture. Cette écriture, les anciens Africains l’ont appelé Md.w Ntr[1], c’est-à-dire « les Paroles du Créateur ». Ces « Paroles du Créateur », parfois déclinées en « Paroles Divines » ou « Saintes Écritures » avaient comme support le papyrus. Or, comme le rappelle James Bruce : «  Le papyrus est un jonc, que les Grecs appelaient Biblus. Il n’y a nul doute qu’il ne fût très anciennement connu en Égypte, puisque Horus Apollo[2] nous apprend que les Égyptiens voulant prouver l’antiquité de leur origine, représentaient un fagot de papyrus, parce qu’ils prétendaient que c’était la chose dont ils s’étaient nourris avant de connaître l’usage du blé[3] ».

 

Ainsi, En Afrique, le Biblus aura originellement servi de support traditionnel aux Paroles du Créateur, c’est-à-dire aux Md.w Ntr; et c’est par mimétisme, sinon par pure paresse ou processus civilisationnel, que cette tradition fut reprise plus tardivement par le Judaïsme d’abord et ensuite le Christianisme. Réduire l’univers du terme « Bible » aux seuls recueils de textes judaïques ou chrétiens est donc un non sens historique qu'il ne faut pas manquer de relever. Car le « biblus », c’est-à-dire le papyrus comme support consacré aux textes liturgiques de la vallée du Nil, existait déjà bien avant que naquit les premiers prophètes de ces religions (dites du livre ???). C’est ce que rappelle Émile Egger dans son Essai sur l’Histoire de la Critique chez les Grecs. Celui-ci note : « Pendant que les autres nations connues écrivaient encore sur la pierre ou le marbre, sur des feuilles d’ivoire ou de métal, sur des écorces d’arbre, sur des feuilles de palmier, sur des toiles ou la peau tannées, l’Égypte employait déjà pour cet usage un produit particulier de son sol, le papyrus ou byblus; les légendes pharaoniques et les rituels ne s’écrivaient pas seulement sur les parois des hypogées, sur les murs des temples ou sur le revêtement extérieur des pyramides, mais aussi sur des rouleaux de cette frêle substance qui a souvent traversé les siècles, grâce à la protection d’un climat conservateur »[4]. Dans le même temps, Émile Egger ajoute : « Dès le siècle d’Hérodote[5], en effet, le mot de byblus, inconnu dans ce sens à la langue homérique[6], devint synonyme de livre ».

 

Voilà une vérité restituée qu'il ne faut pas manquer de préciser chaque fois que la tradition africaine voudra être réduite à sa seule oralité et les religions coloniales, par la même occasion, tenues pour détentrices d'une certaine originalité. Rien de nouveau sous le soleil d'Afrique.

Souvenons-nous de ces paroles de Pline l'Ancien qui déclarait bien instruit que "sur l'usage du papyrus reposent toute l'histoire et toute la civilisation !".

 

 

[1] Lire Medou Neter.

[2] Horus Apollo a écrit au 2ième ou 4ième siècle de l’E.E un traité sur les hiéroglyphes égyptiens intitulé Hieroglyphica et qui, traduit du grec, devint célèbre en Italie en 1419.

[3] James Bruce, Voyage en Nubie et en Abyssinie, Tome V, p.11.

[4] Émile Egger, Essai sur l’histoire de la critique chez les Grecs (1849), pp.487-493.

[5] 5ième siècle av. E.E.

[6] C’est-à-dire la langue grecque.

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